
Lorsque l’on parle de l’ « ubérisation » de l’économie et du remplacement des emplois salariés par des robots, nombreux sont celles et ceux qui ne visualisent pas encore concrètement les conséquences de ces inéluctables « progrès ». Alors voici un exemple, celui de l’ouverture d’une première ligne de livraison par drone, dans le sud de la France, qui permet d’imaginer ce que sera notre société dans les toutes prochaines années.
Après une phase de test de deux ans, la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) a autorisé une filiale de La Poste (DPDgroup) (1) à opérer la livraison de colis par drone sur une ligne commerciale régulière dans le Var. Cette ligne permet de livrer une pépinière d’entreprises isolées (à Pourrières), qui regroupe une douzaine de start-ups dans le domaine de la haute technologie. Dorénavant leurs colis traités par Chronopost et DPD France seront expédiés par drone à partir du relais « Pickup » de Saint-Maximin, distant de 15 km.
Au départ comme à l’arrivée du drone, un terminal de livraison permet de sécuriser les phases de chargement du colis (maximum de 3 kilos), de décollage et d’atterrissage jusqu’à la dépose du colis. L’opération est gérée depuis un centre de contrôle où un opérateur surveille la mission en temps réel et peut prendre la main si nécessaire.
La Poste met en avant cette première mondiale qui est « une nouvelle manière de répondre à la problématique du dernier kilomètre, notamment pour accéder aux zones difficiles d’accès » (2).
Cette phase d’expérimentation est évidemment suivie avec le plus grand intérêt par le groupe La Poste puisqu’elle devrait entraîner un énorme chamboulement dans les toutes prochaines années. Actuellement le Centre français d’études et d’essais pour modèles autonomes (CEEMA), le premier centre d’essais pour drones civils en Europe, teste un drone de 110 kilos, avec une charge utile de 35 kilos, équipé d’un moteur hybride kérosène-électrique avec un rayon d’action d’une centaine de kilomètres.
Parallèlement, aux États-Unis, Amazon est confronté à la législation américaine qui interdit à une entreprise privée de faire voler des drones sur plusieurs kilomètres. La firme de e-commerce a fait part de son mécontentement face à cette situation qui la freine dans le développement de son service « Prime Air » et a menacé de délocaliser (3) sa branche recherche et développement liée aux drones s’il n’obtient pas rapidement une autorisation de vol. En décembre dernier, Amazon a testé avec succès, en Angleterre, les premières livraisons par drone (4).
S’il reste de nombreuses questions à régler avant de voir les drones envahir le ciel des grandes villes et de nos campagnes, tous les géants de la distribution ont leur projet ou s’apprêtent à le développer. La raison de cet engouement est simple : la livraison représente un coût majeur dans les dépenses de logistique. Une flottille de drones est moins chère, plus souple, non soumise aux aléas de la circulation et annoncée comme moins polluante. Et l’enjeu est de taille puisqu’en France le transport routier représente 420 000 emplois, 300 000 véhicules et un chiffre d’affaire de 44 milliards d’euros.
Bref, au moment des élection présidentielles, c’est un sujet de société que l’on aimerait bien voir traité par les élus et les médias, mais qui semble bien loin de leurs préoccupations…
Notes
(1) DPDgroup, qui est le réseau international de livraison de colis de GeoPost, numéro 2 en Europe, livre 3,6 millions de colis dans 230 pays chaque jour à travers ses quatre marques : DPD, Chronopost, SEUR et Interlink Express. Chiffre d’affaires de 5,7 milliards d’euros en 2016…
(2) Voir le communiqué de La Poste, du 15 décembre dernier : http://bit.ly/2kyKavw
(3) Lire article du Wall Street Journal (en anglais) : http://on.wsj.com/2lxmP19
(4) Lire l’article « Amazon : le premier colis livré par drone au Royaume-Uni », du 15 décembre 2016 : http://bit.ly/2kyQXoT
Bluboux




