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La Trousse Corrézienne

LTC 25 · 5 juillet 2019

L’entraide, notre part animale (2)

« Il se faut entraider, c’est la loi de nature »

« Il se faut entraider, c’est la loi de nature1 »

« L’aide est un acte conforme à la nature. Ne te lasse jamais d’en recevoir, ni d’en apporter » (Marc Aurèle).

« Conforme à la nature… » Encore faudrait-il que l’humain fasse partie du monde naturel. Or, pour l’humain qui a entrepris de se faire aider par des outils, de plus en plus perfectionnés, ou par d’autres vivants, de son espèce ou non, qu’il exploite sans vergogne, l’entraide ne semble plus un besoin si bien partagé. Depuis l’avènement du monde moderne, la compétition est le plus valorisé de nos « penchants naturels ».

Alors que notre appartenance et notre dépendance à la nature nous reviennent à la figure, que nous nous sentons menacés par le désastre que nous avons créé, qu’en est-il de l’entraide comme valeur et réalité ? Retour à la nature aussi de ce côté-là, hum ?

Pour « la Trousse », nous avons fait un micro-terrasse de café.

Quand on cherche, on trouve. De la coopération à la mise en commun, tout le monde a croisé l’entraide sur son chemin. H, qui habite en Corrèze depuis 2006 et vit avec son compagnon et son jeune fils, l’a rencontrée quand elle habitait dans des grandes villes. Dans les quartiers où les habitants vivent comme des villageois, se connaissent, échangent. Elle garde une grande nostalgie de ces endroits et de cette période de sa vie, car depuis qu’elle s’est installée en milieu rural, elle se sent seule. Elle voudrait donner, mais a l’impression qu’on lui tourne le dos par peur de devoir « rendre ». « Il faudrait une grande panne pour que les gens se regardent. » A. est arrivée en Corrèze il y a un an avec son petit garçon et le père de celui-ci. Son parcours, qui l’a conduite entre autres au Togo, pays de son père, où l’entraide est condition de survie, semble jonché de coups de main spontanés ou non. Elle prend, elle donne. Elle est émerveillée.

V., jeune néo-rural lui aussi, s’est installé récemment dans la maison habitée par ses ancêtres. Il a un projet : fonder un éco-hameau. C’est un projet collectif. L’entraide n’est pas seulement une possibilité, mais une obligation. V. ne parle pas d’entraide mais de coopération. Pour lui, il s’agit de faire ensemble avec un même but. L’entraide, elle, est plus un échange, comme dans les rencontres de co-construction qu’il a trouvées au Silo d’Argentat. Ou un don… Qui implique malgré tout un contre-don, quelle qu’en soit la nature. Tous abordent cette dimension : dans entraide il y a, d’une manière ou d’une autre, réciprocité. Ce n’est pas la charité. C’est aussi le point de vue de É. l’urbaniste. Quand il lui a fallu chercher du travail après ses études de géographie, elle est tombée sur un forum d’échanges d’informations entre géographes. C’est à partir de là qu’elle a monté son cabinet de consultante. Alors que, pour H., l’entraide se trouvait plutôt dehors, É. l’a trouvée sur Internet et les réseaux sociaux. Pour son travail comme dans la mobilisation des gilets jaunes, avec la mise en commun des informations sur les violences policières, entre autres. Au-delà de ces exemples, É. dit : « J’essaie de vivre comme dans le monde dans lequel je voudrais vivre. » Et c’est dans les zones peu densément habitées que pour elle l’entraide peut plus facilement se déployer. C’est la proximité qui le permet.

Il y a enfin M. qui a repris le café de ses parents (et grands-parents) à Monceaux-sur-Dordogne. Ici, tout le monde passe et s’arrête. Ainsi, malgré la dispersion de l’habitat, tout le monde se connaît. Ici, des personnes démunies viennent chercher secours contre les tracasseries administratives. Une radiation de la complémentaire santé et c’est la chaîne de soins qui se détraque. M. s’agace « de cette violence institutionnelle contre les pauvres. Ces gens ont un besoin vital d’entraide ». Si elle donne un coup de main, elle se fait aussi maillon de l’entraide. On lui donne, elle redistribue. Et raconte que l’entraide existe aussi beaucoup entre agriculteurs qui se groupent pour leurs achats, et entre voisins.

L’entraide n’a donc pas déserté l’humanité. Encore un peu sauvages, les humains ?

1. – Jean de La Fontaine, « l’Âne et le Chien », Livre VIII, fable 17.

99, une catastrophe mais de bons souvenirs

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1999, une catastrophe, mais de bons souvenirs

Comme pour saluer le millénaire qui finissait ou celui qui se profilait, à l’approche du 31 décembre 1999, le vent s’est mis à souffler d’une manière extrêmement violente sur la France, notamment sur son centre, et en particulier sur la Corrèze. La tempête est montée en puissance dans la nuit. Les arbres tombaient sur les routes, tombaient sur les poteaux électriques, tombaient sur les fils téléphoniques. Au petit matin, il n’y avait plus rien ! Plus d’électricité, quasiment partout, plus d’eau, souvent, plus de téléphone parfois. Certains n’ont pas attendu le lever du jour. Pendant la nuit, alors que le vent commençait à décliner, des gens se proposent à la mairie de Chanteix, raconte Jean Mouzat, maire de la commune, « pour dégager les routes et les sentiers, en priorité pour les personnes âgées isolées. A 9 heures plus une maison n’était inaccessible aux secours ». Même chose à Gimel, où des habitants se présentent spontanément à la mairie pour nettoyer les chaussées. C’est l’entraide à la tronçonneuse.

Privés d’électricité, les Corréziens font face : c’est la tournée des groupes électrogènes qui sont prêtés. Notamment pour sauver le contenu des congélateurs.

Pour la lumière, on sort les bougies, et quand il n’y en a plus, l’aide de l’Église est sollicitée : on va s’y servir en cierges. En ce qui concerne le chauffage, heureusement il y a les poêles à bois, sinon c’est dans la famille qu’on se réfugie, raconte Alain Sentier, maire de Gimel, accueilli alors avec ses enfants par ses beaux-parents. « On s’apprêtait à réveillonner le 31 à la bougie, se rappelle Michèle Manoury, de Gimel, à notre grand dépit, l’électricité est revenue juste avant. Eh bien ! nous avons éteint les lumières pour que ce soit vraiment la fête ! »

A Chanteix, où un grand réveillon était habituellement organisé chaque année, après l’assurance que la tempête n’avait pas fait de blessés, l’événement est maintenu. Avec l’aide de groupes électrogènes, le repas se fait dans la joie, et chacun de raconter ses peurs et ses soulagements. Et aussi ce grand moment où, face à la catastrophe, les humains se sont retrouvés.

S’apprendre à être autonomes

S.E.L. de terre

Quelle plus grande autonomie que celle de l’alimentation ? Indispensable en cas de rupture de flux d’approvisionnement ! Pour cela, il faut certes disposer d’un terrain (ou utiliser/partager celui d’un voisin, d’un ami), mais aussi de semences librement reproductibles et de savoir-faire aussi bien en culture qu’en récolte de semences. Afin de favoriser les échanges de graines et de savoirs, s’est constitué S.E.L. de terre, système d’échange local consacré au jardinage naturel sur sol vivant, aux semences libres, s’inspirant des principes de la permaculture. Réseau informel, il comporte différents groupes en divers endroits du département. Chacun a sa propre grainothèque et des échanges de semences s’effectuent tant entre membres de chaque groupe qu’entre les groupes eux-mêmes à l’occasion.

S.E.L. de terre : http://seldeterre.communityforge.net/home.

À Bicyclette

Pouvoir se déplacer sans pétrole, parcourir davantage que quelques kilomètres à pieds ? La solution ? Le vélo ! Engin convivial s’il en est (au sens propre comme au sens que lui donne Ivan Illich, à savoir la maîtrise de l’outil), il est symbolique d’une certaine liberté et d’autonomie de déplacement. À condition de savoir l’entretenir et le réparer le cas échéant. L’association À Bicyclette installée à Tulle s’inscrit dans une démarche d’autonomisation et de partage. Son atelier vélo est d’ailleurs dit participatif et solidaire. Tout est dit. On n’apporte pas son vélo à réparer ; on répare son vélo avec de l’aide (si besoin). Cela permet d’apprendre. Et ces prestations sont à prix libre.

L’association essaime en Corrèze. Elle organise notamment des ateliers vélos à la ressourcerie À Tout Venant à Brive, qui ambitionne de devenir prochainement autonome.

Elle propose aussi depuis le mois de juin une location de vélos (vélos de ville, vélos pliants, vélos à assistance électrique) en partenariat avec Tulle Agglo.

À Bicyclette : 78 rue de la Barrière, 19000 Tulle – 09 72 57 35 57 – 06 95 05 50 56 – https://abicyclette-tulle.frama.site/.

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