
« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière » Victor Hugo
Une fois n’est pas coutume. La Trousse Corrézienne propose un dossier d’actualité. Un dossier dont les médias se font les gorges chaudes, qui noirci des pages et occupe les ondes… Et pourtant nous sommes traditionnellement – au bout d’un an d’existence on peut commencer à dire traditionnellement – réticents à relater à cet endroit ce qui constitue « l’actu » ailleurs. Bimestriel, nous sommes inadaptés à exercice. Mais c’est aussi que nous trouvons qu’il n’y pas souvent de nouveau dans les nouvelles.
Alors que se passe-t-il? La certitude qu’il y a là quelque chose de neuf, certes, mais aussi de proche avec notre aventure d’écriture sans ligne éditoriale préalable. Une affirmation présomptueuse et pas tout à fait exacte, ni pour le journal ni pour Nuit debout. Il y a évidement à l’œuvre, des postures et des intentions. Mais nous n’en ferons pas l’étale exhaustif ici. Ce n’est pas le propos. Simplement, l’une d’elles permet d’éclairer ce dossier : la Trousse a choisi d’assumer sa subjectivité plutôt que de présumer d’une objectivité partagée. Vous comprendrez alors que c’est ainsi que nous en sommes là, à saisir des paroles debout dans la nuit. Parce que nous en sommes partie prenante, non pas le journal en temps que tel, mais nous, citoyens, derrière le micro, le clavier et l’appareil photo.
Et alors quoi de neuf? Eh bien nous sommes le samedi 40 mars de cette année 2016 et depuis dix nuits de suite, à Paris, des citoyens investissent spontanément tous les soirs l’espace public, Place de la République, pour refaire le monde. Et en ce samedi, le mouvement a contaminé les villes de provinces, de Lille à Nice. Elles sont une soixantaine à s’agiter sur l’hexagone et quelles-unes en Europe, à Berlin, à Bruxelles, à Liège ou encore à Tarragone, Saragosse, Madrid… Et notre petite capitale corrézienne en fait partie… Et nous ressentons comme une petite fierté, ou plutôt un soulagement ou un réconfort. Nous sommes tout de même une petite centaine au pied de la cathédrale ; cette même place où le 6 mai 2012 résonnaient les « on a gagné » sur ce qui allait être la consécration du crépuscule des idées.
La politique est comme la nature, elle a horreur du vide. La politique est comme la nature, elle ne pousse pas attachée à des carcans, sans air ni avenir. Dans la symbolique de la nuit, la parole citoyenne cherche une aube nouvelle. Sans mot d’ordre d’un parti, d’un syndicat, d’un leader charismatique… Libérer la parole et la partager, simplement, d’abord. La soirée à Tulle commence par l’expression d’un ARRRRRHHHHH guttural dans le micro. Les corps et les esprits se meuvent. Les discussions s’animent. Mais où tout cela va-t-il mener? Pour quoi faire? Comment? Autant de questions, autant d’ersatz de l’ancien monde.
Dans le clair obscur des mots de la nuit nous reprenons prise sur notre monde. Une utopie populaire. Chacun en cherchera la genèse dans les recoins de son propre cheminement. Et « vers où tout cela nous mènera? » y devient secondaire. La révolution est là. Nos corps et nos esprits, formatés depuis l’après-guerre à la démarche de projet, corsetés dans des objectifs pédagogiques ou de rentabilité, veulent reprendre forme. Nous sommes comme Morphée, des enfants de la Nuit et des Songes. Et c’est le mouvement qui donnera la direction…
« Conte » rendu d’une nuit à Tulle réalisé par Guevarec et Pluton 427 — photos de Guevarec et Scalp







