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La Trousse Corrézienne

Chez nos voisins, LTC 22 · 4 janvier 2019

Migrants en Haute-Vienne : ça rame

Migrants en Haute-Vienne : ça rame

Migrants en Haute-Vienne : ça rame

Il était donc une fois une famille de migrants géorgiens, arrivée en France et hébergée à Limoges dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) depuis plus de 18 mois. Un père, une mère, un enfant déjà né au moment de l’arrivée chez nos voisins, scolarisé, et un bébé né depuis. Sauf que, compte tenu de leur pays d’origine qui ne fait pas partie de ceux permettant d’obtenir l’asile, celui-ci leur est refusé. Le CADA, dans ce cas, doit demander aux personnes de quitter leur hébergement. Quitte à les transférer dans un autre centre d’hébergement, de type Centre d’Hébergement et de Réadaptation Sociale (CHRS), où quiconque peut être accueilli. Sauf que les services de la Préfecture ont pris les devant. Après avoir délivré une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), les forces de l’ordre sont venues cueillir monsieur de bon matin, pour le placer en Centre de rétention, avant son renvoi vers la Géorgie. Pourquoi pas madame et les enfants ? Parce que tout de même, en France, en principe, on ne place pas d’enfants en détention. Ça reste assez mal toléré, et on peut s’en réjouir. Du coup, la stratégie consiste à « enlever » le père, en pariant que la mère (et les enfants) vont volontairement s’inscrire dans une démarche de retour au Pays. Cette fois-ci, cela n’a pas fonctionné. Le père a effectivement été renvoyé en Géorgie, et la mère et les enfants ont quitté le foyer. Ils vivent donc maintenant seuls, en France, dans une précarité plus grande, et sans le suivi dont ils bénéficiaient jusque-là. Il ne reste ainsi plus d’autres options pour ce père de famille que de tenter de revenir en France rejoindre sa famille.

CHRS en galère

L’autre problème qui ce serait posé pour accueillir cette famille est celle des places en CHRS. Car en effet, les centres sont saturés. Parmi les migrants la grande majorité ne peut prétendre à l’asile. En situations irrégulières sur le territoire, l’accueil d’urgence reste heureusement possible. Le Code de l’action sociale et des familles précise que « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence » et qu’elle « doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. » L’un des centres avec lesquels nous avons pris contact nous indique que près de la moitié des places est occupée par des familles installées depuis plusieurs années sur le territoire, dont les enfants sont scolarisés, mais dont la situation administrative n’évoluera pas. En situation irrégulière sur le territoire, ces personnes ne sont pas autorisées à travailler. Pourtant, comme le note des salariés de la structure, il a pu arrivé que certains disposent, sur un temps court de la procédure de demande de régularisation, du droit à travailler. Et dans ce cas, ces personnes, sans même maîtriser la langue, trouvait un emploi très rapidement. Malheureusement, une fois déboutées, elles en sont empêchées. Aussi, aucune solution adapatée à leur situation ne peut leur être proposée. Pourtant, la Préfecture de Haute-Vienne demande aux CHRS d’établir des référés « expulsion » à l’encontre de ces personnes. La situation est délicate : les CHRS peuvent s’y refuser, en invoquant le Code l’action sociale et des familles. Certes. Mais l’État est également leur financeur, avec une mise en concurrence de plus en plus criante : pour survivre, il faut devenir plus gros. C’est ainsi que deux structures haut-viennoises s’apprêtent à fusionner (Hestia et Marianes). Aucun doute que dans la fusion, une partie du budget va retourner dans les caisses dans l’État.

C’est le serpent qui se mord la queue.

« Logement d’abord » versus CHRS

D’après les professionnels du secteur, la situation des CHRS est promise à s’aggraver dans les années à venir. La politique du « Logement d’abord », initiée en 2009 en France, crée des effets pervers. « Sur le principe, le logement d’abord repose sur la conviction que le logement est une condition préalable et nécessaire à l’insertion. […] Cela signifie qu’avant toute chose, les personnes en difficulté d’insertion doivent pouvoir s’installer dans leur propre logement, un logement autonome, de droit commun, qu’elles ont choisi, pour lequel elles ont signé un contrat en leur nom sans limitation de durée, et qui n’est pas conditionné au suivi d’un quelconque engagement. Ce concept remet en question l’approche classique que l’on connaît en France, qui tend plutôt à poser le logement comme la finalité (et non la condition préalable) d’un parcours d’insertion. La personne en difficulté doit généralement prouver sa capacité à accéder au logement, par le passage dans des dispositifs d’hébergement temporaire, le logement étant l’aboutissement du parcours d’insertion. » 2. Le concept est séduisant si toutefois un accompagnement social de qualité reste d’actualité. Sauf que derrière les mots, l’économie budgétaire reste la priorité. Et vous l’aurez compris, avec ce « logemet d’abord », on se dirige vers une large diminution des places en CHRS et des CHRS tout court, et la question de l’hébergement des migrants en situation irrégulière va devenir plus problématique encore, puisque ceux-ci n’accèderont pas plus à un logement durable.

Vers plus de squats ?

Alors on peut se demander jusqu’où ces politiques de l’autruche nous mèneront. À refuser coûte que coûte de régulariser des personnes, des familles qui ont l’envie et le désir profond de s’installer ici et d’y travailler, au prétexte d’un hypotétique « appel d’air », on peut imaginer que les squats vont se multiplier ici et là. À Limoges déjà, l’ancien Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP) est occupé depuis le mois de mai par une cinquantaine de personnes en situations irrégulières, dont un tiers d’enfants. La Région Nouvelle-Aquitaine, propriétaire des bâtiments destinés à devenir un centre de formation, veut récupérer son bien. Elle a même engagé une assistante sociale pour tenter de trouver des solutions à ce problème… insoluble ! Une élue régionale, à la suite de la diffusion sur France Bleu dernièrement de témoignages de familles concernées, relatant les dangers et l’inconfort du squat, a demandé au Préfet de prendre ses responsabilités. Ce dernier, Raphaël Le Méhauté, ne lâche rien :« L’Etat a fait toutes les démarches nécessaires pour rencontrer ses familles et étudier les solutions mais elles ont épuisé tous leurs recours et sont en situation irrégulière, alors je les invite à bénéficier de l’aide au retour dans leur pays, car dans le cadre des lois que je suis censé appliquer, l’Etat n’est plus tenu d’assurer le relogement ». 3

Point…

1. https://www.lepopulaire.fr/limoges/social/politique/2018/11/03/manifestation-a-limoges-contre-le-sort-d-une-famille-georgienne_13040407.html

2. http://www.federationsolidarite.org/index.php/positions-de-la-fnars-accueil-et-hebergement/35-positions-de-la-fnars/3126-logementdabord

3. https://www.francebleu.fr/infos/societe/squat-du-crdp-a-limoges-passer-le-mistigri-aux-collectivites-est-insupportable-1541702876

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