
L’association pour la nature et l’environnement (APNE) est créée en juin 2024 et réunit des habitants opposés au projet agrivoltaïque de 70 hectares (une cinquantaine maintenant) qu’ils apprennent en mars 2024 lorsque RP Global (l’énergéticien porteur) le présente en conseil municipal. C’est l’APNE qui invitera ensuite Clément Osé, co-auteur du livre Les marchands de soleil – Face à la machine photovoltaïque, à Alleyrat le 4 avril 20251.
Peu d’infos, beaucoup de pression !
Sandrine, responsable de l’association, dit les difficultés pour obtenir des informations, les défauts d’adressage lors des invitations à une réunion publique et à une permanence assurée par l’entreprise (avec inscription par internet !). Elle explique l’impossibilité de faire fonctionner le comité local de suivi, outil de concertation, alors même qu’il reste visible sur le site internet. Elle dit les tensions locales et la pression « comme si c’était nous qui gênions ». Pourtant, 77 habitants (sur 98) ont signé la pétition, soit une large majorité.
L’APNE veut que le conseil municipal se positionne. On ne peut pas juste dire « c’est en terrain privé, cela ne me regarde pas », il y a des impacts sur la commune. Et, il est possible d’agir : des communes du plateau ont voté leur refus du photovoltaïque au sol1.
L’attente de l’enquête publique
Contactée par téléphone, Sandrine apporte des nouvelles fraîches pour Alleyrat : la demande de permis a été déposée par RP Global en février, le dossier complet est arrivé à la DDT2 fin juin, il est à l’instruction, et la mairie a reçu l’étude d’impact environnemental. Plus de 1000 pages et, la mairie n’ouvrant que le jeudi, l’asso a dû insister lourdement, avec intervention d’un avocat, pour se procurer le document en format numérisé !
Le conseil municipal veut organiser un référendum en septembre ; mais cela va éliminer de fait les occupants des résidences secondaires, qui sont légitimes pour donner leur avis sur les questions paysagères, le cadre de vie et la valeur des maisons par exemple, argumente Sandrine…
« On bat le pavé, on communique par différents moyens, des sketchs sur internet, avec des flyers sur le terrain mais nous ne sommes pas nombreux. Et on fait attention, c’est une toute petite commune donc on essaie de ne pas être rébarbatifs, de ne pas trop répéter la même chose et être trop insistants non plus !
L’étude d’impact a été photographiée page par page et on cherche les petites pépites, il y en a toujours, surtout dans la partie “locale”, les chemins communaux, etc. Il est écrit qu’il n’y a pas de labels, c’est faux, Il y a une “voie vert pâle” dans le secteur. »
En effet, les énergéticiens qui ont établi le dossier omettent (on est gentils) d’indiquer que, les cyclistes et les randonneurs concernés par ce label départemental, empruntant une belle petite route « touristique » à partager avec les voitures, vont côtoyer des kilomètres de panneaux photovoltaïques.
Plus grave, ce qu’on peut considérer comme un deuxième label est totalement oublié : Alleyrat se situe dans le Parc naturel régional (PNR) du plateau de Millevaches ! Il y a une charte, que les mairies ont signée, est-ce que les municipalités peuvent oui ou non prendre en compte et au moins défendre, de manière certes juste consultative, le fait que la situation ressemble actuellement au Far West ? Les projets arrivent dans des dizaines de communes sans aucune limite de nombre et de surface, et de fait les limites, les considérations et les restrictions établies et votées par le PNR concernant les projets d’agrivoltaïsme ne sont pas respectées (voir notre article sur le vote du PNR).
Troisième label, la commune est estampillée publiquement « Territoire Bio Engagé » depuis 2025 avec près de 39 % de sa surface utile agricole passée en bio… À mettre en exergue avec les hectares de terres agricoles qui vont être détournées et artificialisées !
Sandrine ajoute : « Le projet photovoltaïque semble réduit à 32 ha, c’est faux, ça c’est la surface de panneaux, l’emprise totale est toujours de 52 ha clôturés puisqu’il y a une large bande défrichée et accessible tout autour pour les engins, les techniciens et les secours ! On attend la date de démarrage de l’enquête publique, on déposera nos observations, on va voir si le préfet valide le projet, dans ce cas alors on ira en justice et les naturalistes se mettront en marche. L’association peut agir en justice, et les particuliers riverains aussi. Si le préfet retoque le projet, c’est réglé. » (Sauf bien sûr si la société dépose un recours…)
Dernières nouvelles avant publication du journal
Lors du référemdum organisé par la commune le dimanche 6 septembre, il y a eu 72 votants (sur une centaine d’inscrits), 40 se sont exprimé contre le projet et 31 pour. À suivre…
Notes
1. RP Global est une entreprise autrichienne, implantée à Lille, à Bordeaux… impliquée dans le développement de l’éolien, elle investit maintenant dans le photovoltaïque.
2. Direction départementale des territoires.
Par CRISS ET MARTINE


