
A l’heure ou Donald Trump veut construire un mur pour s’isoler du Mexique, ou l’Europe se voit en forteresse assiégée par des hordes venues du Proche Orient, d’Afrique, ou d’Asie, ou notre gouvernement « socialiste » démantèle « la jungle » de Calais, il est peut être utile de rappeler que les phénomènes migratoires sont aussi anciens que l’humanité et que aujourd’hui ils ne visent pas que l’Occident. Tour d’horizon
Commençons par un peu d’histoire, et même de préhistoire. Les premières migrations humaines eurent lieux lorsque l’homo érectus, partant d’Afrique, colonisa l’Eurasie il y a environ 1 million d’années. Même les ancêtres de l’homo sapiens avaient la bougeotte ! Puis l’homo sapiens, apparu lui aussi en Afrique, la colonisa entièrement il y a environ 150 000 ans avant de se répandre en Eurasie il y a 80 000 ans et d’atteindre l’Australie il y a 40 000 ans. Comme on le voit les flux migratoires n’ont rien de la dernière nouveauté à la mode.
Mais revenons au XXI ième siècle. En 2005 le nombre de migrants dans le monde était estimé entre 185 et 192 millions « note de bas de page 1 Ces chiffres prennent en compte les réfugiés mais pas les migrants illégaux qui par définition ne sont pas enregistrés dans les statistiques officielles » Cela représente près de 3 % de population mondiale. L’Europe en accueille 56 millions, ce qui représente un moins de 8 % de la population totale alors que l’Amérique du nord en accueille 41 millions soit 12 % de sa population totale « note de bas de page 2 Chiffres du HCR pour l’an 2000 » Et, n’en déplaise à Marine, les 3 principaux pays d’accueil des migrants sont : les États Unis, la Russie et l’Allemagne. La France n’est même pas sur le podium. Quant aux pays d’origine des migrants, les 3 principaux sont la Chine, l’Inde, et les Philippines. Encore une fois, désolé Marine, pas trace des Maghrébins musulmans qui, selon toi, envahissent notre belle France.
Certains pays vont jusqu’à compter plus de 60 % de migrants dans leur population. C’est le cas d’Andorre, de Monaco, du Vatican , de Guam, de Macao, des Émirats arabes unis et du Qatar. Gageons que les migrants installés à Monaco n’ont que peu de rapport avec les quasi esclaves qui construisent les stades de la prochaine coupe du monde au Qatar.
Les migrants non comptabilisés
Nous devons ajouter à ces chiffres issus des organisations internationales, les migrations qui ne sont pas comptabilisées. Elles sont de 2 ordres : d’une part les migrations intrafrontalières et d’autre part les « illégaux ». Pour ces clandestins aucun chiffre n’est naturellement disponible. Pour la France les estimations varient entre 200 000 et 400 000 personnes.
Concernant les migrations intrafrontalières, les plus importantes en nombre et de loin, il est pour le moins étrange que nul média n’en fasse ses choux gras. Leurs causes ne sont pas différentes des migrations internationales et elles génèrent moult troubles aux ordres publics locaux. Mais il s’agit d’étranges étrangers migrant de l’étranger à l’étranger ce qui explique peut-être le silence des médias occidentaux sur ces phénomènes.
En France durant une grande partie du XXème siècle a eu lieu ce que nous avons appelé « l’exode rural ». Ce phénomène a concerné des millions de personnes, qui, quittant les campagnes pour rejoindre l’eldorado supposé du travail en usine ont migrés vers les villes. Il est donc très loin d’être marginal et étant aujourd’hui à l’œuvre dans nombre de pays du tiers monde.
Quelques exemples :
Qui remplit les célèbres favelas brésiliennes si ce n’est des ruraux chassés de leurs terres ?
En 1989 Katmandou comptait 200 000 habitants. Aujourd’hui, selon le recensement de 2011, la même ville en compte un peu plus d’un million. Et encore ne sont pas pris en compte les habitants de la banlieue ou habitations de fortune et bidonvilles ont remplacé la campagne. La population totale de l’agglomération est estimée à 4 millions.
Et que dire la chine ou plus de 250 millions de paysans ont quitté les campagnes pour rejoindre les villes malgré le « hukou », système d’enregistrement des populations qui les prive de l’accès aux services de santé ou d’éducation hors de leur lieu de naissance.
Le Mali est un exemple qui montre que des migrations internes peuvent avoir toutes les caractéristiques de migrations transnationales, héritage des frontières nées à la décolonisation. Avant même que le nord du pays ne soit touché par la guerre, des migrations avaient lieu, du nord vers le sud en raison de la désertification. Maures, Peuls ou Bozo prennent la route du sud ; or le sud est peuplé entre autre par les Bambaras ou les Sénoufos qui ne partagent pas les même coutumes et ne parlent pas la même langue . Par exemple chez les Bambaras les femmes ne sont pas excisées. Les exemples de ce type sont fréquents en Afrique ou beaucoup de frontières ne reflètent que les intérêts géopolitiques des anciens colonisateurs
Pourquoi migre-t-on ?
La raison principale est d’ordre économique. Elle concerne environ 100 millions de personnes soit plus de la moitié du total et ces chiffres ne concernent que les migrations transnationales. Les destinations les plus courues sont l’Inde et le Canada peut-être en raison de leur politique d’ouverture.
L’autre principale raison est la fuite face à des persécutions, politiques, religieuses, ethniques ou devant un guerre civile. Environ 45 millions de personnes sont concernées et il semblerait que l’Afrique subsaharienne y soit pour 50 %.
Un autre flux migratoire ne cesse de croître à un rythme soutenu ( 7 % par an entre 1960 et 2000) il s’agit des étudiants. Leur nombre était estimé à 1,8 millions en l’an 2000.
Les autres raisons peuvent être les catastrophes naturelles ou non, les expropriations lors de la constructions d’infrastructures nouvelles (barrages par exemple), ou celles réalisées lors de l’appropriation des terres par des sociétés minières, forestières ou agricoles.
Enfin un nouveau motif de migration apparaît : les raisons climatiques, avancée du désert ou montée des eaux. Pour l’instant peu de monde est concerné mais il est à craindre que ce nombre ne fasse qu’augmenter.
Ainsi, déjà, les habitants des îles Carteret en Papouasie Nouvelle Guinée ont du être évacués, leurs îles d’une altitude moyenne de1,20 m étant lentement recouvertes par l’océan Pacifique. Il ne s’agit que de quelques centaines de personnes mais pour des pays très densément peuplés comme le Bangladesh les conséquences de cette élévation du niveau des océans pourrait être autrement dramatiques.
Puissent ces chiffres, un peu rébarbatifs il faut l’avouer, avoir situé le contexte global des flux migratoires à l’échelle de la planète. S’ils ont « tordu le cou » à quelques idées reçues, ils auront atteint leur but.
« Encadré
Des réfugiés bien loin de nous
Il ne se passe guère de jour ou ne soit annoncé quelque naufrage en Méditerranée ayant coûté la vie à des gens qui fuyaient la guerre ou la misère. Mais jamais il n’est question des réfugiés de l’autre bout du monde qui pourtant meurent aussi.
Savez-vous qu’en 2008 plus de 50 000 personnes ont fuit la Somalie pour se réfugier au Yémen. 590 se sont noyées dans le golfe d’Aden et 392 ont été portées disparues.
Savez-vous qu’en ce moment des birmans de l’ethnie Ta’ang passent la frontière chinoise au risque de leur vie pour fuir la répression qui s’abat sur eux côté birman. Ils finissent clandestins, employés pour beaucoup comme journaliers dans des plantations de cannes à sucre. Sur ce sujet je ne peux que conseiller la vision du magnifique documentaire de Wang Bing intitulé « Ta’ang ».
Des réfugiés bien loin de nous
Des réfugiés bien loin de nous
Il ne se passe guère de jour ou ne soit annoncé quelque naufrage en Méditerranée ayant coûté la vie à des gens qui fuyaient la guerre ou la misère. Mais jamais il n’est question des réfugiés de l’autre bout du monde qui pourtant meurent aussi. Savez-vous qu’en 2008 plus de 50 000 personnes ont fuit la Somalie pour se réfugier au Yémen. 590 se sont noyées dans le golfe d’Aden et 392 ont été portées disparues. Savez-vous qu’en ce moment des birmans de l’ethnie Ta’ang passent la frontière chinoise au risque de leur vie pour fuir la répression qui s’abat sur eux côté birman. Ils finissent clandestins employés pour beaucoup comme journaliers dans des plantations de cannes à sucre. Sur ce sujet je ne peux que conseiller la vision du magnifique documentaire de Wang Bing intitulé « Ta’ang »
Brice



