
Dans la Trousse Corrézienne n°2 paru à l’été 2015, nous avions publié un entretien avec Rosalie Deserta qui pratiquait le glanage en poubelle de supermarché. Activité parfois tolérée bien qu’interdite, elle est pratiquée par un nombre croissant de personnes. Que ce soit par besoin, par opportunisme ou par conviction.
Pour rappel, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), aujourd’hui un tiers des aliments produits pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé. Les Français jettent en moyenne entre vingt et trente kilogrammes de déchets alimentaires chaque année, dont sept seraient encore emballés au moment de partir à la poubelle. Cela représente une perte de quatre cents euros par foyer chaque année.1
Bien sûr la question du gaspillage des denrées alimentaires n’est pas inconnue de nos décideurs, d’autant plus dans un contexte de serrage de ceinture. Fin 2014, Jean Pierre Decool, député UMP du Nord, présente une proposition de loi qui, après divers amendements au Sénat et à l’Assemblée Nationale est adoptée en février 2016. Elle comporte quatre articles.
L’article 1er propose notamment de consacrer, dans la loi, une hiérarchie des actions à mettre en place par chaque acteur de la chaîne alimentaire : prévention du gaspillage, utilisation des invendus alimentaires par don ou transformation, valorisation destinée à l’alimentation animale, utilisation à des fins de compost pour l’agriculture et la valorisation énergétique, notamment par méthanisation. Cet article prévoit également d’interdire aux distributeurs du secteur alimentaire de rendre impropres à la consommation ou à la valorisation les denrées alimentaires encore consommables qu’ils n’ont pas vendues.
L’article 2 transfère la responsabilité des distributeurs vers leurs fournisseurs, dans le cas de dons alimentaires de denrées sous marque de distributeur MDD), que le distributeur ne souhaite pas commercialiser pour des raisons autres que sanitaires. L’article 3 vise à compléter l’information et l’éducation à l’alimentation dispensée aux enfants dans les écoles en prévoyant un volet sur la lutte contre le gaspillage alimentaire. L’article 4 intègre la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.
Ainsi la loi offre plusieurs pistes d’actions qui se complètent les unes les autres. Mais pour le dossier estival, nous avons fait le choix de plonger nos naseaux et nos mirettes dans les fonds de poubelles réchauffés au soleil d’été et de nous attarder principalement sur la deuxième priorité d’action imposée par la loi, à savoir l’utilisation des invendus alimentaires par les dons, ainsi que l’interdiction de rendre impropres à la consommation des denrées alimentaires. Est-ce que cette pratique s’est développée grâce à la loi ? Qu’est-ce que cela implique pour les associations, pour les glaneurs ? Trouve-t-on encore des poubelles où les invendus ont été javellisés ? Mais rassurez-vous, cette micro enquête qui fait un état des lieux de la situation un an après la promulgation de la loi, donne aussi quelques élément d’information sur les autres actions : valorisation de certains déchets, compost (donc tri).
Enfin, nous n’avons pas non plus axé ce dossier sur la prévention du gaspillage. Il est vrai que sur ce point, les distributeurs n’ont pas l’air d’avoir grand chose à mettre en avant. Remarque, ils ne sont pas les mieux placés pour aller faire la leçon à leur clients. Ceci dit, tout le monde est concerné. La loi le rappelle d’ailleurs, en considérant tous les acteurs de la chaine alimentaire. Prenons le cas de la compote de pommes, produit local corrézien. Les producteurs de pommes en Corrèze ne manquent pas et qui a fait la cueillette sait que les pommes qui ne sont pas assez jolies pour être croquées vont « à la compote », mais il en reste encore beaucoup par terre. Elles pourraient être glanées mais la plupart du temps elles laissent une odeur des cidre fermier dans les champs pendant quelques jours. Les pommes à compote arrivent ensuite chez Valade à Lubersac et sont transformées. Mais il suffit d’une erreur d’étiquetage par exemple (nom, DLC, écriture décalée sur les couvercles) et hop ça part à la poubelle ! Par palettes entières parfois ! Ensuite les compotes sont vendues en grande surface et les rayons ont intérêt à être toujours bien remplis, sinon ça fait « pays soviétique ». Donc il y en a toujours trop par rapport au nombre vendu et dès qu’arrive la DLC, rebelote, à la poubelle ! Ou aux associations caritatives, qui les bazarderont aussi à la poubelle si leurs bénéficiaires n’en veulent pas parce que « c’est périmé ». On voit bien qu’à toutes les étapes, il y a du gaspillage. Donc, à part quelques conseils aux consommateurs qu’on retrouve sur les sites des syndicats de gestion des déchets, question prévention du gaspillage, c’est pas encore gagné.
Mais allons voir si à l’ouest les poubelles sont plus vides ou s’il n’y a rien de nouveau.
(1) http://www.ademe.fr/particuliers-eco-citoyens/dechets/reduire-dechets/eviter-gaspillage-alimentaire



