
L’homme politique (et la femme) aime recevoir plus élevé que lui (ou être reçu par « plus bas ») lors d’inaugurations, de signatures, d’événements comme on peut appeler cela. Il ne s’en lasse pas, c’est un moment de sincères, si, si, sincères congratulations et félicitations, avec sourire béat, et menton levé.
C’est aussi le moment où tout est langue de bois, flou, sans vague de questions précises gênantes. Le monde politique en scène est poli.
La secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique est venue en Corrèze signer (ou voir l’avancée) le Contrat de Transition Écologique (CTE) départemental. Elle a donc trouvé que le Département avait fait un « très beau contrat de transition écologique » (1). Ce contrat est « déjà riche d’une soixantaine de contrats émergents » (1). Imagine-t-on l’inverse ? Nous avions présenté ce CTE dans la trousse n°23, et ça y est, les unités de méthanisation sont commencées, une maternité collective de porcs bio se crée, notre célèbre Espace Naturel Sensible à Argentat-sur Dordogne avance à pas de géant, etc.
Aucune question gênante : la secrétaire d’État a pourtant dû lire le manuel de la transition (2) ? Logique non pour une secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique ? Elle a bien du comprendre que ce ne sont pas les GROS investissements qui font une bonne transition ? Bon, pas très important, puisque cela fait de la croissance. Elle n’a pas dû non plus lire l’enquête de Reporterre sur les usines de méthanisation (3).
Les journalistes de La Montagne, présents aux gravières d’Argentat, notent : « Les espèces invasives comme le robinier (faux-acacia) ou le raisin d’Amérique ont été éradiquées ». Ils ne savent sans doute pas comment pousse et repousse le robinier lorsqu’on « l’éradique », on ne peut pas tout savoir, et la secrétaire d’État si elle le sait, n’a posé aucune question, bien sûr.
Le Président du conseil régional, lui, après une « partie de pêche à l’invitation de la Fédération régionale de pêche » (4), a participé avec celui du département et celui de l’intercommunalité Xaintrie Val’Dordogne, plus maires, conseillers, députés etc. etc., se poussant du col cravaté, à la GRANDE inauguration de la maison de santé intercommunale, du salon urbain d’Argentat (quel nom plein de sens en pleine ruralité !), et a pris connaissance du projet de la future (controversée) passerelle.
Il paraît qu’il a été question de la difficulté à attirer le médecin qui a souvent un conjoint, qui cherche du travail, et ici, ma foi, ben, c’est dur, dur.
Aucune question désagréable sur le fait que la nouvelle médecin d’Argentat se soit installée en dehors de la dite maison de santé en renonçant aux aides liées, aucune question désagréable sur le fait qu’il n’y ait pas de secrétariat commun, aucune question désagréable sur la démocratie participative, aucune question désagréable sur les îlots de chaleur, aucune question désagréable…
Bref, un nouveau monde sur place.
(1) La Montagne du samedi 15 juin 2019
(2) Manuel de transition de la dépendance au pétrole à la résilience, Rob Hopkins (Écosociété Eds, 2010)
(3) https://reporterre.net/La-methanisation-des-questions-sur-une-usine-a-gaz-Notre-enquete
Marie-Laure Petit



