Travailler pour une association ça doit être sympa ! Certes, tu n’es pas bien payé, mais les compensations sont autres : ton travail a du sens, tu participes à faire avancer une cause juste et dans ce contexte les employeurs et les salariés se tiennent bras dessus, bras dessous pour faire avancer de beaux projets pour changer le monde! Eh bien, non. Le pays des bisounours n’est pas celui des asso !
Le secteur associatif n’échappe pas aux travers du monde du travail : heures supplémentaires non rémunérées ou récupérées au nom du militantisme, injonctions contradictoires, isolement du salarié souvent unique, statut d’employeur non assumé… Clémence et Julie, au gré de leurs expériences de salariée ou de bénévole dans différentes associations, ont fait le triste constat que la souffrance au travail existe aussi là où on ne l’attend pas. Elles ont donc décidé de créer une section locale en Corrèze du syndicat Asso 1.
Créé en 2010, ce syndicat milite pour l’amélioration des droits et des conditions de travail des salariés du secteur associatif. On retrouve sur leur site Internet une présentation du contexte qui présente bien la spécificité de ce secteur qui emploie 1,8 million de salariés : pas de représentations du personnel, le potentiel antagonisme entre engagement militant et engagement professionnel, la précarité des postes…
La section locale permet au salarié en difficulté de s’adresser à deux interlocutrices qui sont d’abord là pour rompre l’isolement dans lequel il peut se retrouver. Le principe n’est pas de faire à la place de la personne, mais de l’accompagner et de s’appuyer sur le réseau national pour décortiquer des situations parfois complexes et apporter des réponses adaptées à chaque cas. Elles peuvent accompagner à un rendez-vous avec l’employeur, aider à la rédaction d’une lettre, etc. Pour cela, Julie profite de ses douze heures de formation syndicale auxquelles ont droit tous les salariés pour renforcer ses connaissances du droit du travail et de l’action syndicale.
Clémence et Julie rappellent la spécificité des territoires ruraux comme la Corrèze : « On est très souvent sur des petites structures avec un seul salarié qui porte un peu tout » ; « Ce sont souvent les mêmes personnes qui sont impliquées dans les asso . Parfois on peut être salarié d’une asso dont les employeurs sont des potes, ou être administrateur d’une asso qui emploie une personne qu’on connaît bien. » Dans ce contexte, on peut vite oublier la relation de subordination qui existe dans le cadre d’un contrat de travail. Il devient difficile d’oser faire valoir ses droits de salarié, au regard de l’engagement militant des bénévoles. Et les administrateurs n’ont pas toujours envie ou conscience qu’ils doivent assumer une posture d’employeur qui doit appliquer le droit du travail. En fines connaisseuses de ce contexte, elles ont bien conscience qu’il y a de grandes chances pour qu’elles soient confrontées à des conflits impliquant des personnes employeuses qu’elles connaissent ou fréquentent. Auquel cas, elles veulent se donner le droit de transmettre le dossier à une équipe plus neutre, peut-être au national.
La section locale servira aussi pour mener des actions collectives. Le syndicat Asso fait partie de l’union syndicale Solidaires qui réunit plusieurs autres syndicats comme Sud Rail, Sud Asso, etc. En attendant ces actions collectives qui ne manqueront pas d’être menées, il est possible de contacter Julie et Clémence sur asso19@syndicat-asso.fr . Il n’est pas nécessaire d’être adhérent pour bénéficier de leur soutien mais l’adhésion est possible via le site Internet.
1: https://syndicat-asso.fr/ Action des Salarié.e.s du Secteur assOciatif
Julie Devès



