La fabrication des tissus a toujours eu besoin d’énormes quantités de ressources naturelles et de moyens humains. La pauvreté des champs de Castille, aujourd’hui tristement dépourvus d’arbres, est la conséquence d’une riche industrie de la laine pendant le Moyen Âge. Quelques siècles plus tard, des milliers de personnes sont enlevées en Afrique, vendues et conduites contre leur volonté vers les immenses champs de coton en Amérique. Au 21ème siècle la Fast Fashion est capable d’exploiter les ressources naturelles et humaines de manière plus incontrôlable encore que ses ancêtres.
Aujourd’hui, le polyester est la fibre la plus fabriquée, environ 63 % du total, selon Lenzing.(1) C’est une résine dérivée du pétrole, très légère, bon marché, résistante… Une large liste de points forts pour devenir une star du tissu. Mais pour créer du polyester, les fabricants ont besoin de grandes quantités de pétrole. Ils produiront du microplastique qui n’est pas biodégradable et qui pollue les océans et les terres. En 2015, la production de polyester a généré 1,5 billions de mètres cubes de gaz à effet de serre, selon le World Research Institute. Et sa demande ne cesse d’augmenter. Une étude scientifique de l’université de Tarragone en 2017, a découvert des quantités significatives d’antimoine, une substance cancérigène, dans des vêtements sportifs en polyester. Derrière le polyester vient le coton, la fibre plus utilisée dans l’industrie (24,3 %). On produit environ 820 kilos de coton par seconde dans le monde, soit 25,3 millions de tonnes de coton par an. Bien que ce soit une fibre naturelle, le coton représente également un grave problème pour l’environnement : la plante du coton a besoin d’énormes quantités d’eau. Selon les techniques utilisées, entre 5 000 et 10 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un kilo de coton. Presque 25 % des insecticides et 10 % des pesticides utilisés dans le monde servent la culture du coton. Le coton conventionnel est blanchi avant d’être teint, avec un processus dans lequel on trouve le chlore, le peroxyde d’hydrogène, la dioxine et le formaldéhyde parmi d’autres composés nocifs. Pour la teinture : le chrome, le cuivre ou le zinc. Les produits chimiques couramment utilisés dans le coton conventionnel sont impliqués dans la pollution des eaux souterraines. Ils ont également un impact direct sur la santé des producteurs. Le coton OGM Bt de Monsanto, qui provoque un développement de la monoculture et une perte de biodiversité a conduit les agriculteurs dans un piège. Dépendants des semences non-renouvelables et des monopoles qui leur fournissent des produits chimiques, c’est le cercle vicieux de l’endettement. Ainsi, de nombreuses faillites de fermes de coton en Inde ont été causées par le passage à des semences OGM qui, en l’absence de conditions climatiques et d’irrigation stables, n’ont pas dégagé de surplus financiers suffisants pour compenser l’investissement initial. Le Burkina Faso, avec une longue tradition cotonnière, grâce à son coton de fibre longue très réputé, passe en 2008 aux semences de Monsanto. Le coton OGM n’a pas les résultats promis, et a fini par dégrader la qualité et la réputation du coton. Bien que les semences OGM, avec un prix dix fois plus élevé, soient modifiées pour être résistantes aux attaques d’insectes, des chenilles résistantes apparaissent. En plus, la fibre du coton Bt se révèle bien plus courte que celle du coton traditionnel burkinabè, sa valeur se déprécie sur le marché et les ventes s’écroulent.
Pour s’habiller consciemment, il faudrait réduire notre consommation de vêtements, se tourner vers l’achat d’occasion et chercher des fibres respectueuses de la planète, comme le coton bio, le chanvre, le lin ou la viscose d’eucalyptus (Tencel Lyocell).
notes :
1 – entreprise autrichienne fabricante de fibres dérivées du bois.
En plus des 4000 caractères…
Grève des travailleurs du textile au Bangladesh Dans un climat de tension au pays suscité par les résultats électoraux du 31 décembre, des milliers d’employés de l’industrie textile ont débrayé dimanche 13 janvier et manifesté pour réclamer de meilleurs salaires. Ces manifestations ont été violemment réprimées par la police, faisant un mort et plus de vingt blessés. Le conflit s’est achevé mardi 15 janvier au soir et le lendemain matin, en arrivant au travail, des centaines de salariés, anciens grévistes, ont découvert leur licenciement. Le salaire moyen est d’environ 84 euros par mois. La révision des salaires du gouvernement a été insuffisante pour les syndicats, qui ont exigé un minimum de 164 euros. Au Bangladesh, le salaire décent serait d’environ 250 euros, selon l’ONG espagnole SETEM. Dans ce pays existent quelque 4 500 ateliers, fabriquant à tour de bras des vêtements pour les distributeurs occidentaux comme H&M, Primark, Walmart, Tesco, Carrefour et Aldi.
Manuela Petri




