Pourquoi ES-TU-LÀ?
Julien – 35 ans
« Parce que, je ne suis pas descendu une seule fois dans la rue depuis les mobilisations contre la loi sur le travail. Je suis venu, plus pour une « nuit debout » en fait, que contre la loi sur le travail ; c’est un ensemble de choses. Je me reconnais dans ce « truc » dont on ne sait pas donner les contours ni les objectifs, mais d’être debout c’est déjà quelque chose. J’ai envie de croire que c’est déjà pas mal que les gens s’approprient la rue, s’expriment, se retrouvent, discutent, échangent, éventuellement rêvent, parce que c’est important il me semble, de rêver à d’autres possibles. »
François – 35 ans
« J’étais là le 6 mai 20121 et je tenais à être là ce soir pour lui montrer que l’on était vraiment pas content et que, pour une fois, on était un mouvement sans étiquette, non syndiqué, non politisé ; je trouve que c’est la vraie occasion de montrer notre mécontentement et que le 6 mai, on le regrette ! »
Thomas – 26 ans
« Je suis ici parce que j’ai entendu parler de la « nuit debout » et que je voulais voir ce que c’était ; pour découvrir, tout simplement. »
Driss – 23 ans
« Je suis là pour soutenir mes concitoyens contre le projet de loi sur le travail, premièrement, et secundo, se sont rallié à cette cause beaucoup d’autres choses, dont la cause des agriculteurs, la cause des jeunes… En fait c’est devenu un tout. C’est un mouvement d’espoir pour que la démocratie aille mieux, pour que la démocratie existe vraiment. »
Quentin – 23 ans
« Je ne sais pas tellement… C’est à la fois pour participer à la vie commune autrement que par le vote et en espérant avoir plus de poids. »
Mélanie – 42 ans, bientôt 35
« Je suis là parce que j’ai envie. »
Anaïs – 45 ans
« Je suis là parce que je trouvais ça intéressant de pouvoir manifester… La nuit, c’est bien ! Il y en a marre de ce système marchand. On essaye de nous faire avaler des couleuvres et je suis là, en tous cas, pour montrer que je ne suis pas dupe et que j’aimerais bien qu’on arrête de me prendre pour une conne ! Je suis convaincue par la gauche depuis que je suis toute petite, et là je suis super déçue parce que si j’avais voté Sarkozy, ce serait la même chose. »
Romain – 21 ans
« Je dénonce la société avec cette Europe ultralibérale ; on est vraiment dans de la mondialisation ; on délocalise toute l’économie. On est en train de pourrir les gens avec la finance ; on se rend compte, en fait, que nos politiciens ont des comptes au Panama ; qu’ils ne sont absolument pas là pour défendre nos intérêts mais qu’ils défendent avant tout les leurs et que ce n’est pas possible puisqu’ils sont censés nous représenter et que ce ne serait pas mal que les gens sortent vraiment dans la rue pour qu’il y ait une véritable république, que ce soit les gens qui votent les lois, qu’il y ait des référendums plus souvent. »
Robin – 25 ans
« Je suis venu parce que j’ai accompagné les autres pour charger le matos et du coup je me suis greffé à la soirée, je savais qu’elle avait lieu, mais le prétexte principal, c’était d’amener le matos, une bonne part de pizza, mais pas le débat. »
André – 62 ans
« Je suis là contre le projet de loi de suppression du droit du travail, c’est tout ! »
Pablie
« À la base déjà, je suis une militante. ça fait de nombreuses années que je me bats pour une société meilleure. J’ai voté François Hollande pour battre Sarkozy et c’était le seul argument que j’avais, que je me trouvais, parce que je n’ai jamais fait confiance au PS. Je sais que des gens lui ont fait confiance en disant qu’il ne fera pas pire que ce qu’a fait Sarkozy, or aujourd’hui, on se rend compte qu’il fait pire. Pourquoi ? Parce que les gens ont cru en lui ! Qu’il n’a pas tenu ses promesses, que toutes les luttes que l’on a mené ont été vaines, qu’il s’assoit sur tous nos combats, qu’on est sur une logique systématique d’appauvrissement de la population et que c’est insupportable de voir que l’écart entre les pauvres et les riches se creuse de plus en plus et que l’on a aucun moyen de faire entendre notre voix – la voix du citoyen ! Je pense qu’aujourd’hui, il faut que l’on ait des espaces de réflexions et de discussions qui nous permettent de reprendre le pouvoir ; le citoyen, le peuple, doit reprendre le pouvoir. Après, bien sûr, il faut que ce soit relayé, il faut qu’il y ait une modification fondamentale des institutions. Les citoyens ont leurs mots à dire de la société qu’ils veulent. Qu’on arrête de nous prendre pour des pantins ! On se fiche de nous en permanence ! On s’assoit sur nos revendications, alors que l’on sait qu’il y a de l’argent ; sauf que l’on est dans une Europe financière, pas dans une Europe sociale… Les politiques n’ont pas le courage de nous dire pourquoi ils ne veulent pas accéder à nos demandes. Je suis là aujourd’hui pour trouver de la convivialité, dans la réflexion, dans la pensée tout simplement. J’ai envie de ça ; j’ai besoin d’espoir. S’il n’y a plus d’espoir, c’est foutu ! »
Patrice
« Ce qui fait plaisir, c’est de voir qu’à Tulle, comme ailleurs, on a la même réaction, avec la particularité symbolique que c’est ici qu’il (Hollande) a parlé le 6 mai 2012. »
Allisson – 24 ans
« Je suis là parce que ce sont tous des enculés, c’est de la merde et qu’il faut se révolter un peu ! Faut se bouger ! Et voilà, les « nuit debout » c’est fait pour ça, mais bon, on est tous assis ! Alors on va pas dire qu’on est debout, mais presque. On est quand même venu à la « nuit debout » à Tulle, on ne sait pas ce qu’il va se passer après mais on espère que ça va bouger ! »
Anthony – 30 ans
« Je suis là parce que le système ne va plus et qu’on court droit vers la catastrophe, même s’il y a beaucoup d’optimistes qui nous disent qu’il reste neuf ou dix générations encore tranquilles. Moi je pense qu’il en reste beaucoup moins que ça avant d’être au crash ! Et il faut vraiment changer ça. On se dit qu’il va falloir du temps, mais le temps, aujourd’hui, on l’a plus et c’est à nous de prendre les décisions, pas au gouvernement qui ne fait que s’engraisser. »
Thomas – 39 ans
« Il va falloir effectivement faire quelque chose. Ce soir je vois des gens de partout, de toutes les luttes. Je vois des agriculteurs, des gens du monde associatif, des représentants syndicaux ; je vois des ouvriers, des travailleurs ; je suppose qu’il y a des gays, des sans papier ; tous les pans de la société, complètement ignorés. Je ne vois pas de politique, c’est tant mieux, parce que ces gens ne représentent qu’eux-mêmes depuis bien longtemps. On est tous les serfs d’un système qu’il faut absolument changer parce qu’on va à la catastrophe. On a les crises économiques, les crises écologiques… Les crises humaines. On n’arrive plus à s’entendre dans nos villages, dans nos villes ; on n’arrive plus à se voir, à se reconnaître et je me dis qu’il y a quelque chose à faire avec tout ça. Que là c’est un début. Bien sûr, le déclencheur, c’est la loi travail mais finalement, on s’en fout ! Ils vont sûrement reculer, mais c’est pas pour ça qu’on est là, on est là pour essayer de trouver des solutions collectivement. Je pense que ça passe par la réécriture d’une constitution et ça va être compliqué de rassembler les gens… Je vois qu’il manque plein de monde ici. Ces gens-là, il va falloir aller les chercher. Il va falloir que l’on discute de tout ça, des actions à mener pour aller les chercher là où ils sont ; les impliquer ; plein de personnes sont résignées, asservies au système capitaliste. Je n’ai aucune solution ce soir. J’espère simplement que l’on va continuer à se rencontrer régulièrement et que, de ces rencontres va naître quelque chose. Que l’on va pouvoir reconstruire ensemble quelque chose de vivable pour tout le monde. De toute façon, on va nous sortir de notre confort, de gré ou de force, donc le mieux c’est que l’on réagisse avant ! »
Angèle – 25 ans
« Je suis venue là parce que j’attendais, justement, qu’il y ait une « nuit debout » pour partager des choses avec des gens, les rencontrer, savoir ce qu’ils pensaient pouvoir faire, est-ce que c’était possible, plein de choses comme ça. Discuter de nos angoisses, du travail, du pas travail, de l’écologie, de nos vies. »
David
« Je suis là un peu par curiosité ; pour voir ce qu’étaient ces « nuit debout » ; voir ce qu’il s’y passait. Et bien, je suis assez content ! Je pense que ça pourrait se reproduire un peu plus souvent et, peut-être, faire émerger des choses locales, ce serait bien. »
1 – élection de François Hollande et discours, à Tulle, sur la même place que cette « nuit debout »
Des citoyens libres










