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La Trousse Corrézienne

Local, LTC 8 · 1 septembre 2016

Lost In Tradition – plateforme artistique en Limousin

Lost In Tradition, la plateforme artistique limousine

Un soir de concerts à la baignade de l’Auzelou, je me suis laissée happer par San Salvador1, groupe vocal qui dégage une énergie rare. C’est alors que j’ai eu envie d’inviter Eva et Laure2 à boire un café pour qu’elles me racontent un peu l’histoire de leur association qui produit musique et théâtre à Chamboulive.

Lost In tradition chapeaute une proliférante production de musique, de théâtre et autres projets artistiques. C’est en 2006 qu’est officiellement née l’association autour d’un groupe qui ne joue plus aujourd’hui : le Band de Seilhac. Premières expériences de création, s’amuser avec le répertoire « trad » qui a accompagné l’enfance de cette bande de potes, en faire une matière à modeler pour nourrir les expériences présentes des traces du passé, refuser absolument que la tradition soit quelque chose de fixé, sous cloche pour l’éternité. Car si l’on considère le répertoire traditionnel comme des créations d’époque qui se jouaient dans les veillées, elles ont ensuite été figées et reproduites à l’identique pour traverser les siècles et devenir la tradition. Pourtant, la vie originelle de ces morceaux était bien vivante, évolutive ; et re-créer sur ces bases-là, c’est respecter la tradition orale de transmission. Là est bien l’intention fondatrice de Lost ; -enfin comme je l’ai comprise.

Aux origines, une bande de gamins corréziens, des frères et sœurs, des voisins, des enfants de copains apprennent un répertoire traditionnel avec Olivier Durif (fondateur du CRMTL3). Et même si c’est lui qui a collecté ces airs et ces chansons, il met directement les jeunes en action pour créer avec lui et faire évoluer ces morceaux en impliquant au maximum les chanteurs. L’aventure était avant tout humaine, et les souvenirs de cette période habitent encore la posture et le travail menés par les membres de Lost lorsqu’ils interviennent sur des ateliers : partir de l’enfant pour la création, amener un univers et fabriquer ensemble…

Avec le temps, le collectif s’étoffe, et, organisant les envies et les projets naissants, s’est structuré pour dégager quatre pôles, distincts mais qui marchent ensemble, intimement liés (cf encadrés) : la compagnie de théâtre jeune public Les nuages noirs, la musique regroupée dans Le Zoo, La manufacture, espace de contamination artistique, et Les travailleurs de nuit, un travail d’observation du territoire et de ces habitants au travers de divers médias. Chacun des membres du collectif prend part à plusieurs activités de ces pôles, il est important d’être polyvalent, de ne pas simplement être « artiste ». Le travail de Lost est un travail de recherche, d’observation, de création collective ; l’objectif est de ne surtout pas se positionner en expert, en enseignant ou en porteur de vérité.

« Le nom de l’asso : il est vrai. Des choses nous ont construits, mais on ne sait pas quoi en faire et on cherche encore… »

Être polyvalent, c’est aussi ce que demande leur organisation : la facette administrative de leur histoire est portée par eux-mêmes, aucun professionnel, tout le monde s’est formé sur le tas, au fur et à mesure des besoins. Gestion administrative, financière, prise en main de la diffusion. Des compétences qu’il faut acquérir et qui ne sont pas des plus évidentes. Par exemple, pour le théâtre, se faire connaître est compliqué, notamment en France, car le réseau est très fermé. Si le spectacle n’est pas né d’une coproduction prestigieuse ou n’a pas tourné dans des théâtres réputés, la crédibilité de la compagnie est mise à mal par les programmateurs…

Le collectif de Lost c’est 9 personnes (entre 23 et 35 ans) qui constituent le cœur de l’asso et au moins autant d’extérieurs (artistes associés, techniciens son, lumière, etc.) qui assurent une collaboration sur la durée. Certains sont intermittents, d’autres salariés ou en service civique… L’idée c’est de tenter de trouver un statut qui convienne à chacun et qui permette de rémunérer un peu de temps passé à la création et l’avancée des projets. S’impliquer dans Lost, c’est faire le choix de faire avec, ensemble, même s’il s’agit des amis et de la famille, ne pas se sentir enfermé mais libre. Parce-que dans chaque action de Lost il existe une notion de continuité et d’engagement.

« Tenir quelque chose, tracer un bout de chemin ensemble, avec ce que cela engendre de difficultés et de moments de bonheur. »

Aujourd’hui, l’association continue bien sûr son travail de création avec un spectacle qui va faire parler de lui à partir de janvier 2017 : La barbe bleue . Les travailleurs de nuit présentent une exposition au musée du cloître de Tulle à partir du 14 septembre « Mémoires partagées – pour une histoire des bals clandestins sous l’occupation en Corrèze ».

L’actualité de Lost c’est aussi un chantier, dans une grange à Chamboulive, spacieuse et dans un très bel état. L’idée étant d’y créer un lieu de travail adapté aux besoins de la création théâtrale ou musicale. Cette grange qui abritera à terme bureau, studio de répétition isolé et plateau de théâtre est pensée comme un lieu ouvert et vivant, pour permettre à d’autres de bénéficier d’espaces de travail de qualité et créer de la rencontre.

En terme de diffusion, San Salvador se dote d’un tourneur afin d’essayer d’amener leur musique hors des tournées habituelles et porter la voix vers « ailleurs » . La compagnie les nuages noirs, elle, était présente au festival de théâtre d’Avignon durant 3 semaines avec son spectacle Bunker…

Guettez leurs dates sur le site : http://lostintraditions.com/

« On a grandi ici, on reste ici et c’est trop important d’aller partager avec ailleurs les pierres précieuses qu’on a trouvées ici ! ».

Moi, je suis touchée par cette volonté de faire exister la création artistique dans cette Corrèze hyper rurale. Regarder ces jeunes du pays se fabriquer l’espace et la disponibilité pour vivre leur vie, ici, sur ce territoire, comme ils l’entendent, fabriquer l’outil qui peut les soustraire à la pression du « marché du travail », construire une solidarité forte qui permet aux individus de prendre confiance au-delà des difficultés, a quelque chose de terriblement enthousiasmant. C’est vivant, et cette énergie se retrouve sur scène, une énergie qui fait du bien.

1 – pour écouter : http://lostintraditions.com/index.php/zoo/san-salvador-ex–le-bal-a-la-voix/

2 – Eva Durif et Laure Nonique-Desvergnes, musiciennes de San Salvador, membres de Lost in tradition.

3 – C.R.M.T.L. ! Centre Régional des Musiques Traditionnelles en Limousin

6208 signes (sans les notes)

Encadré 1 :

La Manufacture -coopérative de contamination artistique-

C’est un outil coopératif de transmission de savoirs qui prolonge sur le territoire les interrogations artistiques menées au sein de l’association et défend l’idée d’une pratique d’un art populaire et partagé avec les habitants. Ateliers théâtre ou musique pour scolaires ou pour adultes avec notamment une chorale « Le Chœur de la Manu » et une fanfare, ouvertes à tous, sans exigence de niveau préalable mais avec une exigence de travail artistique et d’engagement dans le cadre d’une proposition de pratique horizontale et collective.

Encadré 2 :

Les Travailleurs de Nuit -pôle (ethno)graphique-

Dédié au travail de terrain, l’équipe artistique s’immerge pour poser son regard sur des territoires et leurs habitants. Les Travailleurs de Nuit, en immersion prolongée sur le terrain, mêlent photographie, vidéo, habillages sonores et textuels pour décortiquer d’indécortiquables et vastes affaires de mémoires et d’identités. Sur le terrain, la rencontre avec des protagonistes et des paysages commandent davantage l’intérêt artistique qu’une expertise scientifique ou intellectuelle.

Encadré 3 :

Compagnie Le Zoo -musiques sauvages-

La compagnie abrite les groupes :

– San Salvador : une formation intégralement vocale qui a entrepris depuis plusieurs années un travail de recherche artistique autour de la polyphonie, s’intéressant à une forme de renouvellement poétique des musiques traditionnelles et du monde.

– L’orchestre de la Manu : un orchestre de bal qui s’appuie sur l’ancestral répertoire corrézien pour proposer une musique à danser brute et sauvage.

Encadré 4 :

Compagnie Les nuages noirs -théâtre jeune public-

La compagnie propose actuellement 2 spectacles :

– Bunker : une pièce librement inspirée du roman « Sa majesté des Mouches », ou les prémices d’une société à l’abandon (présents au festival Off d’avignon en 2016)

– La barbe Bleue : un projet féminin autour du conte de Perrault mêlant narration d’acteur et récit musical chanté.

Entretien et Rédaction Violaine Brossard

Violaine Brossard

Lost In Tradition en action
Les projets de Lost In Tradition

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