
Le 26 décembre dernier, à Chicago, un jeune policier, blanc, tire sur un étudiant de dix-neuf ans, noir. 8 balles. Dont 2 dans le dos. Et 1 dans la poitrine de la voisine. Également noire. Mère de cinq enfants et grand-mère. Tuée elle aussi. « Accidentellement »… Oups ! Ça tombe mal pour le « Chicago Police Department » qui subit déjà une enquête fédérale notamment pour « disparité raciale dans l’emploi de la force », depuis le scandale d’octobre 2014. À cette époque un policier blanc avait tiré seize fois sur un jeune noir de dix-sept ans, alors que le jeune ne représentait pas une menace justifiant de l’abattre et qu’il était tombé à terre dès la première balle tirée. Cette bavure, révélée par une vidéo amateur, avait relancé de vifs débats sur la discrimination raciale par la police et son impunité, aux États-Unis et plus particulièrement à Chicago.
Mais cette fois, le policier va plus loin, et c’est une première : le 5 février il a déposé une plainte contre les parents du jeune défunt. Il leur réclame dix millions de dollars en réparation du « traumatisme émotionnel extrême » dont il souffre depuis qu’il a tué leur fils et leur voisine. Le raisonnement va loin : le policier se prétend victime de sa victime. Il aurait été forcé de tuer en raison du comportement fautif du jeune. Et c’est également le jeune qui serait responsable de la mort de la voisine innocente.
La famille du défunt et tout leur quartier sont sous le choc. Le combat s’enflamme de plus belle entre ceux qui défendent l’État policier tel qu’il est et ceux qui se battent pour faire appliquer les droits de tous les Hommes face à une police raciste. D’autant plus que l’avocat du policier a aussi déclaré que les actions en justice étaient devenues une aubaine financière pour les familles des victimes policières depuis que la ville de Chicago avait versé cinq millions de dollars à la famille du jeune homme tué en octobre 2014. C’est sûr ! Voir son gamin délinquant mort et en même temps devenir millionnaire, quelle chance !
En l’occurrence il ne s’agissait même pas d’un délinquant, mais simplement d’un jeune étudiant qui était, selon certains, dans une grande détresse émotionnelle, selon d’autres, malade mental et qui était en train de se disputer violemment avec son père.
Les deux versions des faits, celle des plaintes des familles des deux défunts et celle de la plainte du policier, s’opposent désormais devant les juges, du moins sur la question de la légitime défense et des circonstances du drame. Car la plainte était aussi un moyen pour le policier de bien faire entendre sa version des faits.
Néanmoins le raisonnement du policier-victime paraît insoutenable, même pour la justice américaine ! Comment pourrait-on permettre aux policiers de demander aux délinquants, contre lesquels ils doivent user de la « force légitime », réparation pour les traumatismes qu’ils subissent de ces faits violents ? D’ailleurs, juridiquement, ne serait-il pas plus approprié que le policier se retourne contre sa propre hiérarchie et donc contre l’État ? N’est-ce pas ce dernier qui l’oblige à user de la violence qui le traumatise tant ?
Épisode à suivre…
Catherine Fischer




