
Charogne, le titre est violent et tranche avec les premières planches de cette chronique rurale qui soufflent des airs de Giono. Soleil, rocaille, cigales, paysannerie endurcie et solidaire. Mais Joseph, le maire du village, personnage rondouillet et bienveillant, a la bonne idée de mourir dans les premières planches. Sa mort lance une problématique qui n’aura de cesse de se creuser et de se révéler terrible, et finement raccord, avec le titre à double sens.
Nous suivons dans ce récit une délégation de quatre hommes descendant le cercueil par un sentier difficile, afin que le corps de Joseph soit béni. Le traditionalisme de l’intention est louable, mais il se confronte à l’âpre réalité du terrain, dans un premier temps… puis à la pathétique vérité des comportements, dans un second temps. Le scénario de Benoît Vidal et Borris est jouissivement retors. Aux révélations terribles qui se manifestent, encouragées par les efforts bavards des porteurs, se joignent des circonstances en adéquation avec le sordide de la trame. On ressort de cette histoire haletante et sacrément bien tournée avec une forte amertume quant à la nature humaine.
Charogne se lit comme un bonbon très amer.
John Difool




