Au bout d’une route chaotique qui grimpe vers les courts de tennis couverts, puis les dépasse, on gare sa voiture. Inutile de la fermer à clé. Les premiers jardins sont en contre-bas, masqués par des arbres et une végétation abondante. C’est bien là. Quelques pas et on pénètre dans la Forêt du souvenir, lieu de mémoire en l’honneur des quatre-vingt-dix-neuf pendus de Tulle, le 9 juin 1944. D’entre les chênes, quatre-vingt-dix-neuf regards se posent sur vous…
En ce samedi de juin, avant la canicule annoncée, c’est le retour d’une tradition chez les jardiniers tullistes de Bourbacoup, La Praderie, Cueille et Virevialle. Ils sont environ deux-cent-vingt jardiniers ou couples de jardiniers à cultiver les jardins ouvriers que met, pour douze euros à l’année, eau du réseau comprise, la ville de Tulle à la disposition de ses habitants. Tous ont été invités au pot de l’amitié de l’association des jardins ouvriers et ils sont peut-être une centaine à avoir répondu à l’appel, sous les arbres et sous les parasols installés à l’entrée des jardins de Bourbacoup.
Didier Nicolas, le président de l’association, accompagné de quelques anciens du lieu, se fait un plaisir de guider la poignée de visiteurs que nous sommes parmi ces dizaines de parcelles qui rivalisent de gaieté potagère et fleurie.
« Si vous saviez comme je suis heureux, ici », me dit un vieux jardinier. Pensez, plus de quarante ans qu’il cultive son lopin et se prélasse à l’ombre fraîche des grands arbres ! Didier Nicolas nous présente le jardin minutieusement soigné de l’un des vétérans qui, dans sa neuvième décennie bien avancée, pratique toujours le vélo et monte quotidiennement du bas de la ville à pied pour s’occuper de son carré de légumes.
Bientôt, tout en bas des jardins de Bourbacoup, ce sont cinq parcelles demeurées trop longtemps vacantes, abandonnées à la friche, qui vont être à nouveau ensemencées, plantées, cultivées. Faire pousser des légumes et peut-être aussi des fleurs sur deux-mille mètres carrés, une manière de renouer avec les choses simples et essentielles de la vie, ensemble, jour après jour. Un travail, le fruit de son travail et un salaire, aussi modeste soit-il. Ça compte quand on a le sentiment de compter pour pas grand-chose. Car ici seront les « Jardins du Cœur ». N’en déplaise à quelques riverains qui se sont montés le bourrichon au point de proférer injures et propos odieux à l’adresse de certains bénévoles des restos du cœurs et élus de la ville : la quiétude pavillonnaire et petite bourgeoise du quartier serait menacée…
Didier Bertholy



