
Lors du conseil municipal du 30 octobre 2018, le maire d’Argentat-sur-Dordogne présente au vote le projet « de valorisation des berges » (voir Trousse N°21). Des élus de l’opposition demandent qu’une réunion publique ait lieu avant le vote. La parole est donnée aux habitants présents dans l’assistance.
Le vote est reporté, et une réunion publique organisée le 11 décembre salle des confluences, à Argentat. J’y étais.
La Grande salle des confluences. Avec des gradins. Pleine, plus de deux-cents personnes. En bas, haussés sur une estrade, dix hommes (pas besoin d’utiliser l’écriture inclusive), élus, bureaux d’études, directeur des services, EPIDOR.
Le maire introduit avec les mots classiques et généraux « renforcer le bien vivre, investissements structurants, cohérence, attractivité… » Le projet des gravières (voir Trousse N°20) est présenté car« la valorisation des berges est en totale cohérence avec lui. » Puis, le bureau d’études présente « la valorisation des berges » et surtout la passerelle de quatre-vingt mètres de long passant sous le pont, d’amont en aval de la rive gauche. Présenté avec un film de communication sur lequel la passerelle paraît en totale continuité avec le chemin : on ne fait que deviner les piliers en béton, nécessaires à la fixation au sol, alors qu’elle se trouve au-dessus de la crue décennale.
L’échange s’ouvre, la parole distribuée, la salle attentive. Les personnes qui interviennent ne mettent pas en cause les objectifs du projet. Elles s’opposent aux moyens et à la méthode. J’aurai du mal à comprendre si une personne en situation de handicap aura la capacité de monter le raidillon existant, lieu d’arrivée de la dite passerelle, permettant ensuite de rejoindre le pont. Je comprends, plutôt non. « Quel intérêt alors de faire cette passerelle ? », « Pour avoir une autre vue sur Argentat ! », eh bé c’est cher la photo (déjà faite en plus belle depuis le vieux pont ou au ras de l’eau depuis le petit accès à la rivière) !
Plusieurs s’interrogent sur le « pourquoi passer là où ce n’est pas aménagé », « Quelle autres possibilités ? » Il n’ y aura pas de réponses précises, aucune présentation de diagnostic qui justifierait le tracé. Juste le « tout le monde doit pouvoir passer par là, en toute saison. » L’association Corrèze Environnement insiste sur le fait « qu’on va aménager des berges privées qui sont déjà ouvertes aux habitants par les propriétaires. »
La glissance du bois, en référence aux passerelles de Tulle sur la Corrèze est relevée, mais nous aurons les normes les plus hautes de bois non glissant. L’impossibilité de traverser le pont en fauteuil roulant, même si la voie est théoriquement prioritaire aux piétons, la rupture de passage le long de la Dordogne par les aménagements communaux (pourquoi ne pas commencer par là ?), l’intérêt de prendre du temps, de concevoir une boucle, les exigences d’entretien, les difficultés de déplacements pour les personnes âgées dans les rues du vieil Argentat…
Absence de concertation
Un habitant explique calmement : « Nous avons des informations sur un projet bouclé. Or ce projet concerne le cadre de vie, l’histoire, le patrimoine, il devait entraîner des consultations », « Je croyais que cette méthode était un modèle dépassé », « le dialogue est la somme des intelligences. » Un autre : « dans votre programme au moment des élections, vous aviez prévu une démocratie active, des consultations citoyennes, et rien ! » Corréze Environnement s’étonne du peu d’informations partagées avec les habitants, « on ne peut pas faire le bonheur des gens sans les gens. »
La réunion démarrée à 20 heures se termine à 23h30. Quelqu’un demande quelle suite sera donnée ? Il est répondu que les élus se réuniront et que le vote sur le projet aura lieu en décembre. Et le maire remerciera de la présence et de la qualité des échanges, sachant que personne à la tribune n’a pris de notes.
Il faut aller vite. Tout est financé.Voilà, c’est nous qu’on connaît « la totale cohérence spatiale et temporelle. »
On vit une époque de démocratie formidable !
Marie-Laure Petit



