Une technologie qui affecte les Hommes et leurs lieux de vie
Les volets roulants se mettent à monter et descendre tous seuls. Le magasin Keria luminaires à Brive prévient déjà ses clients dans la vitrine : « Nos lampes sensitives sont aux normes CE… toutefois… il peut y avoir une potentielle incompatibilité entre les lampes touch et le compteur ERDF Linky. » Et doit-on passer sous silence les nombreux cas d’incendies qui se sont déclarés suite à la pose de ce merveilleux appareil « intelligent » et à ses connexions tous azimuts ?
À ce propos, et ça ne rassurera pas les irréductibles gaulois qui « voudraient retourner à la bougie », sachez que même si vous avez réussi à empêcher la société Painhas de vous poser leur boîtier vert, vous aurez droit au rayonnement des voisins dans votre appartement. Car le CPL G3, c’est comme le nuage de Tchernobyl, ça ne s’arrête pas aux frontières du jardin… ça s’introduit partout. Les Linky sont montés « en grappe », de quelques unités à quelques centaines en ville, reliés à un concentrateur. De plus, tous les Linky d’une même grappe communiquent entre eux pour se surveiller mutuellement. Et comme le courant ne s’occupe pas de savoir quel système de comptage vous avez – Linky ou compteur bleu – la « dirty electricity » comme l’appellent les anglophones, l’électricité sale viendra aussi alimenter votre frigo.
La seule solution pour éviter ces déboires restera peut-être d’installer un gros filtre à CPL entre le capteur et l’appartement.
Big Data, vie privée et piratage, le trio perdant
Le terme Big Data désigne la captation de toutes les informations possibles et imaginables… sur nous, nos habitudes, nos comportements, nos achats, nos fréquentations. C’est ce business-là, dont nous sommes censés être les cobayes et les victimes, qu’ENEDIS met en place avec le capteur Linky. Le pire est que les communes, propriétaires de compteurs d’électricité, institutions par nature au service des habitants, sont instrumentalisées dans le cadre du programme Linky au profit d’intérêts industriels et commerciaux. De trop nombreux élus sont trompés (croyant probablement que les dirigeants d’EDF et ENEDIS représentent encore le service public !) et, en ne s’opposant pas à l’installation des compteurs communicants, ouvrent la porte aux intérêts privés qui vont utiliser ces compteurs pour leur business au détriment des habitants…
Vous n’y croyez pas ?… ENEDIS-ERDF l’écrit dans son dossier de presse du 9 juillet 2015 intitulé Le compteur Linky, un outil au service de la Transition Énergétique :
« Le programme Linky a pour ambition de créer un standard mondial de l’industrie du comptage évolué. Pour y parvenir, ERDF a bâti un système évolutif utilisant des technologies de pointe, capables de gérer de très importants flux de données. Nous ne sommes encore qu’aux prémices de l’exploitation de toutes les potentialités de ce compteur : Big Data, usages domotiques, objets connectés… L’installation des compteurs communicants bénéficiera à l’ensemble de la filière électrique. Le programme Linky est suivi de près par les acteurs majeurs du secteur de l’énergie : fournisseurs, distributeurs, producteurs, équipementiers, startups… ».
Le véritable enjeu pour ENEDIS est expliqué par les avocats de Pardieu, Brocas et Maffei en mars 2016 dans leur écrit « Les données issues des réseaux intelligents » page 16, commandité par l’Office franco-allemand pour les énergies renouvelables, soutenu par le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer : « Il s’agit d’un enjeu économique et concurrentiel considérable car ce sont les données elles-mêmes et la possibilité de les utiliser qui deviennent un levier de valeur ajoutée. »
« Les informations de consommation d’énergie transmises par les compteurs sont très détaillées et permettent de savoir beaucoup de choses sur les occupants d’une habitation, comme leur horaire de réveil, le moment où ils prennent une douche ou bien quand ils utilisent certains appareils (four, bouilloire, toaster…) », avait expliqué la CNIL en 2010. Le transfert des données détaillées sur la consommation d’énergie (par exemple toutes les dix minutes) permet notamment d’identifier les heures de lever et de coucher, les heures ou périodes d’absence, ou encore, sous certaines conditions, le volume d’eau chaude consommée par jour, le nombre de personnes présentes dans le logement, etc.
« La précision est telle que nous pouvons reconnaître toutes les configurations d’appareils. À partir de la variation de luminosité que génère un téléviseur, nous pouvons identifier quel film visionne le téléspectateur » prévient Ulrich Greveler de l’université de Rhein-Waal, informaticien spécialiste d’analyse des données dans une émission sur Arte. Et Solange Ghernaouti, professeure à l’université de Lausanne, experte internationale en cybersécurité et cyberdéfense le confirme : « Toute cette collecte va servir à faire du profilage. Elle va permettre de mesurer, classifier, quantifier, faire rentrer des personnes dans des catégories pour mieux les cibler, mais aussi de croiser les informations, déduire, interpréter, prédire et influencer. »
On notera en passant que ce transfert de données constitue une modification substantielle du contrat signé à l’origine pour la fourniture d’électricité, mais cette modification n’est en aucun cas évoquée. C’est donc bien la vente de nos données qui intéresse EDF-ENEDIS et non le fait que le relevé de consommation réelle remplacerait les estimations, argument totalement inconsistant puisque les estimations mensuelles se soldent chaque année par un ajustement du paiement.
Maintenant que vous savez tout ça, vous comprenez mieux ce que signifie la phrase de Philippe Monloubou, patron d’ENEDIS-ERDF, devant l’Assemblée Nationale début 2016 : « Nous sommes déjà, à l’heure où je vous parle, un opérateur du Big Data. »
On saupoudre un peu de « haking » par dessus ?
On ne va pas s’étendre sur ce qui n’est plus un secret pour personne : le piratage du Linky existe, nous l’avons rencontré. Un seul exemple : France Culture, dans son émission Le monde pris en filature en septembre 2016, interviewe un chercheur de Saclay qui, avec une équipe de hackers, s’est amusé à bidouiller le Linky. En trois heures ils avaient réussi à renverser les données, à faire payer davantage le compteur Linky qui était à dix mètres d’eux, chez le voisin. Commentaire du chercheur :
« Donc il y a un risque de piratage très élevé apparemment… et c’est pas que ça… ».
Les références ne manquent pas mais on s’arrêtera là. Le fameux cryptage de nos données annoncé par ENEDIS fait gentiment sourire les pirates informatiques.
Les factures vont augmenter mon bon monsieur !
1. Avec quoi croyez-vous qu’ENEDIS va payer les 7 à 10,5 milliards d’euros de développement et déploiement du Linky – annoncés par M. Proglio ? « Le PDG d’EDF avait évalué le coût unitaire du compteur « entre 200 et 300 euros par foyer », largement au-delà de l’estimation qui avait été faite lors de l’annonce de la généralisation du dispositif (120 euros), supérieur aussi à la fourchette de 120 à 240 euros, donnée par ERDF le 8 juin 2010. Une telle fourchette se traduirait par un coût global de 7 à 10,5 milliards d’euros, largement au-dessus des estimations rendues publiques par Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique le 28 septembre 2011 (4,3 milliards d’euros)… » dixit la FNCCR1 elle-même dans un communiqué du 10 novembre 2011.
2. On a droit à un courant dégradé, l’électricité sale, donc moins efficace, ce qui a déjà une incidence sur les relevés.
3. Le calcul en puissance apparente/réactive calculé désormais en kVA introduit le « cosinus Phi » bien connu des électriciens. Cela augmentera par exemple de 50 % le calcul de relevé sur nos ampoules « basse consommation »… un comble ! Effet similaire de surfacturation sur tous nos appareils à moteur : machine à laver, lave-vaisselle, frigo, outillage électrique, etc.
4. N’oublions pas la surconsommation occasionnée par les 180 Data centers français, car il faut bien stocker ces milliards de nouvelles données personnelles quelque part. En France, la consommation électrique de ces serveurs aurait atteint près de 3 TWh (3 000 milliards de Watts/h !) en 2015 selon RTE2, soit davantage que la consommation électrique annuelle de la ville de Lyon. Selon l’ADEME3, 30 millions de compteurs communicants augmenteront la consommation nationale d’électricité de 0,3 à 0,4 térawattheures par an (TWh/an). Soit 300 milliards de W/h par an. L’ADEME qui parlait de Transition énergétique… À rajouter sur la facture.
5. On ne vous avait pas dit que, contrairement à nos bons vieux compteurs, le capteur Linky disjoncte au moindre dépassement ! Il faudra donc très souvent opter pour un abonnement supérieur. C’est ce qui arrive régulièrement aux « heureux » bénéficiaires du bidule.
6. Rajoutez à cela les coûts et le temps perdu pour pannes d’appareils, pertes de données, mises « aux normes », incendies, etc.
7. Et pour faire bon poids, pensez à l’obsolescence rapide, donc le changement déjà programmé de ce capteur. La durée de vie prévue du Linky est de 10 ans (contre 70 ans pour nos compteurs actuels), d’après Philippe Faugeras, dirigeant de la société Webdyn fabricant des puces pour les concentrateurs du système Linky, interrogé sur le salon Smart city/Smart grid, le 8 octobre 2015. De son côté, Capgemini Consulting n’a pas tenu compte, dans son étude du 8 mars 2007 (p. 38) sur les avantages du Linky, du coût de renouvellement des matériels ! Un détail, on va pas chipoter !
1 – Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies, aujourd’hui favorable au Linky
2 – Réseau de Transport d’Électricité
3 – Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie








