De tous les modèles politiques, la démocratie s’impose en tant qu’horizon indépassable. Selon l’article 3 de la Constitution, « la Souveraineté appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » C’est cette participation des citoyens qui fonde et légitime la démocratie représentative.
Partant de cette définition appliquée et juridique, peut-on parler, s’agissant de notre structure politique, de démocratie ?
Entre pantomimes télévisés de candidats et petits bouts de papier glissés dans une enveloppe dans le secret des isoloirs, la démocratie rappelle parfois un rituel moribond. C’est peut-être dans les urnes que se trouvent ses cendres, consommée par la croyance toujours vivace pour certains que c’est là l’essentiel de l’exercice de la citoyenneté et de la démocratie. L’absence de reconnaissance du vote blanc comme expression populaire, le non-respect du résultat de référendums passés, l’abstention flagrante aux divers élections jettent pourtant un voile douteux sur cette farce. Néanmoins, l’évidence d’appartenir à un régime politique certes perfectible mais enviable, comparé à d’autres formes politiques, paralyse la possibilité d’une critique fondatrice.
Dans cette fable politique, que faire de cette belle au bois dormant, intouchable,assoupie et flétrie ? Les soubresauts des gilets jaunes et leurs revendications fluorescentes n’auront pas entamé sa torpeur. Bandes réfléchissantes et pas seulement meutes d’agités, les gilets jaunes par leurs colères souvent légitimes, ont tenté d’ouvrir une infime brèche. Au final les cahiers de doléances se sont avérés ceux de condoléances aux espoirs. Les manifestations s’épuisent et s’évaporent en nuages lacrymaux. Coincés autour du rond-point, les colères tournent en rond et marquent l’impasse d’une réappropriation populaire.
Rien ne sert de dérouler la litanie de l’assujettissement du politique aux diktats économiques. On connaît la ritournelle. Celle où tout est orchestré d’avance. Pourrait-on espérer se dépêtrer de ce modèle politique exsangue dont les guenilles nous chiffonnent et dont le nom ne correspond pas à l’essence ? Qu’importe le contenu pourvu qu’on ait l’ivresse me direz-vous. Les mots nous suffisent et leur existence est performative. Par le fait même d’être énoncés, ils agissent. Voyez, il suffit de dire démocratie pour y être.
Leïla Chik





