
Une douzaine d’enfants de l’école du bourg étaient assis au pied de l’arbre, bien plus que centenaire, le grand-père de tous les hêtres de la contrée. L’instituteur de cette classe unique en milieu rural, raconta ce jour-là le compagnonnage millénaire du hêtre et des hommes qui, aujourd’hui encore, plantent de tout jeunes arbustes de cette essence en se promenant sur les chemins, les halliers et les guérets de la forêt. Il leur conta les belles, blondes et larges planches robustes accompagnaient la vie des habitants des
et légères,
hameaux, du début jusqu’à sa fin… Le hêtre massif de la table du séjour avec sa paire de bancs, celui de la grande armoire de la chambre et des bois du lit, celui encore des chaises, très ouvragé, de la salle à manger, avec sa lourde table d’orme 1 . Il leur conta le menuisier qui aimait travailler ce bois, avec ses ciseaux, ses gouges, ses rabots et ses varlopes, le paysan qui en faisait des manches de toutes sortes, et même des couteaux… Les feuilles du grand hêtre, par milliers, qui frissonnaient, alors qu’il n’y avait pas la moindre brise. On eut dit qu’elles allaient se détacher comme autant de petites voiles turquoise. Le maître se tut. Les enfants, silencieux, resserrèrent leur petit cercle chamarré. Le grand arbre, débonnaire, écoutait. C’était le temps des secrets très anciens, et les enfants l’avaient bien compris. Le maître conta le sabotier et sa grande tranche affûtée, liée à son socle par un anneau, qui demandait beaucoup d’habileté à l’artisan pour dégrossir la masse grasse du bois de hêtre ; les grosses gouges en cuillères, les vrilles de toutes tailles et l’odeur du cuir des brides, et les clous à grosses têtes pyramidales… À ce stade de cette très belle leçon de vie et de choses, il éprouva le besoin d’expliquer que la
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différence entre un artisan et un artiste était loin d’être évidente, tant tout est question de talent et rien de plus. Les enfants comprenaient, il en était sûr ! Il leur parla enfin du hêtre dans la fin de la vie des hommes, du hêtre dont les plus belles planches, mises de côté par le menuisier, serviront à créer la grande boîte lisse et oblongue qu’on descendra en terre dans les larmes et le recueillement. Ce bois courant était, par excellence, celui du cercueil des pauvres, bien avant le sapin. Les enfants se levèrent en silence, s’ébrouèrent quelque peu, assaillirent le maître de questions, tout en dansant autour de lui, en rejoignant le bourg. Il fut décidé par le petit groupe que cet arbre du hameau de Minchamp, le plus beau de la commune, s’appellerait « L’Arbre Planète ». Allez savoir pourquoi ?
1. L’orme, autrefois « l’aubrà », l’arbre en patois, a disparu du territoire national. Il a été remplacé par le chêne qui est, désormais, « l’aubrà » dans nos campagnes.
11 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 50
L’INSTIT.





