
Bientôt, la quinzaine de personnes arrivées de la « Jungle de Calais » le 27 octobre, quittera le Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) provisoire, installé à La Bontat, commune de Voutezac. Fin de séjour donc comme cela avait été prévu. Mais peut-on écrire pour autant le mot « Fin » lorsque la porte du centre se refermera fin mars ?
Oui, diront ceux qui auraient bien volontiers mis à la porte ces rescapés, avant même que ces derniers ne l’aient franchie, ou même approchée. Non, répondront ceux qui ont fait honneur à la formule d’accueil et se sont mobilisés pour la dignité et le respect de certaines valeurs-socle. Ce qui est certain, c’est que ce séjour aura provoqué des réactions et des réflexions qui auront forcément des conséquences et donc de ce point de vue là, le mot fin ne peut être utilisé. Par ailleurs, ce n’est pas parce que ces résidents temporaires quittent La Bontat que leur histoire s’achève. Comme celle de tous les demandeurs d’asile, avec ou sans statut, en Corrèze ou ailleurs. Non décidément, les 3 lettres ne peuvent s’inscrire si vite et si facilement.
Est ce parce que des portes se sont ouvertes que des murs se construisent ? En persan, on désigne un non-sens, par littéralement « une porte sans mur ». Ah, Nasr Eddin Hodja, nul doute que tu rirais de tant d’absurdité ! Comment ne pas t’évoquer, toi qui a dessiné ton mausolée, avec 3 côtés ouverts à tous les vents tandis que le 4° est constitué d’une grille fermée par un énorme cadenas ? Comment ne pas imaginer inscrire cette visite dans tous les protocoles d’investiture des puissants de ce monde ? Après qu’ils eussent bien-sûr étudié tes Sublimes Paroles et Idioties. Peut-être alors que les Timour Leng actuels qui sévissent aux 4 coins du globe seraient mieux inspirés, et renonceraient à élever ces murs qui sont la honte de l’humanité.
Solidarité menottée
Ici des murs de béton, des grillages et barbelés, là des barrages et des cordons policiers. Les frontières veulent se faire hermétiques. Et comme si le rejet, la non assistance à personnes en danger ne suffisaient pas, voilà que ce sont maintenant les secouristes eux-mêmes que l’on pourchasse et que l’on intimide. Nous sommes en France, en Europe. Nous sommes en 2017. Cela rappelle cruellement un temps pas si lointain et cela fait froid dans le dos. Car ce vent mauvais, qui transporte haine, mensonge et manipulation, s’est remis à souffler et semble vouloir se renforcer. Il s’immisce sous chaque porte de foyer et s’infiltre dans les esprits pour construire là encore des remparts. Physiques ou mentales, ces barrières qui loin de nous protéger, nous isolent et nous enferment, doivent être abattues. Vite.
Des voix s’élèvent pour dénoncer et refuser les politiques migratoires indignes et dangereuses, pour soutenir celles et ceux qui, se mobilisant pour venir en aide aux exilés, aux exclus, se retrouvent suspectés et inquiétés par la justice française. Comment ne pas se révolter contre un état qui bafoue la devise même de notre pays, en voulant inscrire la solidarité au registre des délits ? Des collectifs s’organisent donc un peu partout, pour résister à cette ignominie et pour continuer de porter assistance à ceux qui fuient la guerre et la misère. Pour en savoir plus et agir localement et plus largement : reseaucorrezienmigrants@framalistes.org – http://www.gisti.org – http://www.delinquantssolidaires.org – mobilisationinternationale2017.noblogs.org
Le printemps arrive. Qu’il soit arabe, des peuples, de Prague ou d’équinoxe, il porte toujours valeur de renouveau et d’espoir. Et s’il annonce la fermeture de nombreux CAO, il ouvre aussi la porte à de nouvelles actions pour plus d’entraide et de fraternité. Soufflons donc sur les akènes à aigrettes de cette solidarité internationale et semons à tous vents les Welcome, Benvenuto, Willkommen, Bienvenidos et autres Bonvenon sans oublier bien-sûr … Chabatz d’entrar.
Cathy Serin




