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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 17 · 2 mars 2018

Grandeur nature — les espaces-test agricoles

Grandeur nature : les espaces-test

Encadré (1440 s)

Les espaces-tests

La définition du RENETA (Le Réseau National des Espaces-Tests Agricoles) :

L’Espace-Test Agricole désigne une entité fonctionnelle, coordonnée, réunissant l’ensemble des conditions nécessaires au test d’activité. Il a comme fonctions fondamentales la mise à disposition d’un cadre légal d’exercice du test d’activité permettant l’autonomie de la personne, de moyens de production (foncier, matériel, bâtiments…), d’un dispositif d’accompagnement et de suivi multiforme.

Pour mener à bien ses missions, l’espace-test agricole est animé et coordonné dans une logique d’ouverture, d’ancrage territorial et de partenariat. Le lieu test désigne un lieu physique, support temporaire ou permanent à des tests d’activité.

En Limousin l’espace-test se décline d’une manière un peu singulière puisqu’il ne propose pas de lieu identifié comme pépinière. Ce sont des particuliers, propriétaires terriens qui proposent de mettre à disposition de manière gratuite une partie de leur terre et éventuellement de leur matériel pour permettre à des porteurs de projet agricole de se tester grandeur nature. Le parcours est balisé par un accompagnement humain et du tutorat technique. Le test peut durer jusqu’à trois ans, par année renouvelable. En Limousin, c’est une association qui porte l’Espace-test : Paysan dès Demain. Elle est composée de structures et de particuliers. Ils sont accompagnateur, tuteur ou lieu-test du territoire.

Pour aller plus loin : https://paysandesdemain.fr

Article (2660 s)

Du test agricole

À Ségur-le-Château

Le lieu-test de Ségur-le-Chateau s’inscrit dans un vaste projet sur une petite commune en déclin1. Astride Verspieren serait comme la petite fille prodigue. Ses parents ont hérité de 80 hectares, trois métairies : Le Grangeau, Le Mas et Le Sauvage. À partir de 2000, ils y mettent en place une culture de maïs conventionnel pour « valoriser » la terre et entretenir le bâti. Mais en 2012, Astride demande à reprendre la main. Elle a un projet de « transition écologique » pour les terres familiales.

Dans les « beaux milieux » la permaculture et le bio sont de nobles sentiments. Reste que le passage à l’acte ne va pas de soi. Et pourtant le père d’Astride lui donne blanc seing sur les 56 hectares de terres arables, les 12 de pâtures et les 12 de bois. Elle veut faire de ces terres familiales un test grandeur nature d’une autre agriculture : éthique, sociale et philosophique. Cultiver seule 80 hectares ? Ce n’est pas le projet. Astride et Mathieu, son compagnon, habitent et travaillent à Paris. Elle y est paysagiste et lui architecte. Cette terre doit accueillir d’autres énergies. Les métairies existantes sont une aubaine pour réinventer le foisonnement d’une agriculture paysanne disparue. L’idée est de rénover le bâti existant afin de le repeupler au fur et à mesure des rencontres. Mais, plus de lien de fermage. « Trop rigide » me dit Astride. Elle voudrait inventer de nouvelles formes, d’autres statuts. La réflexion est ouverte. La propriété pourrait même être mise en partage. Pas impossible ! Question de temps, celui d’une génération qui passe…

Astride a l’énergie des leaders. Lorsque je la rencontre elle est, fourche-bêche en main, affairée à transformer une morne prairie de trois hectares en une châtaigneraie/verger/champs de culture de plus de trois cents arbres. Elle n’est pas seule. Quelques bénévoles de l’association Paysages nourriciers sont aussi à l’œuvre. Et puis sur les terres, il y a déjà Marc, l’oncle qui s’occupe de l’espace florale et paysager. Hervé Covès, ingénieur agronome et conteur passionné des systèmes naturels, est aussi de la partie. Mickael, un étudiant de troisième cycle de l’université de sciences humaines de Limoges est à l’étude du phénomène social, et devrait prendre racine prochainement au domaine. Mathieu, le mari d’Astride a replanté 7 000 m² de vigne. Depuis le printemps dernier, une apicultrice s’est piquée de faire du miel. Franck va prendre en main la culture des céréales et ouvrir un Fab Lab paysan au Grangeau (voire encadré). Et puis il y a Diane qui prend la relève de Tom sur la métairie du Sauvage pour un test en maraîchage (voire encadré).

1 Ségur-le-Château a perdu plus de la moitié de sa population en 50 ans (401hab en 68 et 188 en 2018)

2 Association Paysages nourriciers, Tél. 06.22.86.94.20

Autre encadré (2240 s)

Diane : du MOOC1 à la pratique

Diane a 27 ans. Elle vient de la banlieue parisienne. Après avoir bourlingué aux États-Unis et en Thaïlande, elle entame des études de commerce international, une orientation en lien avec son goût des voyages. Mais au sortir de l’école, la réalité du travail est tout autre : « J’ai fait de la merde dans des entreprises de merde. J’ai même bossée à La Société générale ! » Puis elle rencontre Charles. Ils partent au Danemark et en Hollande pour finir par atterrir en Aveyron. « Là je me suis dis : finalement c’est bon la France ! » Elle s’intéresse alors à la permaculture. « Le travail de la terre à travers ce prisme : pourquoi pas ? », se dit-elle. Et de MOOC et MOOC elle se gave de permaculture en cachets pixelisés. À force, elle et son compagnon finissent par désirer mettre les mains dans la terre, acheter un terrain. Mais Diane a conscience qu’il faut s’expérimenter. Elle tombe alors sur l’annonce de test à Ségur dans le magazine Terre de liens. Elle rencontre Astride et là : « Évidemment ! Ce que fait Astride sur ses terres de Ségur est très inspirant : son altruisme, sa générosité… ». Et l’idée d’inscrire son envie dans un projet plus vaste la motive. Elle suit la formation permaculture avec Andy à La Porcherie (sud Haute-Vienne).

Diane en test veut tout oser : l’exotisme de la banane himalayenne, la mycose prometteuse du shytaqué, la généreuse rotondité de la noix de coco chilienne. Il s’agit de susciter le désir autochtone qu’elle juge trop replié sur la courge et le poireaux désuets. Elle veut faire émerger la nouveauté. L’idée est aussi de faire du Sauvage une pause pique-nique tendre et bucolique pour les promeneurs en profitant astucieusement des parcours pédestres n°3 et 4 qui le traversent. Il suffira de communiquer sur cette pause gourmande. Mais peut-être que cela ne sera pas si simple. L’épicière du village montre de la réticence à s’approvisionner chez Diane. « C’est un problème de génération » me dit cette dernière. À Ségur, « les anciens » ne voient pas forcément d’un bon œil le changement de paradigme incarné par Astride. Tom, le testeur précédent, avait eu du mal à s’intégrer au village. Diane ressent aussi cette défiance. Mais peu importe, elle est prête à relever le défi.

1 pour Massive Open Online Course, d’après l’anglais, ou formation en ligne ouverte à tous (FLOT)

Autre encadré (1330 s)

Franck : Fab Lab1 et céréales

Franck vient d’arriver au domaine. Il va habiter un petit bâtiment, dit Le chalet, en fuste et toiture végétalisée près des bâtiments principaux de la métairie du Grangeau. Avant d’arriver ici, il a été agriculteur puis accompagnateur d’agriculteurs sur la gestion de l’eau sous climat méditerranéen. Il a aussi fait du conseil en aménagement de ferme. Il est designer2 et fait déjà profiter de son expertise l’aménagement du domaine. Mais bientôt, deux projets vont le mobiliser. Il va poursuivre une activité déjà expérimentée : animer un atelier de fabrication d’outils de travail du sol pour motoculteurs et tracteurs. « Il y a un segment de la vente de matériel agricole dépourvu : c’est celui de l’équipement pour la culture des petites parcelles ». L’objectif de cet atelier est de rendre artisanal le processus de création. Il s’agit de développer l’autonomie pour la fabrication d’un matériel adapté aux particularismes des petites exploitations. Comme un Fab Lab classique, l’atelier sera donc ouvert au public, a priori campagnard. Franck y proposera un accompagnement technique. En parallèle, il est prévu aussi qu’il s’occupe de la production céréalière. C’est sur cette activité qu’il souhaite se tester en profitant de l’accompagnement proposé par l’Espace-test agricole du Limousin.

1 contraction de l’anglais fabrication laboratory, « laboratoire de fabrication »

2 Selon la définition de Wilkipédia : l’étymologie du mot provient de l’anglais « design », que l’on emploie depuis la période classique. Il vient de l’ancien français « designer »1, lui-même dérivé latin designare, « marquer d’un signe, dessiner, indiquer ».

Légende photos

Astride : Astride implante un verger diversifié dans la prairie du Grangeau

Diane et Hélène (dans la prairie) : Diane (à gauche) et Hélène, association Hortiphonie (à droite). Cette dernière devrait accompagner techniquement le test de Diane pour l’année à venir.

Franck : Franck arpente un paysage en transformation et nous fait l’honneur d’une explication des techniques de permaculture à l’œuvre dans ce nouveau dessin.

Diane et l’épicerie libre service : Diane à la porte de l’épicerie libre service mise en place par Tom, le testeur précédent.

Philippe Van Assche

Du papier, des crayons, pas de pubards.

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