
De la permaculture pour les sourds à Nantes
Le 29 juin se déroulait un stage de permaculture de deux jours en langue des signes français (LSF) à Nantes. L’une des toutes premières initiatives en France qui a débuté après une demande pour faire participer une personne sourde à un stage de permaculture. Malheureusement pour elle, les frais d’interprétariat étaient trop élevés. Ce fut le déclic pour l’animateur, Pierre-Alexandre, qui avait entendu parler de la communauté sourde par un interprète et voulait la découvrir, apprendre quelques signes. L’idée fut donc d’organiser le stage uniquement pour les sourds.
Le stage se déroulait dans le jardin de Sébastien, l’hôte sourd de ce séjour. C’est donc un jardin divisé en deux parties – ornement et potager – qui leur servira de support et de réflexion pendant ces deux jours. Pierre-Alexandre, avec l’équipe d’interprètes de TIC44 (1), explore les différents principes de la permaculture.
Deux jours c’est court, mais suffisant pour en saisir la philosophie, car le reste ne peut venir qu’avec l’expérience de notre propre observation et du terrain.
Sujet sensible qui a réunit les neuf participants sourds arrivés de Paris et Toulouse. Chacun et chacune cherchait plus ou moins un moyen de gratter la terre, de renouer avec la main invisible et d’y trouver l’or noir : des vers ! des limaces ! des pucerons ! des scarabées ! Des échanges calmes, attentifs et vifs autour de leur petite jungle peuplée d’êtres bizarres et d’arbres patraques, au bout du rouleau, ou d’un projet qui trotte leur ciboulot.
Ainsi la journée s’est déroulé en deux parties : une partie théorique et une partie observation. L’idée étant pour Pierre-Alexandre de leur offrir une boîte à outils, à idées qui permette de repenser « la circulation des énergies dans les systèmes structurés par les humains (intrant, extrant). D’aider à la définition d’autres priorités de vie, plus respectueuse de l’environnement et des autres. […] Ma conception du jardin est très simple… Celui-ci doit être productif dans tous les sens du terme et économe en énergie à moyen et long terme tout en diminuant la quantité et la nature de nos interventions. Le but étant de développer un système proche de l’autonomie ».
Ainsi, pour Pierre-Alexandre, l’idéal est « le Jardin-forêt », titre d’un excellent livre de permaculture, puisqu’il fournit des denrées, du paillage (feuilles, branches mortes) ou de l’énergie pour rendre le site le plus autonome possible. Malheureusement, le groupe n’a pas pu aller au bout de la partie théorique car il faut reconnaître que la LSF amène un autre temps. Un temps de pause et d’organisation pour la traduction avec les interprètes. Un temps d’écoute, car on évite de couper la parole, les signes. Mais cela tient plus de la culture sourde que de la LSF elle-même.
Et pendant ce temps l’équipe de « l’Œil et la Main », documentaires autour du monde des sourds sur France 5, s’est faufilée sur place pour braquer sa caméra de télévision (voir encadré).
1 – http://tic44.fr/
« Plus de graines, moins de bitume »
Coécrit par Delphine et Pauline, la partie du stage de permaculture à Nantes sera intégré dans un film divisé en trois parties. Ce sera un témoignage : « Comment en tant que journaliste mais aussi en tant qu’humaine, je témoigne de mon inquiétude par rapport à la planète, par rapport aux villes qui grandissent de plus en plus au détriment de la nature, de la campagne. Et je me pose la question : Comment est-ce possible de rester connecté, de se reconnecter au vivant en habitant en ville. » Ce film de vingt-six minutes s’inspire de l’émission d’Arte « Streetphilosophy ».
Arte « Streetphilosophy » explore les questionnements de l’auteur, en voix off, et les fait évoluer en montrant des visions singulières des gens, de collectifs qui à leur manière apportent des réponses. « Étant moi-même convaincue et concernée, j’avais envie de participer au stage et aussi de pouvoir échanger avec d’autres personnes sourdes. De questionner ce rapport que chacun peut avoir par rapport au vivant et les projections de chacun par rapport à l’avenir à titre personnel ou alors plus global. »
Antoine Retoré





