L’école française se place au dernier rang des pays de l’OCDE concernant l’égalité scolaire : l’école primaire ne parvient pas à résorber les inégalités sociales et le collège les amplifie fortement.
Cette ségrégation structurelle est avant tout appuyée sur une ségrégation résidentielle qui correspond à une organisation de l’habitat dont la gentrification est le maître mot : il existe dans notre pays des écoles « ghettos de pauvres » et des écoles « ghettos de riches ».
Cette « ghettoïsation » des écoles engendre un très fort zapping résidentiel : les familles les plus aisées préférant déménager pour inscrire leurs enfants dans des écoles plus réputées (ce qui a d’ailleurs pour effet d’accentuer la ghettoïsation selon un processus sans fin qui ne peut qu’aller de mal en pis…). En outre, la carte scolaire n’a plus aucun sens, depuis que le gouvernement Sarkozy l’a fait voler en éclats, chaque famille pouvant désormais bénéficier d’une dérogation pour l’école de son choix.
Les travaux de Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l’Université de Limoges et chercheur au GRESCO (Groupe de Recherches et d’Études Sociologiques du Centre Ouest) confirment amplement ce constat : plus l’offre scolaire est concurrentielle sur un territoire, plus les inégalités scolaires explosent.
Après une enquête de terrain exhaustive concernant la ville de Limoges, ce sociologue a par exemple établi que le taux de collégiens dont les deux parents sont au chômage est extrêmement variable d’un bout à l’autre de la ville, puisqu’il varie de 0 % à presque 66 %.
Ainsi, la ségrégation sociale à l’école résulte en partie de l’assouplissement de la carte scolaire qui jette l’école en pâture à la libre concurrence : la liberté de l’offre étant autorisée voire favorisée, les écoles privées sous contrat (et même depuis peu hors contrat) sont donc une autre possibilité offerte aux nantis pour conforter leurs privilèges.
Ne reste plus alors qu’à dégrader peu à peu l’école publique pour que les familles mécontentes se tournent peu à peu (et c’est presque compréhensible) vers le privé, ce qu’elles font immanquablement : dans le second degré, on note actuellement dans l’académie de Limoges un transfert des inscriptions d’environ 3 % par an du public vers le privé. 1
Sous couvert d’austérité et de rigueur budgétaire, l’actuel projet « pour une école de la confiance » (sic) du ministre Blanquer présage d’une dégradation importante de la qualité de notre école publique : dégradation des conditions d’apprentissage pour les élèves ; dégradation des conditions de travail pour le personnel.
Cette déprédation prépare une libéralisation de ce secteur qui, comme on l’a vu, ne fera qu’amplifier les inégalités scolaires et les inégalités sociales et ne pourra qu’engendrer des rapports sociaux plus violents encore.
De nombreux syndicats ou associations membres du CAPE (Collectif des Associations Partenaires de l’École) tentent d’alerter ou de mobiliser sur ces questions cruciales. Mais qui les entend encore ?
1 Chiffre fourni par le syndicat SUD éducation Limousin.
Stlaf




