
Rarement le retour naturel d’un animal dans nos territoires n’a suscité autant de fantasmes, de polémiques, de vains débats, de violences…Alors que l’on devrait tous mesurer la chance que représente une telle aubaine, on lui prêtre les pires maux, les pires intentions, on le tue…Décidément, le loup est encore le victime de procès en sorcellerie…Sortons du Moyen-âge et allons simplement à sa rencontre.
Les loups sont revenus naturellement en France au début dans années 90, en provenance d’Italie. La re-colonisation des loups sur le territoire français commence dans l’arc alpin et suit une logique très naturelle.
Ce canidé est un super-prédateur, c’est-à-dire qu’il occupe le haut de la chaîne alimentaire. A ce titre, dès qu’il rencontre un environnement naturel favorable, il s’y installe et si plusieurs individus s’y retrouvent, une meute se constitue.
C’est un animal territorial, mais il a la grande intelligence de ne pas épuiser les ressources de son territoire (il s’attaque même aux animaux malades, blessés… Il joue un rôle écologique majeur). La densité de loups sur un territoire reste toujours la même. Ainsi, chaque année, les plus jeunes quittent la meute et partent à la conquête de nouveaux territoires (ce que l’on appelle la dispersion). D’où cette progression depuis plus de vingt ans.
Le loup, animal très opportuniste, n’est pas spécialement montagnard. S’il a trouvé refuge dans les montagnes à une époque, c’était pour fuir les hommes qui le traquaient. Le loup s’adapte à tous types de paysages et de climats. Il y a quelques siècles, c’est en Bretagne qu’on trouvait le plus de loups…
Les rares forêts françaises denses ou multi-espèces sont des garde-manger précieux pour notre ami, et les différents cours d’eau autant de corridors écologiques qu’il utilise pour se déplacer.
Espèce clef de voûte, sa présence naturelle est un signe de santé et de vitalité écologique.
Mais alors, pourquoi tant de haine ?
Parce que, malgré 400 000 ans de cohabitation avec les hommes, le loup n’est toujours pas compris en tant qu’espèce animale. Il endosse depuis des centaines d’années le rôle de réceptacle à nos peurs enfouies et fantasmes inavoués. L’Église catholique n’a eu de cesse de cibler à travers le loup toutes les peurs auxquelles les enfants devaient faire face et les dangers qui les guettaient (l’inceste, les enlèvements, les meurtres…). Ainsi, le loup a peu à peu incarné bien malgré lui le rôle du Grand Méchant Loup dans la plupart des contes et histoires pour enfants, jusqu’à aujourd’hui. Et celui du vilain mangeur des gentils petits agneaux…
Alors, oui, les loups sont des prédateurs qui peuvent s’attaquer à des animaux domestiques, à des troupeaux la plupart du temps pas ou peu protégés…Comme tout prédateur, les loups, surtout les individus isolés, les jeunes, vont au plus simple pour se nourrir. Il est tellement plus facile d’attraper une brebis non protégée que de courir derrière un chevreuil ou biche sans certitude de la manger…
Que deux générations d’éleveurs ait perdu l’habitude de travailler avec le loup, et on l’accuse de mettre en péril les filières ovines et caprines…Éleveurs, bergers les solutions pour se protéger existent. Il faut les utiliser intelligemment…La solution n’est pas dans les subventions, encore moins dans les tirs de « prélèvement »…qui désorganisent les meutes et ne font qu’accroître les prédations.
Mais au-delà des éleveurs, des chasseurs qui y voient un concurrent, les loups nous interrogent sur une dimension de notre être que nous avons depuis trop longtemps caché et oublié: la vie sauvage. Nous n’avons jamais été autant éloignés de ce qui nous a constitué pendant près de 99, 9 % de notre évolution: notre place au sein du règne animal, la coexistence et l’interdépendance avec les autres espèces animales. En combattant le loup, c’est l’incarnation de la liberté absolue que nous combattons. Cette liberté sauvage, ancrée farouchement en nous, qui ne demande qu’à se réveiller..
Dersou Ouzala




