
Si la sanglante répression lors de la marche pacifique de retour (je ne comprends pas la phrase), si le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem ont remis la question israélo- palestinienne sur le devant de la scène, ce n’est que pour un temps furtif dans la ronde des sujets médiatiques. Pourtant, l’injustice fondamentale que subissent les Palestiniens mérite d’être posée dans toute sa tragique simplicité.
70 ans depuis la création d’Israël. Anniversaire pour les uns. Commémoration pour les autres de la Nakba, la « Catastrophe ». 700 000 Palestiniens jetés sur les routes par la peur ou par la force, 500 villages détruits. Un foyer trouvé pour les Juifs, un foyer perdu pour les Palestiniens.
Cette date impose de s’attarder sur ce conflit mal connu. Pour beaucoup la guerre là-bas ressemble à beaucoup d’autres. Souvent les uns et les autres sont renvoyés à leur part de responsabilité dans cette escalade de violence irréversible. Que comprendre alors de ce conflit ?
Saisir la spécificité de la question israélo-palestinienne ne se fera pas ici au rythme d’une exhaustive leçon d’histoire. Les divers conflits qui ont opposé Israël aux États arabes voisins – Syrie, Irak, Jordanie, Égypte – sont certes essentiels, notamment parce qu’ils ont redessiné favorablement les contours d’Israël et réduit la Palestine à des Bantoustans1, mais c’est avant tout une injustice fondamentale qu’il faut interroger. Sur quel socle s’est-elle construite ?
Hier, « une nation a solennellement promis à une autre le territoire d’une troisième ».
C’est Theodor Herzl qui signe la naissance du sionisme étatique2 avec L’État des Juifs publié en 1896. Affiné par la suite au cours de différents congrès, le projet sioniste prend acte de l’antisémitisme comme d’une réalité inéluctable, qui impose la création d’un foyer basé sur une souveraineté nationale. Ce que la déclaration Balfour3 entérine en 1917, stipulant que le gouvernement de Sa Majesté « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». Quant aux arabes, représentant alors 90% de la population sur 93% des terres, ils sont nommés « collectivités non juives ». C’est ainsi qu’« une nation a solennellement promis à une autre le territoire d’une troisième4 ».
Nationaliste et colonialiste, le projet sioniste est basé dès l’origine sur une appropriation des terres, une colonisation de peuplement et une exclusion de la population locale sur une base religieuse.
Déjà Martin Buber, philosophe juif, déclarait en 1949 : « Nous devons affronter la réalité qu’Israël n’est ni innocent, ni rédempteur. Et qu’à sa création et dans son expansion, nous, en tant que juifs, avons créé ce dont nous avons historiquement souffert : une population de réfugiés en diaspora ». Aujourd’hui, 6 millions de Palestiniens vivent en exil.
Israël en toute impunité
Cette colonisation ne peut être niée, Ilan Pappé de la « nouvelle histoire » israélienne5 parlant même de nettoyage ethnique. De même que ne peut être occulté le soutien quasi indéfectible dont bénéficie Israël de la part de gouvernements6 qui n’ont pas manqué, par ailleurs, de punir des États dits « voyous ». Alors que l’État israélien est considéré comme un pair des puissances politiques, partageant les mêmes valeurs démocratiques, ses agissements ont de quoi surprendre tant ils bafouent le droit international7 : que ce soit l’occupation, la colonisation, la construction du mur qui enferme la population palestinienne, le blocus de Gaza8 particulièrement cruel, ou encore récemment, les massacres de civils, manifestants pacifiques ou munis de pierres contre des armes de pointe. Autant de faits condamnables et condamnés par les institutions internationales sans qu’Israël soit sanctionné, jouissant d’une impunité inédite. Quant aux quelques critiques émanant des autorités politiques à travers le monde, elles sont, pour la plupart, formulées du bout des lèvres.
Quels moyens d’actions ?
Pourtant, garantir la justice pour le peuple palestinien paraît fondamental pour construire une paix durable là-bas et, faut-il le dire, ailleurs. Ce qui signifie le droit des réfugiés à retourner dans leurs foyers, l’arrêt des confiscations de terres, des destructions de maisons, des arrestations et incarcérations arbitraires, mais aussi la non-discrimination des citoyens palestiniens d’Israël9. Les forces politiques ayant échoué à faire valoir le respect de ces droits fondamentaux, la société civile palestinienne s’est saisie de ce combat par un mode d’action pacifique apte à exercer des pressions économiques et politiques : le BDS10 (Boycott, Désinvestissement, Sanctions). Le criminaliser, c’est déposséder les Palestiniens et ceux qui les soutiennent d’une possibilité d’agir face à l’inacceptable. Qui peut rétorquer que le boycott contre l’Afrique du Sud et sa politique d’apartheid était criminel ? « Exactement comme nous, disait Nelson Mandela en 1990, [les Palestiniens ] se battent pour le droit à l’autodétermination ». Et dans cette lutte à armes inégales, le BDS est une option dont tous peuvent se saisir.
Outre la criminalisation du mouvement BDS, l’amalgame antisionisme / « antisémitisme » est souvent brandi à tous ceux qui critiquent ouvertement la politique israélienne. Ces positions, inquiétantes dans notre régime dit démocratique, musellent le débat public.
Faut-il rappeler que beaucoup de juifs se sont opposés et s’opposent à la politique israélienne ? Ils y voient à juste titre, par l’injustice criante, un risque pour tous. Comment construire en effet une paix sur de tels fondements ? Les Palestiniens, rappelons-le, font face à une situation unique dans l’histoire contemporaine : « Un colonialisme en marche11 ». Le combattre, c’est briser le cycle de violences et de répressions de part et d’autre. C’est se battre pour l’avènement d’une paix pour tous.
1-Créés par les autorités sud-africaines dans le régime d’apartheid, ces territoires, aux pouvoirs limités, regroupent les populations noires.
2- Le premier sionisme, né dans l’Angleterre impériale du XIXe siècle, est chrétien. Il soutient le « retour » des Juifs en Terre sainte et trouve actuellement son prolongement aux États-Unis parmi les évangéliques millénaristes.
3-Ministre des Affaires étrangères britannique.
4-Arthur Koestler, écrivain et combattant au sein des organisations sionistes.
5- Ilan Pappé, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, Paris, 2008. La « nouvelle histoire » israélienne est un courant historiographique qui propose une autre lecture de l’histoire que la version officielle
6- Dont certains portent une lourde responsabilité dans le génocide juif.
7- L’admission d’Israël à l’ONU, le 11 mai 1949, était soumise à l’acceptation et le respect des résolutions 181 et 194. Résolution 181, novembre 1947, plan de partage de la Palestine en deux États. Résolution 194, décembre 1948, droit au retour des réfugiés palestiniens, droit à des indemnités compensatoires pour ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers. La Cour pénale internationale qualifie la colonisation en Cisjordanie et Jérusalem-Est de « crime de guerre ».
8- Les euphémismes des opérations menées à Gaza « Plomb durci » (2008-2009), « Pilier de défense » (2012),« Barrière protectrice » (2014), cachent l’horreur. Près de 4000 morts, une multitude de blessés civils, des infrastructures détruites. Depuis plus de 10 ans, la situation sanitaire, alimentaire et sociale est particulièrement alarmante.
9- Il existe une législation différenciée selon l’ethnie. Par exemple, si deux palestiniens contractent un mariage, l’un résident de Jérusalem et l’autre pas, le couple n’aura pas le droit de s’y installer. L’alternative étant soit de vivre séparé, soit de s’installer hors de la ville Sainte.
10- Le BDS, initié à l’appel de 172 organisations non gouvernementales palestiniennes, est une campagne internationale appelant à exercer boycott et diverses pressions économiques, académiques, culturelles et politiques sur Israël afin d’aboutir à la réalisation de trois objectifs : la fin de l’occupation et de la colonisation des terres arabes, l’égalité complète pour les citoyens arabo-palestiniens d’Israël, et le respect du droit au retour des réfugiés palestiniens.
11- Alain Gresh, « La Palestine, toujours recommencée », in Le Monde Diplomatique, Manière de voir, Palestine, Un peuple, une colonisation, n°157, Février-Mars 2018.
Pour aller plus loin
Le Monde Diplomatique, Manière de voir, Palestine. Un peuple, une colonisation , n°157, Février-Mars 2018.
Palestine. Pus d’un siècle de dépossession, Jean-Pierre Bouché, Scribest et Récit présent, 2017.
Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française, Alain Gresh et Hélène Aldeguer, La Découverte, 2017.
Atlas des Palestiniens. Un peuple en quête d’un État, Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Sid-Ahmed Souiah, Autrement, 2017 [2011].
Sites UJFP Union Juive Française pour la Paix
BDS Boycott, désinvestissement, sanctions
AFPS Association France Palestine Solidarité
Sur Brive-la-Gaillarde, Les Amis de Jayyous, association de soutien à la Palestine, contact 07 83 20 72 42 / bmuet@orange.fr
Leïla Chik




