
Aujourd’hui, dans « Parlons peu mais parlons bière » nous partons dans le sud du département. Je suis allé rencontrer pour vous Alex Fonseca, qui a créé, en 2014, la très justement nommée Fabrique de Bière Fonseca sur la commune de Donzenac.
Mardi 28 mai 2019, le rendez-vous est pris avec Alex Fonseca dans ses locaux à Donzenac pour une petite visite du site de production et une interview. Il pleut depuis plusieurs jours, la route est détrempée et je roule prudemment jusqu’au bourg de Donzenac. C’est que, voyez-vous, les 4L, ça a tendance à glisser dans les virages dès que la route est humide et j’ai la ferme intention d’arriver à bon port. Une fois dans le bourg, j’appelle Alex pour qu’il me guide car le parcours n’est pas fléché. Une fois arrivé dans le hameau qui héberge la Fabrique de Bière, je comprends bien qu’on ne passe pas devant par hasard. Pas de panneau sur la grange ni sur la maison, il faut croire que je suis arrivé chez un brasseur qui se cache. Vais-je tomber sur un vieil ours mal léché qui concocte ses mixtures au fond de sa grotte ? Vu qu’il a accepté de me recevoir, je suppose que non.
Alex est justement en train de sortir de chez lui, tout en bottes (car il pleut à verse je vous le rappelle) et en lunettes (ces mêmes lunettes que l’on peut voir sur l’étiquette de la plupart de ses bières). Le sourire au lèvres, il m’accueille chaleureusement et nous nous dépêchons de nous abriter dans la grange qui sert au brassage et à l’embouteillage.
Il était justement en train d’embouteiller des bières qui contiennent une fève de cacao brute dans la bouteille, une bière que vous ne pourrez trouver que dans un célèbre musée du chocolat corrézien (si vous ne le connaissez pas, je vous laisse le soin de faire vos recherches à l’aide votre moteur de recherche préféré).
« Une petite production, 180 hectolitres par an »
Après avoir croqué une petite fève de cacao (on y retrouve un petit côté chocolat et de l’amertume, c’est assez étonnant), nous faisons le tour des installations tout en discutant et, calepin à la main, je mélange visite et interview de façon assez informelle et décontractée.
Les installations sont modestes. Deux petites cuves de brassage en inox, une petite machine d’embouteillage manuelle, une étiqueteuse manuelle,… pas de doute, nous sommes bien dans une fabrique de bières artisanales, tout est fait à la main.
Je me pose décidément bien des questions, car les bières de la Fonseca, vous les connaissez forcément si vous avez déjà mis les pieds dans le rayon bières de n’importe quel supermarché corrézien (peut être pas tous, j’exagère, mais pas loin), elles sont partout. Mais si ! Vous savez ces bières « Limouss’in » ou « La 19 » dont l’étiquette est ornée d’une espèce de tête de dictateur chilien avec des lunettes et un drôle de regard (en réalité il s’agit du visage du premier président du Brésil, nommé Manuel Deodoro Da Fonseca, sur lequel ont été ajoutés les lunettes et les yeux d’Alex Fonseca) ! Ca y est ? Vous visualisez ? Je me demande bien comment il fait pour arroser à ce point tout le département depuis sa petite grange.
« La technique commerciale est imparable »
Il s’avère qu’il s’agit d’une petite production, 180 hectolitres par an (850hl/an pour la Brasserie Corrézienne, 300hl/an pour la Brasserie de la Vézère et 50hl/an pour la Brasserie des Anges à titre de comparaison). Par contre, le nombre de références produites est impressionnant puisque c’est près de vingt-cinq bières différentes qui sont fabriquées par Alex, dont quelques recettes exclusives pour des clients particuliers (le fameux musée du chocolat par exemple). Dix recettes permanentes et deux saisonnières distribuées en 50cl ainsi que neuf recettes distribuées en 33cl.
Mais comment fait-il pour assurer la fabrication, l’embouteillage, l’étiquetage, la vente et la distribution sachant qu’il travaille tout seul ? Et bien, il a trois secrets (de polichinelle puisqu’il me les a avoués en tout début de rencontre). Le premier, il travaille au moins 60h par semaine à la production (ce qui n’est pas rien). Ensuite, il a passé un contrat avec un agent commercial qui lui place ses produits dans les réseaux de Grande et Moyenne Surface (les supermarchés) et chez les cavistes en échange d’un pourcentage sur les ventes et enfin il ne fait pas de vente directe (d’où l’absence de panneau et la discrétion du site de production).
Toute sa production est donc vendue en Limousin et il commence à exporter dans d’autres régions de France. La technique commerciale est imparable.
Il faut dire que le monde de l’entrepreneuriat, Alex connaît ça par cœur, il a un passif, et pas des moindres. En effet, bien que je ne me sois pas permis de lui demander son âge (je suis un gentleman), j’ai bien vu à sa chevelure encore un peu plus grisonnante que la mienne, que je n’avais pas affaire à un jeunot fraîchement sorti de l’école. Avant d’être brasseur, il a été pit-trader (vous savez les traders qui sont dans l’enceinte de la bourse et qui ont 12 téléphones autour d’eux) chez Goldman Sachs (oui oui celle de la crise des subprimes) pendant 10 ans. Mais ce n’est pas tout, la liste est longue, il a été gérant et chef d’un petit restaurant de spécialités du Sud-Ouest en Bretagne, il a monté une boîte de vente de produits du Sud-Ouest, il a également fondé une boîte d’audiovisuel qui existe toujours et dont il a revendu ses parts et bien d’autres expériences sur lesquelles il ne s’est pas étendu. Bref, il a de l’expérience dans la création et la gestion d’entreprise et ne laisse pas grand-chose au hasard.
C’est avec une envie d’autonomie et d’indépendance que, poussé par son amour de la bière, il s’est lancé dans le brassage. Accompagné par l’association BGE pour le montage de projet et le financement, et après une formation brassicole express au CFPPA de Douai (5 jours), il crée la Fabrique de Bière de la Fonseca dans sa grange à Donzenac en 2014 et 5 ans après, il est présent dans tous les supermarchés de Corrèze et s’apprête à déménager dans de nouveaux locaux à Objat. Il va passer de 70m² à 350m² avec de plus grosses cuves et de plus grosses machines d’embouteillage et d’étiquetage qui, de toute façon, ne rentreraient pas dans sa grange. Les travaux sont en cours et son objectif est de s’y installer dés septembre 2019. Gageons que les volumes de productions vont rapidement augmenter. Il pourrait y avoir un espace de vente directe et/ou un espace bar, mais cela reste à préciser.
Vous l’aurez compris, Alex est un entrepreneur né, doublé d’un gros bosseur au contact facile et à l’âme commerciale. On peut parier que s’il met autant de cœur à la préparation de ses recettes qu’à leur distribution, on risque de voir de plus en plus de bières Fonseca dans les étals et ce, pour un bon moment.
C’est décidément une période d’expansion chez les brasseurs corréziens puisque tous ont ou vont emménager dans des locaux plus grands entre 2018 et 2019. Enfin quand je dis tous, je veux dire tous ceux que j’ai rencontrés puisqu’il m’en manque un dernier, la Brasserie du Causse à Larche qui fera l’objet du prochain « Parlons peu mais parlons bière ».
Pour finir, je m’adresse à ceux qui se demandent pourquoi je ne parle que des brasseurs, et pas de leur bières. Sachez qu’un épisode spécial dégustation de bières corréziennes se prépare et que je compte bien demander leur avis à mes camarades contributeurs de La Trousse (et je sais que pour boire des coups, je peux compter sur eux). A ce moment-là on parlera d’arômes, d’amertume, de houblon, de malt et de ce que l’on aime ou pas. D’ici là, portez-vous bien et consommez avec modération (ou pas, c’est vous qui voyez).
Olivier Garcin





