
« Mon ventre m’appartient » clamaient les féministes. Indéniablement la légalisation de la contraception par la loi Neuwirth en 1967 a bouleversé la vie des femmes. Non seulement leur fécondité mais, partant, leur sexualité ainsi que leur place économique et sociétale. Pour autant ne faudrait-il pas le voir comme une étape, nécessaire mais insuffisante.
La libération du corps de la femme est-elle authentiquement advenue ? Car ces corps libérés d’un côté s’avèrent enserrés dans un réseau de prescriptions médicales, et parfois, à vie, dans un carcan hormonal non exempt de risques. Quel que soit le mode de contraception choisi, la pilule constituant la norme, les femmes portent trop souvent seules le poids de la maîtrise de la fécondité.
Pourtant la loi Neuwirth parle d’ individus qui peuvent réclamer et obtenir de leur médecin les moyens de limiter leur fécondité. Pourquoi, dès lors, l’éventualité d’une contraception masculine n’est-elle pas évoquée, seule garante d’une équité en posant le partage des responsabilités et des risques liés à la sexualité ?
Différents procédés contraceptifs existent, hormonal, thermique ou bien encore la vasectomie. À lire, le site de l’Ardecom (Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine). Si seuls quelques milliers d’hommes en France ont recours à la vasectomie, ils sont 21% en Grande-Bretagne, 14% en Chine, 13% aux États-Unis, et 9% en Espagne. Quant à la pilule masculine, il existerait les moyens de la développer. Néanmoins les industries pharmaceutiques ne s’aventurent pas sur ce terrain compte tenu de l’absence de perspectives commerciales. Quels seraient les acheteurs masculins tant il est vrai que la contraception est perçue principalement comme une affaire de femmes.
Ce corps féminin sous contrôle médical et pharmaceutique confirme le postulat de Michel Foucault selon lequel « le pouvoir s’est avancé dans le corps, [et] se trouve exposé dans le corps même. »2 En dernier ressort, la maîtrise de l’enfantement et la libération sexuelle n’ont décidément pas signé la libération des femmes. 1- Reichler Claude, L’Âge libertin, éditions de Minuit, 1987, p. 81. 2- Michel Foucault, Surveiller et Punir, Gallimard, 1975.
Leïla Chik





