
La ficelle à laquelle,
À laquelle est attaché le saucisson,
Et voyons au bout de la ficelle,
Voyons le petit cochon…
Regardez la truie comme elle est belle,
Avec ses porcelets mignons… »
Ça pourrait commencer comme une chanson enfantine, toute simple, une histoire de petits cochons roses, mais une histoire d’aujourd’hui, à l’époque de la généralisation du sandwich triangulaire (je me souviens du fard que j’ai piqué la première fois que j’en ai vu un, il y a une douzaine d’années, ça m’a marqué ! Proposé par un agent SNCF / petit chariot dans un train, en gros un sandwich avec pain de mie de merde sucré graisseux), une histoire présentée aujourd’hui, à l’époque de la tentative actuelle des grands groupes/grandes surfaces d’envahir les derniers mètres carrés de petites épiceries et d’éliminer les dernières boutiques de centre ville – les marges ne progressent jamais assez – en les remplaçant par des supérettes franchisées…
Une aventure-enquête foutraque à l’époque de « la simplification des normes », entendez : l’élimination des normes sociales et environnementales qui empêchent de faire du fric en bousillant la santé des travailleurs et des consommateurs et en polluant à tout va, par exemple en court-circuitant gaillardement le principe de précaution ; voilà, je le verrais bien comme ça.
Nous allons attaquer tranquillement par une ou deux rondelles de saucisson. Apéro. Un peu de poésie en intro, et beaucoup de politique, DU politique. Parce que tout ce que j’enfourne EST POLITIQUE, tout ce que je mange, tout ce que je respire, tout ce que je chie est bien sûr politique au sens noble du terme, c’est-à-dire « du vivre ensemble », de l’organisation consciente ou inconsciente, volontaire ou involontaire, collective ou individuelle, de la cité – de la société dans laquelle je vis.
Qu’est-ce que je mange ? Végétal ou animal ? Qui le fait pousser, le récolte, l’élève, le tue, le fabrique et le transporte ?… Et qu’est-ce qui finit dans mes toilettes sèches… Stop !
Commençons.
J’enlève la peau – ou non – puisque maintenant on nous fait des peaux ou des croûtes en plastique : comestibles – hi hi hi – disent-ils.
Voilà. Tout a commencé avec Balat, à Mercoeur, un élevage de petits cochons corréziens (je reprends : corréziens parce que, tout comme le saucisson corse, dont on rigole avec raison, le saucisson, vendu en grande surface en Corrèze, de salaisons corréziennes, est dans les trois quarts des cas constitué de viandes venues de Bretagne, voire d’Espagne ! Cochons provenant d’élevages intensifs, animaux cloîtrés dans des hangars, bourrés d’antibio et nourris de soja OGM importé du Brésil…). Chez Balat, les porcs étaient élevés sur place « en plein air » – je précise que c’est une appellation enregistrée, avec des normes, un cahier des charges précis ; j’ai lu qu’il existait aussi – « en semi-liberté »…
Ensuite, sur l’étiquette (oui j’en ai conservé plusieurs !), les ingrédients parlent d’eux-mêmes :
« maigre et gras de porc, vin aromatisé à l’ail, sel poivre ». Point-barre. Deux lignes à peine. Cool.
Moins y en a, mieux c’est. Pas difficile, comme règle.
Balat, dis-je, auprès de qui je me fournissais en saucissons (non emballés dans du plastique : avez-vous remarqué l’invasion progressive du sur-emballage ?) a fermé au printemps. Il a essayé de trouver un repreneur, peine perdue. Parait-il que c’est trop de boulot (rumeur ?→ piste 1, aller voir, faire connaissance et discuter). Et, m’a t-on dit plus sérieusement, reprendre une « exploitation » existante, capitaux et installations/matériels induisant tels fonctionnements bien précis, ce n’est pas évident…
OK, que vais-je manger maintenant ?
Allez, cherchons, furetons, le groin fouillant dans l’humus frais…
Je trouve du porc Label Rouge limousin, en boucherie à Tulle (je ne donne pas de nom précis, pas de pub siouplait), je lis l’étiquette du saucisson : « fabriqué avec 70 % de cochon limousin Label Rouge minimum, viande de coche (que’s aquo ?), sel, sucre (dextrose, lactose = lait ! Pourquoi faire ?), vin, rhum, épices, aromates, ferments (lait ! Encore ?), conservateur E252 (ahhh !? Pourquoi faire ?). Boyau naturel de porc. Peut contenir des sulfites ». Quatre lignes d’ingrédients.
Un boucher – charcutier réputé de Marcillac-la-Croisille, Ritou, fabrique ce saucisson. Ce serait intéressant de faire connaissance, et de poser quelques questions, hein ? Piste 2.
Voilà, voilà… Le premier épisode de la grande saga « porcine 19 » s’arrête là, c’est le démarrage, j’ai déjà d’autres rendez-vous prévus et je précise que les pistes présentées ci-dessus sont tout simplement des appels du pied pour partager, démultiplier les enquêtes, les recherches, les découvertes, les belles rencontres, le taf ; écrire au journal si vous quifffez dur ; j’offre une rondelle bio-locale et un fond de salers pour ceusses qui participent !!
Christophe Rastoll




