
Quel serait ce nouvel adjectif pour qualifier la belle cité de Tulle ? Rohmérien est un terme souvent appliqué aux acteurs ayant travaillé avec le cinéaste Éric Rohmer. Cela qualifierait des comédiens évanescents au phrasé articulé et peu naturel. Comme tout préjugé, il provient de l’ignorance du sujet.
Maurice Schérer dit Éric Rohmer, est né à Tulle, rue de la Barrière, en 1920. Depuis, sa maison n’a pas changé, la façade a été repeinte mais le mobilier et les papiers peints sont tels quels. Elle est à son image, imperturbable face aux courants de la pensée progressiste. C’est une pépite secrète dans la ville. Parcourir Tulle, aussi bien que cette maison à l’architecture typique, permet de découvrir le charme d’une autre façon d’être au monde. « Le cinéma est un certain art d’appréhender ce qui n’est autre que la vie en tant que telle » écrivait-il 1 . Les enfants Schérer et sa femme ont souhaité faire don de leur maison à la municipalité pour y créer un lieu de recherches cinématographiques à cette image. Le conseil municipal pourrait refuser la donation. Pourquoi ? La maison et l’esprit du réalisateur leur semblent-ils trop poussiéreux, vétustes, sans utilité économique ?
Éric Rohmer est un des rares réalisateurs français reconnu et admiré à l’étranger. Il est notre meilleur étendard, mais pas chez nous. De son vivant, les institutions cinématographiques françaises le boudaient. Une ou deux subventions publiques en 60 ans de carrière ! Il a pourtant réussi le tour de force de réaliser une vingtaine de longs-métrages, une quarantaine de courts-métrages documentaires et fictions, sans jamais transiger sur la qualité du contenu, ni avec son goût, tout en respectant ses équipes. J’ai travaillé 20 ans avec lui comme directrice de la photographie, nous étions au tarif syndical sans avoir à négocier ni pleurer après des heures supplémentaires impayées. Comment y est-il parvenu ? Très vite, il comprend la nécessité d’être souverain de son travail et, en 1962, il crée avec deux amis la société de production Les Films du Losange. Prudent face au succès de cette entreprise, voulant toujours se garantir l’assurance d’être décisionnaire, il crée en 1980 la Compagnie Éric Rohmer. Décédé en 2010, il laisse une œuvre importante. Aimer ou pas ses films importe peu. « Le cinéma ne se dirige point là où on aimerait le conduire 1 . » Son exemplarité pour les jeunes cinéastes est dans son intransigeance et sa réussite en dépit des institutions et des normes imposées par le système. Il appliquait des choix économiques qui rendaient son industrie viable après avoir créé un marché parallèle. Il nous serait salutaire de rechercher des méthodes similaires pour que le cinéma continue à être le septième art. Rohmer nous montre l’exemple, il a su rester maître de son travail. Il ne subissait pas de domination financière imposée par une dépendance aux subventions. Il savait qu’il pouvait compter au minimum sur 70 000 spectateurs fidèles. Il a depuis le début appliqué une économie de sobriété dans ses choix de mise en scène. Suivant le film, d’époque ou contemporain, nous utilisions le minimum de matériel nécessaire.
Comment faire pour que la maison Rohmer existe à son image, avec son esthétique sobre, discrète, écologique et intime ? Faisons de Tulle la première ville rohmérienne, avec pour définition de cet adjectif : toute personne ayant le pouvoir sur son travail. Et maintenant nous dirons, je suis rohmérienne et vous ?
1. Éric Rohmer, Le celluloïd et le marbre, Léo Scheer, 2010.
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Une histoire de famille, créé par le grand-père de Maryse, repris par sa mère puis par elle-même.
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Maryse : assistante sociale, confidente, conseillère, sait qu’il faut alerter lorsque l’un de ses habitués ne se manifeste pas. Son action de prévention apporte à tous une sécurité.
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