
Le collectif AGIRR 19, constitué exclusivement de professionnels de l’arbre, a effectué un gros travail pédagogique pour nous permettre de comprendre les enjeux pratiques de cette affaire. Parce que, contrairement à ce qui pourrait sembler, couper un arbre, c’est hyper technique. D’abord, parce qu’un arbre, c’est un système hydraulique complexe. Et bien oui, l’arbre fonctionne avec plein de tuyaux, un peu à l’image de pailles, qui permettent au flux d’hormones régulatrices de circuler entre le système racinaire, et les feuilles de l’arbre. Et l’ennemi d’un système hydraulique, c’est l’air. Cela signifie que lorsqu’on coupe une branche, des précautions sont à prendre pour permettre à la pousse de l’année suivante de bien recouvrir la coupe, préservant ainsi l’arbre de l’attaque de champignons, la nécrose.
Et si cela vaut pour les branches secondaires, pour les charpentières, les grosses branches qui montent jusqu’en haut de l’arbre, alors, c’est encore différent. En effet, ces charpentières sont comme des troncs : lorsqu’elles sont coupées, la nécrose est cette fois inévitable et irréversible.
Les professionnels de l’arboristerie sont formels : l’arbre est fortement fragilisé, et dans les dix à quinze ans qui suivent, il est fort possible qu’il tombe. Avec cette lecture, quand on pense par exemple aux hêtres centenaires taillés à l’aplomb par les agents du Département aux Quatres Routes d’Albussac, on a de quoi être préoccupés. Et c’est sans compter sur les rejets que l’arbre, en recherche d’un indispensable équilibre, ne manquera pas de produire. Rejets qui nécessiteront des interventions régulières pour préserver les réseaux de télécommunication.
Mais les professionnels d’AGIRR ne se contentent pas de critiquer, ils proposent des solutions. La mise au gabarit routier des arbres de bord de route constitue une part importante de leur travail. Pour cela, couper peu permet de préserver la santé de l’arbre, de limiter les rejets, et de limiter les interventions dans le temps pour l’entretien.
La conservation de ces arbres de lisière est également la seule parade à la chute des arbres de second plan. Ceux-ci se sont forgés en dehors des contraintes de vent et sont les plus à même de tomber une fois à découvert. Jusqu’ici, les arbres de bord de route les empêchent bien souvent de tomber sur la chaussée. Qu’en sera-t-il demain ?
D’autant que les coupes de bord de route vont générer d’important problèmes d’entretien. Ces arbres ne seront pas dessouchés : des rejets vont immanquablement pousser. On observe déjà largement ce phénomène du fait des coupes rases réalisées un peu partout en Corrèze. On distingue facilement les arbres de bords de route, droits et solides, de ces rejets nombreux, qui penchent vers la route.
Alignement d’arbres de lisière
Arbres issus de rejets après coupe rase
Or, entre la présence des souches, les ronces qui ne manqueront pas de pousser, quel type d’entretien sera possible ? La faucheuse ne passera pas, et la fréquence et les coûts d’entretien, s’ils sont réalisés, seront importants. On pourrait aussi parler des problèmes d’affaissement des talus, qui entraînent le curage nécessaire des fossés…
Bref, ces professionnels nous mettent en garde contre des pratiques dangereuses, pour les arbres, et les usagers de la route. Ils ont souhaité mettre leurs compétences au profit des élus et agents départementaux, mais le Département n’a pas apprécié la médiatisation de leur action, et ne souhaite plus échanger avec eux.
Certes, on sait que les conséquences de ces pratiques imbéciles ne seront visibles que dans quelques années, assez longtemps en tous cas pour que nos élus locaux soient libérés de leur mandat et de leur responsabilité. Et ce sont tous les corréziens qui en assumeront les conséquences.










