La Corrèze est loin des vicissitudes urbaines. Ruralité, tradition, terroirs, uniformité sociale et des origines culturelles, calme et sérénité, douceur de vivre. Un terreau a priori peu fertile pour la contestation. Et pourtant, à Uzerche, aux dernières départementales, le binôme du Front National fait 23%, à 65 voix du PS. On évoque les événements nationaux bien sûr. Mais peut-être faut-il chercher aussi plus localement le ferment de cette poussée.
Le consensus rose. En 1998, Sophie Dessus devient conseillère générale socialiste du canton d’Uzerche. Aux municipales de 2001, la droite est balayée. Tous les candidats de la liste d’union de la gauche menée par Sophie Dessus sont élus. Aucune place pour les sortants du RPR. Les cinq années à venir vont être celles du renouveau. La petite ville est en passe de devenir à nouveau la perle du Limousin. En 2008, certainement séduits eux aussi par cet élan, les possibles opposants ne proposent pas de liste. Les sortants sont réélus haut la main. Un score bananier : 97% des votants avec une abstention très faible (17%). Un plébiscite. Nous sommes dans le meilleur des mondes.
L’installation d’une monarchie républicaine. L’ascension de l’édile locale n’a pas de limite. Sourire aux lèvres, avenante, elle arpente le terrain, porte à porte. En 2009 elle lance le projet pharaonique de la papeterie : faire de cette usine fermée en 2006 un éco-quartier. Le 10 juin 2012, elle est élue députée de la première circonscription de la Corrèze en recueillant 51,44 % des voix au premier tour. Maire, conseillère communautaire, députée, elle laisse la vice présidence du Conseil Général mais reste à la commission culture. Elle est pour le cumul. Elle le dit, elle le pratique. Elle est donc partout. Toute opposition devient vaine. C’est l’intronisation et l’adoubement.
Le désenchantement populaire. Les élections de la seigneurie de 2014 sont une mascarade. 34% des inscrits s’abstiennent, 39 % des votants votent blanc ou nul, 61% disent oui à la princesse, soit 40% des inscrits. La démocratie souffre. Le dynamisme local aussi. Entre 2001 et 2015, on observe une diminution de 9,4% des inscrits sur les listes. La ville perd des habitants. Le projet de la papeterie à plus de 16 millions d’euros ne génère ni engouement populaire ni activité économique supplémentaire. L’impôt local bat des records1. Le débat contradictoire a été mis dans un mouchoir de soie. Les citoyens se sentent exclus du pouvoir. Et ici comme ailleurs, l’absence de démocratie ne crée pas de réaction démocratique : « on ne peut pas demander aux dominés de choisir les canaux de leur révolte »2.
- 1 A Uzerche, le taux de la taxe foncière sur le bâti est deux fois plus élevé que celui de communes similaires (www.proxiti.info).
- 2 Tiré d’une analyse de Saïd Bouamama sur les révoltes des banlieues.
olivier guevarec




