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La Trousse Corrézienne

LTC 17, Société · 2 mars 2018

Qui à part un milliardaire sait vraiment ce qu’est la richesse ?

« Qui à part un milliardaire sait ce qu’est la richesse ? »

La réponse n’est ni simple, ni évidente, pourtant, il y a une constante : tondre la laine sur le dos des travailleurs et des nécessiteux. Une preuve : Blablacar, enfin son patron, 420ème fortune de France avec 160 millions d’euros de bénéfices en 2017, a bâti sa fortune en dix ans en faisant d’un geste de générosité, l’auto-stop, un acte payant programmable.

Les jeunes ne le savent pas, mais dans les années 1970 et 1980, l’auto-stop était un moyen ludique pour aller d’un point à un autre, même si le temps de voyage était aléatoire. Des gens d’horizons différents se côtoyaient : du maçon portugais en J7 au voyageur de commerce en Citroën CX, de la minette en R5 au baba-cool en 4L pourrie, les occasions d’échanger et de sympathiser, voire plus, donnaient une couleur, une musique, une saveur nouvelle à la vie. Aujourd’hui un passager blablacar « réserve » un chauffeur pour pallier l’absence de transport en commun et souhaite qu’on le dépose en temps et en heure au point d’arrivée. Le chauffeur met à disposition un véhicule propre pour le transformer en taxi, sans le charme exotique des « taxis brousse » ou des « taxis familiaux » qu’on trouve dans les pays émergents. Qu’importe, ça fait monter le chiffre d’affaires.

S’enrichir, un savoir-faire ?

Environ mille milliards de bénéfices de plus qu’en 2016 ont été produits par les entreprises et les multinationales et ont fini dans la poche de leurs principaux dirigeants. Pour le reste de l’humanité, c’est misère, pauvreté, convoitise et dévoiement. Amazon est devenue la multinationale la plus riche, devant Microsoft et Facebook… En fait, ce sont les patrons qui s’en mettent plein les fouilles.

Parmi cette faune, en Corrèze, tout le monde connaît la Sodexo qui s’envole avec cinq milliards d’euros de bénef… La restauration collective, c’est chaque fois un repas répugnant, concocté avec de la nourriture venue des quatre coins de la planète, donc moins chère que la plus basse qualité du moins cher français, mais ça rapporte gros. On est en droit de se poser des questions : Pourquoi subventionner – avec nos impôts – blablacar plutôt que la SNCF ? Est-on tenu de manger dans un restaurant collectif Sodexo quand on est à l’école, qu’on travaille en entreprise, qu’on séjourne dans un hôpital ou une maison de retraite ? Pourquoi achète-t-on autant sur Amazon, alors qu’il y a des milliers de sites qui proposent la même chose au même prix et qu’il reste encore des magasins de vêtements, de bricolage, d’électroménager, d’informatique, des librairies… qui ont sensiblement les mêmes tarifs avec en bonus de la convivialité, du SAV et… un sourire ? Serait-on devenu si tristes qu’un sourire nous méduse, comme le regard de la célèbre gorgone ? Serait-on devenus tellement pressés que surfer sur les pubs du net est plus convivial que rencontrer des potes en faisant ses courses ?

Quelques constatations

Il est inutile d’augmenter les salaires, il est inutile de lutter contre la pauvreté (les milliardaires s’en chargent, puisqu’ils créent tous des fondations pour venir en aide aux nécessiteux et aux malades, ce qui, au passage, les exonère d’autant d’impôts…), il est inutile de chercher une meilleure répartition des richesses. La vraie solution : s’estimer heureux qu’il n’y ait plus de guerre, puis se soumettre à ce qu’on nous recommande de faire et de consommer, sachant que tout le monde est différent du voisin. Les objets connectés sont un exemple. Si on possède le même smartphone que son ami, on le personnalise et au bout du compte, mon smartphone est unique. Ouf !

à quoi servent les élus ?

À nous permettre de personnaliser nos smartphones, notre résidence, notre véhicule, notre environnement proche ? Denis Robert, un journaliste, célèbre lanceur d’alerte dans les années 90 (Clearstream) a donné une interview dans le nouveau magazine littéraire. Il rapporte les propos en aparté d’un député travailliste anglais : « on nous paye et nous faisons les courses et les amendements », sous-entendu : pour faire de la city londonienne un paradis fiscal. J’ai aussi en mémoire un débat entendu sur France culture en 1996 – j’avais noté les chiffres – où un économiste disait que les opérations mafieuses et le blanchiment d’argent représentaient entre 800 et 1 500 milliards de dollars. Conclusion : en vingt ans, les politiciens de la planète ont légiféré pour rendre licite toute action plus ou moins frauduleuse, à condition qu’elle rapporte beaucoup d’argent. (Si en revendant la production de vos trois plans de cannabis vous achetez une pizzeria, vous pouvez être sûr qu’un jour une armada de pandores vous fera fermer votre commerce et que les journaux populaires y verront un exemple de lutte efficace contre le blanchiment… cet exemple est réel et date de 2007.) Rappelons quand même que, dans n’importe quelle partie du monde, on ne se souvient pas avoir vu un riche, entamer une redistribution des terres et/ou des richesses, sans avoir un couteau sous la gorge ? Et si jamais il a refusé, ce sont ses héritiers qui ont daigné le faire…

Hélas ! ce pouvoir de redistribution des richesses, légitime en démocratie, a été abandonné par les élus, remplacé par un pouvoir de coercition : les lois sécuritaires, veillant à ce qu’aucun pauvre (environ dix-huit millions en France : neuf millions qui vivent sous le seuil de pauvreté avec environ 985 € par mois et neuf millions de smicards qui n’ont pas de temps complet) ne vienne troubler l’ordre. Qui va exercer le pouvoir de redistribution ?

Les médias ?

S’ils prennent la peine de rappeler chaque jour la face sombre des multinationales, comme l’expropriation des terres pour extraire les minerais, la corruption des petits fonctionnaires pour obtenir des permis d’exploitation, la modification des législations sur le travail pour rendre la main-d’œuvre moins chère, l’absence de responsabilité en cas d’accident par le biais des sous-traitants, la liberté comptable pour répartir les charges, transférer les bénéfices, éviter de payer impôts et taxes… S’ils rappellent que les multinationales « essorent » le plus de gens possible, y compris les pauvres, par des lois sur la conformité des produits avec des pseudo-normes mises au point uniquement pour leur ouvrir des marchés ; puis qu’elles réinvestissent leurs profits pour les loisirs de quelques riches dirigeants. Ces multinationales sont des cancers pour la société, avec tout ce que cela implique, notamment les chimiothérapies qui font souffrir et mettent à genoux l’ensemble du corps social.

« Tous ne mourraient pas, mais tous étaient frappés » a écrit Jean de La Fontaine dans les animaux malades de la peste. Ajoutons : tous ne comprenaient pas, mais tous étaient appauvris.

César Cassarine

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