
Dorothée Sadowski propose des séances individuelles de peinture intuitive sur Eyrein. Intriguée, je suis allée à sa rencontre.
Un pied en France, l’autre en Pologne
Dorothée est née en 1965, en France. Alors qu’elle est jeune fille, elle s’installe avec sa mère à Varsovie, où celle-ci travaille à l’ambassade de France. Elle parle déjà le polonais, la famille ayant notamment des racines fortes en Pologne. À Varsovie, elle étudie les beaux-arts durant 5 ans. Au cours de sa dernière année d’étude, sa mère décède accidentellement, et elle doit lutter pour pouvoir rester dans le Pays et finir ses études dans un contexte politique très brutal.
De retour en France, Dorothée décide de rester fidèle à ce chemin qu’elle s’est choisi, celui de devenir artiste peintre. En parallèle, elle a la conscience très forte d’avoir à nettoyer des mémoires familiales qu’elle ne veut pas transmettre à son fils. Elle entame une démarche thérapeutique en individuel et en collectif, démarche libératrice, auprès d’une thérapeute en PNL (Programmation Neuro-Liguistique). Pour Dorothée, c’est cette thérapeute qui lui a permis d’apprendre à écouter.
Durant des années, elle travaille d’arrache-pied et peint beaucoup. Elle vit du RMI et de petits boulots.
Des ateliers auprès d’enfants
En 2002, Dorothée s’installe en Corrèze, à Cornil. Avec d’autres artistes, elle s’attelle à la mise en place d’une exposition dans le Presbytère de Cornil, alors en vente. À cette occasion, elle rencontre une travailleuse sociale de l’IME (Institut Médico-Éducatif accueillant des enfants déficients intellectuels) de Malemort. Celle-ci lui propose la mise en place d’ateliers de peinture avec les enfants de l’IME. Pendant neuf ans, une fois par semaine, Dorothée va accompagner ces ateliers. Elle aura jusqu’à quatre groupes. Cela s’arrête en 2015, à la suite de changements de politique au sein de l’établissement. Jusqu’ici, Dorothée n’a jamais nommé clairement ce qu’elle propose. Elle est avant tout artiste-peintre, et ne se voit pas comme une thérapeute. Elle refuse le qualificatif d’art-thérapie, qu’elle trouve enfermant, réducteur, limitant.
Puis une amie lui dit un jour : « je veux faire de la peinture intuitive avec toi ». Rendez-vous est pris à l’automne 2015. Dorothée adopte dorénavant ce terme, et c’est le début d’une nouvelle aventure, ouverte à tous, pour Dorothée.
Un atelier où l’on pousse les murs
C’est l’une des expression favorite de Dorothée : pousser les murs. Aussi, dans la grange quelle a rénovée avec son mari, elle a installé un grand atelier sur la partie supérieure. On entre par la grande porte de la grange, et pour pénétrer dans l’atelier, il faut littéralement pousser les murs : il s’agit de deux immenses panneaux isolés qui font office de portes. L’espace est extrêmement confortable, lumineux, avec un poêle à bois pour chauffage. L’atelier est utilisé à la fois par Dorothée dans son travail d’artiste-peintre, et mis à disposition de ceux qu’elle accompagne en peinture intuitive.
La peinture intuitive de Dorothée Sadowski
Dans l’accompagnement que Dorothée propose, la peinture est un outil d’expression et de compréhension. L’objectif, pour elle, est que la personne reparte avec des réponses. Il s’agit pour la personne d’exprimer d’abord sa difficulté : douleur morale, physique, mal-être…, et dès que l’émotion liée est là, présente, on va pouvoir démarrer.
La peinture transmet au-delà de la parole et du mental. Il s’agit de lâcher prise. « L’émotion est au bout du pinceau » m’avait prévenue Dorothée, et effectivement, oui, elle est bien là. Étrangement, on se surprend à choisir très clairement le sens de la feuille, la couleur qui résonne avec cette émotion, la taille du pinceau. Et alors, la main, le bras vont « peindre » sur la feuille, sans qu’on ne sache ce que l’on fait. Une fois l’émotion « exprimée » sur la feuille, Dorothée nous invite à prendre de la distance. Physiquement : on recule. Et alors on voit quelque chose qu’on ne voyait pas avant. Non pas une belle œuvre, on est pas là pour ça ! Simplement, les formes qui apparaissent prennent sens. Avec l’aide de Dorothée, des mots sont mis sur ces formes, et le sens que cela prend pour nous. Puis elle nous accompagne pour prendre à nouveau un pinceau, et transformer ce qui est là. Sur la même feuille ou bien sur une autre feuille, selon les circonstances. C’est l’émotion qui se trouve alors transformée, apaisée.
Il s’agit bien d’un travail sur soi, et Dorothée nous permet d’accéder à de nouvelles informations, de pousser de nouvelles portes, d’avoir des clés compréhension de ce qui est. Il s’agit alors d’accueillir ce que l’on vit. Et parfois d’aller jusqu’à résoudre de manière intuitive.
On apprend à écouter son intuition, à être relié à soi.
Parfois, à l’issue de la séance, on a la sensation d’oublier quelque chose. Et c’est tant mieux, peut-être qu’on en a plus besoin !
Céline Perrin






