
On trouve ce roman au rayon science fiction. C’en est bel et bien, et de la Grande. Mais on pourrait le trouver au rayon Micro-politique si celui ci existait.
La Horde est un groupe d’élite formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Les Hordiers sont pilier, traceur, scribe, aéromètre, troubadour, feuleuse… , 23 à former l’agencement de savoirs et d’aptitudes pour la survie de leur groupe, traçant contre-vent, à pied et debout depuis 3 décennies.
La Horde du contrevent est un livre-univers qui fond l’aventure et la poésie des parcours. La Horde nous parle du temps long, des communautés de destins qui à chaque pas, à chaque petite ou colossale épreuves sert les rangs. Le temps long qui oblige chacun à percer le mystère de tous. Ici il n’y a pas de place pour l’abandon de l’autre, la déception. Il ne peut qu’y avoir la cohésion et l’abandon de soi au nom de la quête d’un sens profond du vivant.
Ce roman m’a tellement sidéré, tellement révélé ce qui me manque de mes relations aux autres et à moi même que je ne résiste pas à la citation : « La neuvième forme du vent est la mortalité active en chacun, à chaque âge. Je ne parle pas de la déchéance de nos corps ou de l’entropie qui nous dégrade, non : plus simplement d’une forme puissante de la fatigue. Tout au long de votre vie, cette fatigue s’est manifestée sous une myriade de petites mines : un découragement passager, une perte de confiance, un banal besoin de confort affectif ou de stabilité sentimentale, un appel au repos récurrent… Elle a parfois pris le masque d’une paresse de pensée, d’un manque de curiosité, elle a pu se traduire par un refus de l’inconnu ou la peur de changer, le fait de privilégier une habitude, vouloir être tranquille d’avance, je ne sais pas … quels autres visages encore ? Disons les facilités innombrables de l’humain qui n’est pas à la hauteur de ce qu’il peut. »
John Difool



