Les communes corréziennes, comme les autres je suppose, sont fortes. Très très fortes ! Elles n’augmentent pas les taux d’imposition, et en même temps, elles maîtrisent les dépenses de fonctionnement. Pas mal, pas mal ! Bon d’accord, sans qu’elles le veuillent, mais en le sachant, les impôts augmentent un peu (voir La Trousse numéro 21). Mais elles n’y sont pour rien, et je suppose que c’est trop compliqué à nous expliquer.
La baisse des dépenses de fonctionnement
Brive : « gestion de rigueur et en même temps gestion volontaire autour du triptyque : baisse de la dette, baisse du fonctionnement et hausse de l’investissement (…) depuis 2014 nous avons tenu nos taux d’imposition. »1
Tulle : « D’abord que les taux d’imposition n’augmenteront pas pour la 23ème année consécutive (…) enfin que la mairie poursuit son cycle de maîtrise de ses dépenses de fonctionnement. »2
Ussel « Pour la cinquième année consécutive, le budget sera équilibré sans augmenter les impôts (…), la municipalité va continuer à travailler à la maîtrise de ses dépenses de fonctionnement (…) »3
Uzerche « Un budget au service de l’attractivité du territoire (…) Sans avoir recours à l’augmentation des taux d’imposition (…) forte diminution des dépenses de fonctionnement. »4
Argentat-sur-Dordogne : « À l’issue de l’année qui vient de s’écouler, force est de constater que les dépenses de fonctionnement poursuivent leur baisse. »5
Et concrètement ?
C’est quoi d’abord ce fonctionnement ? Des achats et charges externes : les achats de consommables, et les achats de services (électricité, téléphone, prestataires, etc.). Mais c’est aussi et principalement des dépenses de personnel.
La bête noire ces dépenses de personnel ! En 2017 et en pourcentage des charges de fonctionnement c’est 58 % à Brive, 54 % à Tulle, 57 % à Ussel, 52 % à Uzerche, 56 % à Argentat.6 Les pourcentages sont en général plus faibles sur les plus petites communes.
Du personnel donc, des services à la population comme l’accueil, les services techniques, le personnel municipal dans les écoles, les cantines…
Donc on maîtrise et on essaie de… ? Ben, réduire les achats qui diminuent fortement. Et aussi les charges de personnel. Particulièrement visible sur les budgets de Brive et Tulle. Les charges de personnel passent de 46 562 000 € en 2014 à Brive, à 44 089 000 € en 20176, les effectifs passant de 1 368 à 1 173.
Elles passent de 11 269 000 € en 2014 à Tulle, à 10 79 000 € en 20176.
Attention, tout n’est bien sûr pas à situation identique, et nous ne disposons pas de toutes les informations permettant des comparaisons. Mais la commune de Tulle met elle-même en avant la diminution d’un million d’Euros de charge de personnel entre 2014 et 2018 dans son document d’orientation budgétaire. Elle relève comme conséquence dans sa partie « cadre de vie » les difficultés à gérer l’entretien sans produits phytosanitaires « et la nécessité de repenser l’organisation ».
Donc concrètement, on sait que les effectifs diminuent, tout du moins dans ces deux communes : mais quels sont les choix ? Comment sont-ils réalisés ? Très peu d’informations disponibles. Difficile de savoir comment sont modifiées les organisations d’ensemble.
Vu ainsi, on a alors l’impression d’une gestion comptable : les dotations d’État ont diminué ? Il faut baisser le fonctionnement, voilà. On ne remplace pas tous les départs d’agents. Point. Mais comment se font les choix ? C’est tout de même bien politique cela.
Voilà pourquoi nos édiles locaux, pour chaque investissement, disent « faire extrêmement attention aux coûts de fonctionnement induits », et donc, se disent qu’en bétonnant, pardon, en mettant des pierres nobles plutôt que de l’herbe, on réduira l’entretien. Si on réfléchissait plutôt que de répéter ses phrases en boucle « maîtriser le fonctionnement » « favoriser l’investissement pour améliorer l’attractivité » « mais surtout en maîtrisant le fonctionnement » ?
Car l’herbe sortira, la nature n’est pas douce, surtout contrainte.
1 – Brive Mag avril 2018
2 – Tulle mag, avril 2018
3 – Action Ussel avril 2018
4 – Vivre Uzerche, juillet 2018
5 – Le petit Argentat-sur-Dordogne
Marie-Laure Petit



