
Démocratie et démagogie partagent une étymologie commune, celle du peuple (dêmos). La première dénote sa souveraineté (kratos), la seconde sa dépendance à un guide (agōgós). Si à première vue, ces deux concepts semblent s’opposer, ils n’en restent pas moins consubstantiels dans les faits : il ne peut y avoir de démagogie sans démocratie, ni de démocratie sans risque de démagogie. C’est en Grèce antique que la parole a permis au concept de démocratie de naître, légitimant le passage d’une société grecque guerrière à une société de l’argumentation et de la délibération. Mais si la démocratie représente une égalité de parole, elle n’en reste pas moins soumise à l’inégalité naturelle de chacun face à l’aptitude à en user. La force physique laisse place à la force de persuasion qui fait émerger un nouveau type de personnage : le rhéteur. Au sein d’une assemblée, savoir s’adresser au plus grand nombre et emporter son adhésion devient un enjeu crucial. C’est ainsi que le démagogue fait son apparition. C’est un rhéteur particulier, capable de masquer l’intérêt général au profit d’intérêts personnels. Il sait user de son éloquence pour flatter le peuple. Il utilise son art, non plus pour faire sens, mais pour jouer sur les passions de son auditoire, tel un courtisan souhaitant les
Humeur d’un monde meilleur Par YOÉVA
Cher arbre, Auprès de mon arbre, je vivais heureuse… Un petit air chantonné par les anciens me revient en tête… tout est déjà dit, écrit, depuis des décennies et pourtant un vent de folie semble souffler par ici… Je n’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre… Auprès de mon arbre, je vivais heureuse, je n’aurais jamais dû le quitter des yeux… Un hommage aux vieilles branches sur lesquelles on peut toujours s’inspirer. Le trépignement du monde nous aveugle, nous éloigne de l’essentiel… De la poudre aux yeux qui nous fait perdre le bon sens et marcher sur la tête. J’essaye de comprendre, cher arbre. Pas si simple d’exister face à toi, aussi immuable que je suis mobile. Je vais par-ci, par-là, et toi, tu restes toujours là. Je peux partir des mois, ou revenir demain, je retrouverai toujours ton écorce. Ce sont tes racines qui voyagent, creusant des galeries de rêves et de possibles. Quand je viens te visiter, tu as plus à m’offrir que je n’ai à te donner. Quand je m’allonge sous ta ramure, ton feuillage me fait voyager à travers le ciel. Mon corps se pose et mon esprit s’envole de branche en branche. Tu es tendre, apaisant et constant avec moi. Tu es un refuge d’éternité pour moi et tant d’êtres qui fourmillent. Tu accueilles mes fardeaux comme tu absorbes les tourments du monde. La terre puise en toi le ciel. Une pluie d’étoiles te traverse et rappelle à la terre son origine céleste. Je me dresse dans ta silhouette pour vivre la présence de l’immuable verticale. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, je me hisse sous le double signe du terrestre et du céleste. Merci mon arbre de m’enseigner l’inébranlable. Le monde m’envoie toujours de la poudre aux yeux, mais face au solide et au stable, j’essaye de toucher ce point d’équilibre, un semblant d’éternité qui me fait toujours rêver au meilleur dans le monde.
Chroniques
faveurs de son monarque. Dans le Gorgias 1 , Pour de nombreux philosophes, ce scénario Platon constate que ce jeu sur les passions de n’est pourtant pas inéluctable. L’éducation, la l’esprit est en mesure de surpasser toutes les prise de conscience du bien commun est pour compétences propres, puisqu’il est capable de eux l’antidote à la démagogie. Un dêmos les dominer en apparence. Dans Les Politiques 2 , composé d’individus capables de critique et Aristote précise qu’en masquant l’intérêt d’autocritique est la meilleure protection contre général au profit d’intérêts particuliers, ce ne la démagogie. Cependant, l’école a depuis bien sont plus les lois qui sont souveraines, mais les longtemps perdu sa nature contemplative décrets, ce qui remet en question la nature (skolê : loisir, repos), au profit d’une nature de même du gouvernement constitutionnel. performance et de spécialisation, ne suscitant plus l’étonnement dans l’esprit du citoyen. Le démagogue apparaît alors comme un perturbateur dans le projet démocratique. Il La démocratie étant ontologiquement joue sur les faiblesses du dêmos, et notamment menacée par la démagogie, l’éthique sur sa tendance à la simplification. Le peuple citoyenne, passant par une lutte permanente est souvent ignorant et accepte les discours en contre la facilité, ne pourrait-elle pas être la espérant que chacun saura se montrer source d’une vigilance vertueuse permettant raisonnable. Le démagogue, simple et de prévenir tout rapport de domination ? séducteur, paraît plus convaincant que l’honnête homme ayant tendance à dévoiler Platon, Gorgias, Flammarion, coll. « GF Philo’ », 2021 . 1. une réalité complexe et effrayante. 2. Aristote, Les Politiques, Flammarion, coll. « GF – Philosophie », 2015. Mais le vrai danger selon Platon, c’est lorsque le peuple devient une foule irrationnelle, emportée par les discours. Il perd sa souveraineté. Le démagogue conduit alors une masse manipulable, composée d’individus en errance, dont le sens ne se réduit plus qu’à une seule vérité, une seule totalité. La flatterie devient propagande, le démagogue devient despote, le risible devient tragique.
19 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 51
FLAVIEN LANGE





