
Sylvie Bitterlin, porte-parole du Collectif Elzeard, Lure en résistance, et co-auteure du livre Les marchands de soleil1, est intervenue mi-juin à Cajarc (Lot) au Printemps photorévolté pour présenter la situation sur la montagne de Lure. Ce massif se déploie dans les Alpes-de-Haute-Provence (04), sur 40 km de long au nord de Forcalquier. Environ mille hectares (ha) sont affectés par des centrales photovoltaïques en projet ou déjà installées.
Sylvie précise : « Ce qui augmente considérablement l’emprise au sol des centrales, ce sont les OLD, les obligations légales de défrichement, qui imposent des bandes nettoyées, pour des raisons de sécurité incendie, de 50 m minimum à 100 m autour des centrales et de leurs panneaux. Un exemple : une centrale accaparant au total 17 ha ne représente que 7 ha de panneaux… Et pour chacun d’entre eux, ce qui ne se voit pas, c’est du béton jusqu’à 1 m 50 en profondeur, pour les fixer, et du métal et des câbles… Ajoutons les parkings et autres routes à l’intérieur et à l’extérieur des centrales !
Dans la région, un nouveau déferlement est annoncé sur le plateau de Valensol, tout près d’ici, avec encore 1000 ha et c’est le Lubéron, bientôt, et les Hautes-Alpes qui vont être touchés… »
Pour présenter le collectif, un extrait de tract :
« Les multinationales hors sol imposent leurs projets à la population, défigurant les paysages, fractionnant les espaces naturels, menaçant les espèces protégées, asséchant les zones humides, détruisant les biens communs et privatisant des forêts souvent communales, privant les habitant·es de leurs usages.
Ces projets n’ont rien d’écologique. À l’heure où nous devrions privilégier la sobriété énergétique, l’énergie produite ne fait que s’accumuler à celle des énergies fossiles sans les remplacer. De plus, la production électrique est déjà largement excédentaire par rapport à la consommation dans le département [comme au niveau national], l’électricité produite n’est donc en rien pour les habitant·es et sera exportée. Enfin, ces projets permettent à de gros pollueurs de s’offrir une pseudo-garantie verte alors qu’ils continuent de détruire la planète. […]
Le collectif Elzeard, Lure en résistance se veut un espace d’organisation de la lutte à l’échelle du bassin de Lure-Forcalquier en articulant la lutte sur le plan juridique avec des actions d’information de la population et la résistance sur le terrain. Pour la défense des forêts et des terres agricoles ! »
Les ravages causés par les centrales industrielles au monde vivant
Sur le site du collectif et sur leur page Facebook, on trouve de nombreuses informations sur les actions et les luttes passées ou en cours. On peut par exemple aller voir un petit film de dix minutes. Extrait de sa présentation : « Il y a les fables des industriels du photovoltaïque qui présentent des brebis broutant paisiblement une herbe verte et tendre sous des panneaux et il y a la réalité de leur business de destruction de la biodiversité, de ravages des forêts, de violation des paysages et du droit. Quand le monde de la finance investit les milieux naturels, il ne fait pas de quartier. »
Une déferlante de projets dans les Alpes-de-Haute-Provence
Juillet 2026, le collectif Elzeard informe :
« C’est plus de 265 000 ha, soit 38 % du territoire, qui peuvent être étudiés pour y implanter ces usines électriques dévastatrices ! Suite à la consultation publique concernant le “document cadre”, qui définit des zones pouvant accueillir des projets de centrales avec des facilitations pour les opérateurs, la préfecture du 04 vient de valider le document pour notre département… Sans surprise, elle balaie d’un revers de main les avis émis pendant la consultation.
En résumé, la chambre d’agriculture avait déjà identifié 28 000 ha de terres incultes et la préfecture a fait valoir l’article 9 par lequel elle autorise arbitrairement les implantations dans des forêts en principe interdites par l’article 8 et ajoute, ainsi, des milliers d’hectares. Ce sont notamment toutes les forêts communales bénéficiant en principe du Régime Forestier ou d’un document de (bonne) gestion. C’est hallucinant, mais c’est validé. »
En réaction, neuf associations s’unissent pour attaquer le « document cadre »
« Alors que les canicules se succèdent et que jamais autant d’incendies n’ont ravagé les forêts de France, la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence vient de faire un choix aberrant : valider le document cadre autorisant la potentielle implantation d’usines électriques dévastatrices […]. Un immense tapis rouge déroulé pour les industriels, un pas de plus vers les risques d’incendies, le dérèglement du climat, la sécheresse, la destruction des terres, l’anéantissement de la faune et de la flore, le déploiement des routes, la pollution, la destruction des paysages, la mise en danger des conditions-même de la vie et de l’habitabilité de notre territoire…
Face au danger vital que représente ce document, l’association Hélichryse (représentant le collectif Elzeard, Lure en Résistance) est rejointe par huit assos et structures, pour faire bloc et attaquer devant le Tribunal Administratif de Marseille.
Cette autorisation n’est rien d’autre qu’une véritable épée de Damoclès pour tous les collectifs du département qui se battent, comme nous, pour préserver la nature de ces centrales industrielles. »
Toute contribution financière pour les aider à déposer ce recours sera la bienvenue. Vous pouvez faire un don sur : helloasso.com/associations/hélichryse
Plus d’une quinzaine de luttes en cours dans la région, un exemple de victoire
Le Collectif Citoyen pour un Autre Photovoltaïque dans les Alpes-du-Sud avait fortement invité à participer à l’enquête publique pour le projet d’Aussano de centrale photovoltaïque à Valserres (05). De nombreuses personnes ont exprimé leur opposition. VICTOIRE ! La préfecture des Hautes-Alpes vient de refuser l’autorisation de défrichement ! Les justifications sont intéressantes et montrent quels sont les arguments qui pèsent (en tout cas qui ont pesé ici) aux yeux de la préfecture : « Considérant que la protection et la mise en valeur des bois et forêts, la conservation de la biodiversité forestière, la préservation de la qualité des sols forestiers sont reconnues d’intérêt général et contribuent à la lutte contre le changement climatique. » (info juillet 2026)
Notes
1. Voir La Trousse n° 54, p. 8, Clément Osé et Sylvie Bitterlin, Les marchands de soleil – Face à la machine photovoltaïque,Tana éditions, 2024.
Par CHRISTOPHE RASTOLL





