
Alors que le Conseil départemental de la Corrèze vient d’adopter le nouveau schéma de protection de l’enfance (2017-2021) lors de son assemblée plénière du 10 novembre dernier, le service de l’Aide Sociale à l’Enfance est secoué par le scandale de deux jeunes étrangers isolés mis à la rue (voir article page 3 et 4). L’occasion de regarder de plus près ce que traverse ce service actuellement.
En France, depuis les lois de décentralisation de 1982, ce sont les conseils départementaux qui se sont vus confier les missions de protection de l’enfance – qui incombaient jusque-là aux fameuses « DDASS » (il s’agissait des services déconcentrés de l’État : les Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales). Au sein de chaque Conseil départemental, un service de l’Aide sociale à l’Enfance est donc en charge de cette protection : prévention de situations de maltraitance, assistance éducative aux familles (Assistance Éducative à Domicile – AED, proposée aux familles / Assistance Éducative en Milieu Ouvert – AEMO, imposée aux familles par le Juge des Enfants), placement (administratif – avec l’accord de la famille ou judiciaire – imposé par le Juge des Enfants ou le Procureur). En Corrèze, ce sont environ 1000 enfants qui sont concernés : 620 font l’objet de mesures d’assistance éducative, 365 sont confiés au Département. Parmi ces enfants, près de 80 % sont placés en familles d’accueil, qui est le mode d’accueil privilégié en Corrèze. Les autres sont accueillis en établissements spécifiques : les Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS). La loi permet également aux départements de poursuivre l’accompagnement des jeunes au-delà de leurs 18 ans, au travers des contrats jeunes majeurs, éventuellement jusqu’à leurs 21 ans. Environ 25 enfants seraient concernés.
Un service en surcharge de travail
Ces missions historiques de protection de l’enfance du service de l’ASE perdurent et la prise en charge des Mineurs non accompagnés (voir article sus-cité) s’est ajoutée à elles, évidemment, sans moyens supplémentaires. Actuellement, au sein du service, les travailleurs sociaux assurent chacun le suivi d’environ 35 à 40 enfants. Que ce soit de l’assistance éducative ou du placement, sur une semaine de travail, et déduction faite des temps de déplacements, de coordination dans le service et avec les partenaires, des temps de rédaction de rapports… etc, il ne reste plus beaucoup de temps à consacrer au travail concret auprès des familles ou des gamins.
Une situation explosive partout en France
Alors bien sûr, la Corrèze se situe dans la moyenne des autres départements du point de vue de la part budgétaire qui y est consacrée comme des moyens humains. Sauf que partout en France, les services explosent. En Haute-Vienne, le collectif « adopte un jeune.com », fondé par des travailleurs sociaux du syndicat FSU, s’est constitué pour dénoncer les conditions de prise en charge offertes aux enfants. À Orléans, les éducateurs d’un foyer manifestaient il y a peu de temps pour alerter sur les conditions d’hébergement : 24 places pour 56 enfants accueillis, qui dorment à même le sol ou sur des tapis. À Bordeaux des MNA dorment dans la rue. Dans les Hauts-de-Seine, les éducateurs font circuler une pétition concernant leurs conditions de travail déplorables.
Pourtant, on ne peut pas dire que le sujet intéresse les foules, encore moins les politiques. Le sujet ne fait pas débat. Évidemment, tous les politiques veulent assurer leurs missions de protection de l’enfance ! Il y a une sorte de consensus sur le sujet, personne ne peut rien opposer à cette question. Du coup, personne ne propose rien non plus. On ne trouve jamais une ligne concernant l’ASE dans un programme politique ou une profession de foi, et ce que les élections aient une portée nationale ou locale. Ce service reste le parent pauvre du social. On parle souvent de la prise en charge du grand âge, parfois aussi du handicap, surtout s’il est physique ou bien s’il s’agit d’autisme. Schématiquement, on parle des sujets qui concernent directement les électeurs potentiels. La question de la protection de l’Enfance touche clairement une frange de la population qui ne vote pas, ou peu. Non pas qu’il n’y ait pas d’enfants en danger chez les classes moyennes ou privilégiées, mais les services sociaux n’ont que rarement l’occasion d’intervenir dans ces circonstances.
À la tête du service : une imposture
Ajoutez à cela en Corrèze un élément que nous avions déjà évoqué (voir La Trousse n°9 – Pascal Coste, un président dégradé) : le recrutement bidonné de la chef de service de l’ASE. Après un an de « bons et loyaux services », c’est l’heure du bilan. Et il s’avère, et, d’après nos nombreuses sources, de l’avis même de la principale intéressée, qu’elle est totalement incompétente, dépassée sur ce poste. Sans maîtrise du sujet, avec des responsabilités pourtant monstrueuses. En cas de problème, ce sont les décisions qu’elle aura prise, qui entraîneront la responsabilité du Président Coste.
Et quand une situation dérape et fait la une des journaux, partout en France, l’ASE est toujours mise en cause : on l’accuse de placements abusifs comme de laisser-aller dans les situations dramatiques. Bref, dans ces situations délicates, il y a toujours à redire sur la façon dont le service aurait dû traiter les choses. Dans ce contexte, les agents se sentent laissés à l’abandon, endossant parfois des responsabilités qui ne leur incombent pas. Il faut parfois pallier à son manque d’investissement dans le service.
Reconnaissance, quand tu nous tiens
Dans ce contexte, le service est régulièrement en prise directe avec la nouvelle directrice de l’Action Sociale, Madame Quériaud. On l’a dit compétente, pour le coup. Jusque-là, elle était à la direction générale de l’association MSA services Limousin. Et elle n’est pas venue seule au Département. Depuis qu’elle est en poste, elle aurait déjà fait entrer sept de ses anciens collaborateurs au sein de sa direction. Pascal Coste avait annoncé une chasse aux pistons et aux contrats pour privilégier la promotion interne. C’est raté ! Ces sept nouvelles recrues sont toutes contractuelles. Quant aux fonctionnaires territoriaux censés être prioritaires sur les postes, ils repasseront. Les perspectives d’évolution de carrière sont donc réduites. Et lors des débats autour du nouveau schéma de la protection de l’enfance, il semble que le service de l’ASE ait été taxé de résistance au changement, voire de déloyauté.
Pourtant, ils continuent chaque jour à assurer, tant bien que mal, leurs missions.
La Blatte





