
Lundi 15 juin au cinéma le Palace de Tulle, les associations Peuple et Culture, Ligue des droits de l’Homme, Médication Time, ATTAC 19, Ilico, Pullco et Corrèze Elab invitaient à échanger sur la nouvelle loi « sur le renseignement » (1). C’est le contexte du vote de la loi et du renvoi en correctionnelle des inculpés de Tarnac (2 jours après le vote de cette loi) qui a poussé les organisateurs à proposer cette soirée (2). Qui plus est, le fait d’être à Tulle, ville anciennement dirigée par François Hollande (déclarant à l’époque de l’affaire dite de Tarnac :« il s’agit d’une hystérie politico-judiciaire et non d’une affaire de terrorisme ») renforçait la nécessité de ce rendez-vous public.
La salle pleine a assisté à une soirée en trois temps. Tout d’abord, trois des mis en examen de l’affaire dite de « Tarnac » nous informaient sur la loi « sur le renseignement » votée à une large majorité à l’Assemblée Nationale le 5 mai dernier. Couplé à leur témoignage sur les 8 années passées, le décryptage de la loi n’en fut que plus édifiant. S’en est suivi un échange sur les questions politiques soulevées par cette loi, sur l’état du monde et les moyens de résister à cette « Stasi à la française ». La soirée s’est terminée par le visionnage du film « Citizenfour » retraçant l’histoire du lanceur d’alerte Edward Snowden
Point de vue :
La situation décrite tout au long de la soirée et les échanges dans la salle ont fait une nouvelle fois apparaitre une forme de sidération et l’impuissance à agir en profondeur. Le public riait jaune. Comme prévu, les événements de janvier à Charlie hebdo ont permis une récupération par l’État, une revalorisation de nos « surveillants » et un durcissement de la surveillance de la population. Le rapport électeurs-élus se transforme officiellement en celui de dirigeants-dirigés. La liberté intellectuelle, celle de la libre expression sont (de manière institutionnelle et consensuelle à l’Assemblée Nationale) réduites à peu de chose.
Le clou de la soirée, l’assommoir, reste le visionnage de « Citizenfour ». Réalisé par Laura Poitras, ce documentaire traite de la surveillance généralisée : « En janvier 2013, Laura Poitras reçoit pour la première fois un e-mail anonyme signé »Citizen Four », le nom de code que s’était donné Snowden. Il explique qu’il propose de rendre publique une grande quantité d’informations sur les pratiques illégales de la NSA (3) et d’autres agences de renseignement. Avec un journaliste d’investigation, Glenn Greenwald et un reporter du Guardian, elle se rend à Hong Kong pour filmer (pendant 9 jours) la rencontre avec le lanceur d’alerte retranché dans sa chambre d’hôtel.
Dans un de ses premiers e-mails, Snowden explique qu’il a contacté Laura Poitras après avoir remarqué qu’elle était surveillée par la NSA : « A l’heure actuelle, sachez que chaque frontière que vous traversez, chaque achat que vous faites, chaque numéro que vous composez, chaque antenne relais que vous passez, chaque ami que vous contactez, chaque site que vous consultez et mot que vous tapez dans les moteurs de recherche est entre les mains d’un système dont la portée est illimitée mais dont les barrières n’existent pas. »
Une claque ! Qui appuie là où ça fait mal : notre minuscule capacité à agir, notre infime prise sur le monde.
Aucune lueur d’espoir n’est apparue ce 15 juin dans cette salle. Bien au contraire, et dans les débats une seule question rejaillit dans mon esprit : « Pourquoi l’État choisit de faire passer cette loi au moment où le peuple se révolte si peu ? »
cf : article « Tarnac contre attaque » page ?
cf : encadré page ?
Cf : la National Sécurity Agency (« Agence nationale de la sécurité ») est un organisme gouvernemental du département de la défense des États-Unis, responsable du renseignement d’origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d’information et de traitement des données du gouvernement américain.
Pascal Brette



