Bienvenue en pays de Loufoqueries !
C’est dans les champs temporels de son ami Khronos qu’Ektos (la petite entité, 3 p’tits points) gesticule à tout va. Après son escapade songeuse en Tjukurpa, Ektos s’est retrouvé involontairement en Tempaparti (voir « LTC » 17) mais sa vadrouille en Moutonézie Virtuela s’étant révélée plutôt anxiogène, il s’est empressé de revenir auprès de son acolyte sans âge.
« Dis donc, t’aurais pas joué avec mon Khrono, toi ? » interroge Khronos qui voit bien qu’Ektos n’est pas dans son écuelle. L’animal zygomatizeur grelottant de tous ses membres improbables, Khronos lui propose alors une peau de mouton pour le réchauffer. Malheur ! Le mot frisottant et bêlaineux taze littéralement Ektos qui s’effondre sur lui-même. L’affaire est grave ! Glissant prestement un petit coussin hélvétikopéteur sous la masse caoutchouteuse avachie, Khronos, kyl-kobyz et livre de Dede Korkut en main, se penche sur le tragus orientable droit d’Ektos et se met à susurrer dans le 4e pavillon auriculaire supérieur. Notes et mots entament alors un parcours chaotique, encombré d’objets hétéroclites (marteau, enclume, osselets, limaçons), traversent vestibule, chambre et même aqueduc et finissent par arriver chez Cochlée et Corti, vieux couple gérant de discothèque. Beaucoup de monde devant la porte ! C’est que la chansonnette de Khronos a entraîné à sa suite une foule nombreuse et bigarrée. Il y a là de gais philomèles, des merles gouailleurs, des belles et des amoureux en quantité. Blanc de champagne au bec, un pic-vert propose de toquer plus fort à l’huis, les tenanciers étant un peu durs de la feuille. Après un « toc-toc-toc… » tonitruant, résonne enfin un « Ouïe !? Entreeez ». La troupe passe alors le tympan et débouche dans un labyrinthe surpeuplé. Là, tandis que certains, drapés de satin, dégustent milliards, sirotent kirsch, écoutent « Bigarreau-ci, Bigarreau-là » en s’envoyant des cherries sucrés par-ci et des cœurs-de-pigeon par-là, d’autres se pressent autour d’un groupe d’exilées tout juste arrivées de Kérazous. Alors qu’une rebelle, descendante du sieur Kéraban le Tétu et lointaine cousine anarkommunarde des gérants – eux-mêmes issus d’une branche koréziano-kalédonienne de révoltés parisiens – raconte maintes histoires de résistance et de semaines sanglantes, des paroles s’élèvent soudain. « Rendez-vous au pinyodrome, en bas du Pré-Vert ! Le spectacle va commencer ! Le Temps des Noyaux est arrivé ! » Se balançant au rythme des vans et des sambas, l’assemblée s’élance, excitée. C’est alors que Tinette, perchée sur un prunus cesarus avium, s’écrie : « Attention ! Voilà Drosophila la motarde. » « Sus à vous, trompe-geais, aigles noirs, marmottes et tigres, je vous conchie les pots ! Que vous soyez victorieux ou pas. Sourds ou non ! » vrombit cette dernière, prête à l’attaque.
« Quelle guigne ! » peste Ektos. Dans son cerveau juteux, il s’imaginait déjà avoir acquis l’oreille absolue, chanter « Ô Hana Mi » et déguster des sakuramochi en récompense ! « Voilà mon audition annulée ! Tout ce travail de répétition pour des queues de cerises ! Si j’étais pas non-violent, j’aurais été lui péter la cerise à la Droso ! »



