
Instits stagiaires : silence dans le rang !
Aïe, aïe, aïe. Violent.
Histoire d’avoir du temps pour y mettre un nez et des yeux, décision est prise de reporter à novembre 2018, la rédaction d’un dossier. Que voici donc.
PESA ? PESA, mais c’est quoi d’abord la formation des professeurs des écoles ou dit à l’ancienne des Instituteurs (trices). C’est vrai, cela change tout le temps, alors, là, présentement, comment devient-on instit’ ?
On a vite compris ! L’année entre la réussite du concours et la titularisation pour devenir Professeur des Écoles titulaire est lourde. Très.
Rentrée scolaire avec une classe à mi-temps et en plus la formation avec validation du master2, le tout bien sûr dans des lieux différents.
Bref : l’année est difficile, charge importante de travail, stress, les témoignages expriment une réelle souffrance au travail.Et aussi une pression forte : les témoignages, avant ou après la titularisation sont difficiles à collecter, et toujours sous anonymat. La pression tourne quelques fois à la dépression, aux crises d’angoisse, à l’incapacité à travailler. À lire les témoignages d’ici et d’ailleurs on ressent également une violence institutionnelle inacceptable. Comment peut-on penser former des enseignants bienveillants, épanouis dans leur métier en leur renvoyant cette image malveillante de l’institution même ?
En Corrèze, et ailleurs aussi, cela se sait, il y a des enquêtes, un rapport. Mais cela se tait, c’est plus simple de continuer.
Même si le nombre reste faible, les échecs à la titularisation augmentent, les démissions également.
Il n’est pas question ici de remettre en cause toute évaluation.
Mais elle ne peut être réalisée dans la violence. Jamais.
Comment est ce possible de licencier huit personnes sans aucun justificatif basé sur des critères connus de tous ? C’est à dire très exactement en faisant ce que aucun prof des écoles ou du second degré ne doit faire ?
On décline de façon schématique (peut-être déjà trop ancienne?), les savoirs en savoirs notionnels (connaissances), savoir-faire (savoir construire une séquence en fonction des objectifs par exemple), et savoir-être (être à l’écoute par exemple).
Quelle réflexion sur les savoir-être, si importante pour des professeurs, quelle place dans la formation pour cette réflexion ?
Et quels savoir-être ont acquis certains formateurs ?
Devenir professeur des écoles, comment ça marche ?
Afin d’éclairer ce dossier spécial, nous nous sommes d’abord pencher sur la formation des professeurs des écoles. C’est vrai ça : comment devient-on instit’ ? Et qui enseigne aux instit’ comment enseigner ? C’est le moment de décortiquer les innombrables sigles du secteur… Et pour cela, Internet a été un allié précieux, ainsi que le SNUIPP1, l’un des syndicat d’enseignant qui a accepté de nous recevoir. En revanche, malgré nos demandes répétées, nous n’avons pas réussi à rencontrer le responsable de l’ÉSPÉ2 de Tulle.
Master et concours
D’une façon ou d’une autre pour devenir « instit’ », il faut passer le Concours de Recrutement de Professeur des Écoles (CRPE). La voie « classique » est d’avoir une licence ou un diplôme équivalent. Et peu importe le domaine d’études concerné. Une fois cette licence en poche, il faut entamer un Master « Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation » (MEEF), mention Professeur des Écoles.
Ces Masters MEEF se préparent au sein des Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ÉSPÉ) qui sont partie intégrante de l’Université. Et c’est ainsi depuis la rentrée de septembre 2013. Il y a 32 ÉSPÉ en France, dont 3 dans l’Académie de Limoges : à Limoges, Guéret et Tulle.
Cette première année de Master, durant laquelle les peut-être futurs instit’ bénéficient de « 4 à 6 semaines de stage d’observation et de pratique accompagnée » préparent le concours externe. Les étudiants admis deviennent alors fonctionnaires-stagiaires, le temps de leur deuxième année de Master. Ce sont les Professeurs des Écoles Stagiaires (PES) ou Professeurs des Écoles Stagiaires en Alternance (PESA).
Bon, on avait presque tout compris. Sauf qu’en fait, ça, c’est la voix « type ». En vrai, on peut aussi passer le concours (CRPE) si on a un diplôme équivalent à un Master 1 (M1) ou Master 2 (M2), quelqu’il soit, puisque les instit’ doivent être titulaires d’un Master. Point (ou presque… pour les autres cas, se reporter à l’encadré !).
Donc, une fois reçu au concours, l’étudiant titulaire d’un Master 1 suivra le MEEF 2 alors que l’étudiant titulaire d’un Master 2 aura un « parcours adapté tenant compte de son expérience antérieure et de ses besoins ». Parfois, il s’agira pour lui de s’inscrire en Master 2 MEEF, et valider un second Master.
Qu’enseigne-t-on en Master MEEF ?
La formation comprend quatre types d’apprentissages.
D’abord, des enseignements dits « disciplinaires » (pas pour apprendre à punir les élèves, mais bien par disciplines : français, maths, histoire… etc), en première année, et qui représentent plus de 40 % du temps de formation. Puis, des enseignements dits de « construction de la professionnalité », qui correspondent, si nous avons bien compris, aux compétences à développer afin de proposer des apprentissages adaptés dans le cadre à la fois du système scolaire, de la classe et des différentes disciplines. Ceux-ci représentent 32 % de la formation en M1, et la moitié du temps en M2. C’est la fameuse didactique à ne pas confondre avec la pédagogie ! Enfin, des enseignements en sciences humaines, qui représentent respectivement 18 % et 41 % du temps de formation en M1 et M2. À cela s’ajoutent des cours d’anglais, pour 39 petites heures par années de formation.
Qui enseigne aux PESA?
Deux types d’enseignants. Les Enseignants Maîtres Formateurs (EMF) et les Fomateurs académiques.
Les EMF sont des professeurs des écoles, titulaires du Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Instituteur ou de Professeur des Écoles Maître Formateur (CAFIPEMF). Comprenons-nous bien, le CAFIPEMF n’est pas une formation de formateurs, mais un certificat d’aptitude. Les épreuves consistent d’abord en un entretien à partir d’un dossier personnel relatant « une expérience professionnelle significative ». Puis, l’année suivante, le candidat doit soutenir un mémoire professionnel et analyser une pratique professionnelle d’une séance en classe d’un débutant ou la réalisation d’une action de formation. Une fois titulaire du CAFIPEMF, ils sont nommés aux fonctions de EMF par le recteur après avis de la commission administrative départementale unique compétente à l’égard des instituteurs et des professeurs des écoles. Ils conservent deux tiers de leur temps d’enseignement en présence d’élèves les. Le tiers restant est consacré à des interventions possibles au sein des ÉSPÉ, et à leur fonction de tuteurs-terrain des PESA.
Les Formateurs Académiques sont les professeurs du second degré (collèges, lycées) qui enseignent majoritairement dans les ÉSPÉ. Ils sont désignés par le Recteur, sur proposition du chef d’établissement, parmi le corps enseignant.
PESA et année de stage
Après l’obtention du concours et la validation de la première année de Master, nos futurs enseignants entament une année mélée de cours à l’ÉSPÉ et de stage à mi-temps, en présence d’élèves.
Entendons-nous bien, à l’Éducation Nationale, un stage à ce stade, c’est un adulte (en formation) seul avec une classe. Le stagiaire encadre seul sa classe, toute l’année, à mi-temps (deux jours par semaine). Généralement, il s’agit d’une « décharge de direction ». Le stagiaire est informé en juillet de son affectation, et bénéficie de deux jours de « tuilage » début septembre avec le professeur des écoles dont il complète le temps de travail. Jusqu’à l’an passé, le stagiaire avait deux « quart temps » : il avait deux classes, un seul jour par semaine chacune. Depuis la rentrée 2018, il a une seule classe. Le SNUIPP déplore cette modification : la responsabilité est plus grande encore qu’auparavant.
Un « dispositif d’accompagnement » est mis en place. Il repose sur deux acteurs. Le premier, est le « Tuteur de terrain professionnel », qui sont les EMF (Enseignant Maître Formateur). Le second est le « Tuteur de formation universitaire », personnel de l’ÉSPÉ, qui se doit d’effectuer au moins une visite de terrain, conjointement avec le tuteur terrain.
Le tuteur de terrain réalise au moins trois visites dans la classe du PESA, qui donnent lieu à compte-rendu. Au cours de cette année de stage, celui-ci est amené à rédiger deux rapports qui seront transmis à l’Inspecteur. Ces rapports constituent un avis pour la titularisation.
Si le tuteur terrain alerte l’Inspection sur les difficultés rencontrées par le stagiaire, un accompagnement renforcé est mis en place (entendez une intensification des visites de terrain) et une visite de l’Inspection peut être effectuée, pour compléter l’analyse afin de décider d’une titularisation ou d’une prolongation de stage.
Ainsi, le tuteur est à la fois celui qui est censé accompagner, aider le stagiaire, mais aussi celui qui le juge. Schizophrène non ?
1. SNUIPP : Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des Écoles et PEGC (Professeurs d’Enseignement Général de Collège, affilié à la FSU (Fédération Syndicale Unitaire)
2. ESPE : Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation
Encadré
On peut également passer le CRPE sans condition de diplôme, si l’on a déjà été fonctionnaire titulaire en tant que personnel enseignant, si l’on a au moins 3 enfants ou encore si l’on est sportif de haut-niveau (ça ne s’invente pas…). Le site de l’Éducation Nationale précise même qu’on ne peut pas passer le CRPE si l’on est déjà Professeur de Écoles. À ce moment de nos investigations, on se demande si on doit en rire, ou pas. Il faut aussi avoir une qualification de secourisme, et savoir nager (au moins 50 mètres)… euh, enfin sauf si vous êtes en situation de handicap, et de préciser qu’il n’y a pas de dispense pour les sportifs de haut niveau et pour les parents de trois enfants et plus. Voilà pour le « concours externe ».
Oui, car il y aussi, le « premier concours interne », le « second concours interne », et le « troisième concours ». Bon on s’en tiendra au concours externe !
Procédure de titularisation
À l’issue de l’année de stage, le Recteur, sur proposition du jury, établit la liste des stagiaires proposés à la titularisation, au renouvellement de stage (pour un an maximum) ou au licenciement.
Le jury académique est constitué de cinq à huit membres nommés par le Recteur parmi les inspecteurs d’académie, les inspecteurs d’académie adjoints, les inspecteurs de l’éducation nationale (IEN), les enseignants chercheurs, les professeurs des écoles maîtres formateurs ou les enseignants du second degré.
Il est présidé par un Inspecteur d’Académie (IA-DASEN)
Le jury académique propose la titularisation au Recteur après s’être prononcé sur le fondement du référentiel des quatorze compétences et après avoir pris connaissance des avis de l’Inspecteur et du Directeur de l’ÉSPÉ. L’inspecteur s’appuie en particulier sur les rapports du maître formateur et sur ses visites pour rendre son avis.
Arrêté du 12-05-2010 : Article 5 – Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu’il estime aptes à être titularisés. En outre, lorsqu’il s’agit d’un stagiaire qui effectue une première année de stage, l’avis défavorable doit être complété par un avis sur l’intérêt, au regard de l’aptitude professionnelle, d’autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. Le jury entend au cours d’un entretien chaque fonctionnaire stagiaire pour lequel il envisage de ne pas proposer la titularisation. Les stagiaires qui n’ont pas été jugés aptes à être titularisés à l’issue de la première année de stage et qui accomplissent une deuxième année de stage subissent obligatoirement une inspection.





