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La Trousse Corrézienne

Ecophil, LTC 10 · 6 janvier 2017

Beynat : un chasseur pas comme les autres

« Encore une pomme ! » : le chasseur à l’arc, dessin de Krop

Stéphane Rombaut est de ceux pour qui le passage à l’âge adulte n’a pas altéré les rêves de gosse. Empreint d’une enfance à la Tom Sawyer, entre cabanes, pêche et gambade dans les bois, Stéphane rêvait depuis quelques années de pouvoir chasser le gibier sans fusil, mais simplement avec un arc, comme cela se pratiquait dans des temps très anciens.

Une pratique reconnue par la FFC*

Quand Stéphane décide de concrétiser son envie et passer son permis de chasse en 2014, il y a déjà pas mal d’années qu’il est intéressé par la chasse. N’étant pas « accro aux flingues », il ne sait pas comment concilier ce désir et ses réticences face aux armes à feu.

Et puis une idée germe : celle d’un vieux rêve d’enfance et de la chasse traditionnelle à l’arc.

En se renseignant un peu, Stéphane découvre vite que cette pratique est reconnue par la Fédération, à condition de passer son permis de chasse avec une arme à feu. Et de participer à une journée obligatoire de formation sur les spécificités de la chasse à l’arc. Une journée théorique où on insiste, entre autres, sur les parties à viser sur le corps de la bête pour réduire son agonie, ou sur l’obligation de réaliser des tirs « fichants », c’est-à-dire qui finissent assurément vers le sol, contrairement à des tirs vers le haut, trop aléatoires et dangereux quant à la trajectoire et l’arrivée de la flêche. Une journée au contenu jugé « trop succint » par Stéphane, mais qui lui donne enfin le droit de partir chasser arc au poing et carquois sur le dos !

« Je me suis retrouvé avec mon arc, à appeler le Président de la société de chasse de Beynat, en lui disant que je voulais faire »l’indien« avec eux. Il m’a répondu qu’il n’y avait aucun problèmes, et pas d’indien qui tienne. » Effectifs en diminution, de moins en moins de jeunes motivés, le Président ne fait pas le difficile et accueille Stéphane dans son équipe de chasseurs.

Arc et battue incompatibles

En Corrèze, on chasse le sanglier et le chevreuil. Et le sanglier, ça se chasse traditionnellement en battue : le gibier est poussé par les chiens qui courent très vite, « et pour viser à l’arc, c’est les Jeux Olympiques ! » plaisante Stéphane. Pourtant il s’accroche toute la première année, et laisse peu à peu tomber ses préjugés de départ tout en se découvrant une passion pour le travail des chiens de pied, « capables de suivre des traces pendant des heures sans avoir une bête levée devant eux ». Lui apparaît également l’importance de la régulation, qu’il ne prenait pas vraiment au sérieux : « Si pendant deux ans tous les chasseurs corréziens arrêtaient leur activité, ce serait un sacré bordel. Les cervidés, les sangliers, on ne se rend pas compte, mais il y en a vraiment beaucoup. Si tout le monde chassait à l’arc, on n’arriverait pas à réguler autant. »

Des flêches et des balles

Alors Stéphane module ; il adopte finalement le fusil pour la chasse au sanglier, « une bête tellement robuste, qu’avec un arc la flêche peut rentrer mais ne fera que le blesser. Et un sanglier blessé, ça se retourne contre les chiens pour les allumer. » Mais il garde son arc pour chasser le chevreuil, qu’on peut arrêter, même quand il court, par un simple bruit par exemple. Avec du gibier arrêté, c’est beaucoup plus simple de ficher une flêche là où on veut.

« Quand on est seul dans la forêt, avec son arc, et qu’on se met à marcher doucement, y’a des vieux sens qui reviennent » explique Stéphane qui n’est pas prêt à renoncer à ces moments-là. « Mais l’agonie de la bête est plus longue ; avec une balle, la bête meure plus vite ».

Une pratique pas si marginale ?

Chaque année, la formation en chasse à l’arc en ex-région Limousin accueille une vingtaine de participants, alternativement dans chacun des 3 départements.

Quand Stéphane a participé à cette journée, le formateur a dit d’emblée :« Bon les gars, c’est pas la peine d’acheter un congélateur ! ». Mais si Stéphane va à la chasse le week-end, ce n’est plus pour la viande depuis longtemps ; ce qui lui plaît, c’est définitivement « la traque, faire le guet, repérer des passages frais ». Et puis il s’est bien intégré à l’équipe, qui ne lui a jamais fait de réflexion, et dans laquelle il s’est très vite investi. Aurait-il été accueilli de la même manière ailleurs ? « ça doit dépendre des coins, mais ici on ne m’a jamais pris pour un con. ». Même si en Corrèze, on l’aura compris, la traditionnelle chasse en battue ne se prête pas tellement à l’utilisation de l’arc.

« Dans d’autres départements français, comme l’Alsace, la Moselle, la Lorraine, la chasse à l’affût, à l’approche, est plus répandue. Du coup, là, tu surprends du gibier arrêté et la chasse à l’arc prend tout son sens. »

Malgré tout, le nombre de candidats à la formation « chasse à l’arc » ne cesse d’augmenter ; on compte environ 15000 chasseurs à l’arc aujourd’hui en France. « Cela peut paraître peu face au million de chasseur au fusil » mais Stéphane rappelle que cette pratique n’est autorisée que depuis 1995, et qu’à cette époque pas si lointaine, « seuls quelques passionns arpentaient les bois ».

On peut légitimement penser que cette pratique issue du passé, longtemps marginale, a finalement de beaux jours devant elle.

FFC : Fédération Française de Chasse

Rima

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