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La Trousse Corrézienne

LTC 47 · 1 juillet 2023

Une commission citoyenne constructive

Une commission citoyenne constructive — La Trousse corrézienne n°47

J’entends beaucoup parler de la commission citoyenne de Monceaux-sur-Dordogne. J’entends et je ressens que des habitants participent vraiment à la définition de projets : la participation est vécue comme quelque chose de positif, qui fait plaisir. J’ai voulu savoir comment cette participation se déroule et construit des projets. J’ai rencontré Pierre et Annette qui participent depuis le début, et Damien qui est arrivé un peu plus tard.

« C’est important d’avoir des idées »

Tout commence en février 2022. À ce moment, comme encore maintenant, le projet de ressource unique pour l’eau potable, porté par la Communauté de communes, fait fortement débat parmi les habitants du territoire. La municipalité moncelloise organise donc une réunion publique pour parler de l’eau, des déchets (autre projet communautaire) et des projets de la commune. Participent à cette réunion entre 100 et 150 personnes. Pour une population de 630 habitants. « Il y a eu une présentation des actions envisagées et des échanges. Le discours du maire était intéressant et fort, les échanges ouverts. Les conseillers ont parlé aussi, les habitants ont parlé, la parole était libre. » Lors de cette réunion, le maire propose de constituer trois commissions citoyennes de travail : « L’eau et les déchets, car c’est problématique et important d’avoir des idées, et l’énergie, car il serait intéressant de réfléchir à une autonomie locale énergétique. » Et, il y a des volontaires.

Lors de la première réunion, qui rassemble les trois thématiques avec une trentaine de personnes, dont des élus, il a été proposé et choisi de ne faire qu’une seule commission citoyenne qui traiterait des trois sujets. Il y a environ une réunion par mois, « certains viennent plus ou moins souvent ». « Il n’y a pas d’ordre du jour strict, on échange sur les trois points [eau, déchets, énergie], sur ce qu’il y a de nouveau, on établit un déroulé. » Le travail s’est largement concentré sur le sujet de l’énergie, avec une vigilance sur l’eau et les déchets, compétences communautaires.

Une définition progressive et collective

« Le projet énergie est celui qui avance le plus, on a réfléchi collectivement, on s’est auto-formés », « on apprend énormément, chacun apprend énormément. » Il y a un accord sur l’objectif : « avoir une autonomie énergétique pour la commune, pour les habitations et pour la mobilité. » Le projet se construit collectivement, avec des rencontres

et des échanges. La commission a ainsi visité une unité de méthanisation, un syndicat des eaux qui produit de l’énergie à partir de son eau potable, et la Centrale Villageoise de Naves. Une enquête a été menée pour connaître les besoins et les souhaits des habitants. Tout ceci a abouti au choix d’une source d’énergie (le photovoltaïque sur toiture) et un mode de fonctionnement coopératif : « Les habitants investissent et cela permet d’équiper des toitures en les louant et ensuite on gère l’électricité en boucle locale. » « L’idée est que chaque hameau ait un système de production et de stockage », mode de stockage qui est en réflexion. La commission a rencontré les agriculteurs locaux, qui, après avoir aussi eu une réunion avec la chambre d’agriculture pour des projets individuels de photovoltaïque, penchent en faveur du projet communal. La commission est aussi en relation avec le Conseil départemental qui veut créer « des régies départementales de l’énergie et de l’eau ». Les participants ont aussi réfléchi et posé les valeurs partagées autour des projets : « collectif, citoyenneté, autonomie, éthique ».

« C’est dérangeant, ça marche, va savoir pourquoi ! »

« Cela fonctionne très très bien, alors qu’il n’y a aucune règle, mais cela s’est installé ainsi, il y a une véritable écoute, il n’y a pas de cacophonie, pas de parole qui se superpose. » « Le maire a la capacité de laisser la parole libre, il est rassurant, il n’impose pas ses vues, il ne sait pas où il veut aller, mais « comment ». » Les trois personnes que j’ai rencontrées me l’ont répété plusieurs fois : ils vivent une parole libre et de l’attention à la parole de chacun par tous. « Tout le monde est écouté, certains ont une parole plus aisée et écoutée, mais ce ne sont pas forcément des paroles dominantes. » « On se sent écouté, même quand on est à côté de la plaque, il n’y a pas de jugement, on n’est pas toujours d’accord sur tout et on peut le dire « sans risque ». » « Ce que j’aime c’est que je ressens que même les idées qui ne sont pas les miennes vont être écoutées. » J’entends que le

maire peut aussi reprendre la main, recadrer, mais sans jamais couper la parole et sans animosité : « C’est rare qu’il recadre, c’est vrai ; peut-être est-ce quand la parole portée dévie de l’intérêt collectif pour passer dans du privé (ou du jugement ?). »

De l’attention aux autres et de la confiance

« Le maire est très à l’écoute et cela influence l’ensemble. » Être attentif à l’autre, ne pas juger, ne pas vouloir convaincre facilite les prises de paroles. Le ressenti qui prime, c’est d’être en confiance. Cette ambiance est souvent difficile à installer. Cela implique pour les élus d’être dans une posture de construction et non pas de validation d’un projet préconçu. Réfléchir et apprendre en groupe conduit à construire ensemble dans « l’intérêt collectif de la commune » :« Ce que je trouve super, c’est d’être plusieurs ; à plusieurs on est plus intelligent que seul, et là je ressens de l’écoute, on entend et on avance collectivement, ce qu’on dit est pris en compte. Il y a une sensation de confiance entre nous, de la bienveillance et de la vigilance. » De la vigilance collective par rapport aux valeurs définies.

Je sais que tout n’est pas parfait dans le fonctionnement communal moncellois. Il y a des heurts, des difficultés de décisions, des mécontents, des conflits. Comme ailleurs. Mais, il y a aussi une vraie participation citoyenne : la qualité de l’écoute, la mise en confiance induisent une réelle construction collective d’un projet. C’est possible et « aujourd’hui, dans le contexte actuel de souffrance de démocratie, je trouve importante cette sensation de démocratie directe possible : notre voix est demandée et entendue sans qu’on se prenne une lacrymo ». « Cela donne de l’espoir surtout dans les temps actuels, de se dire qu’on peut avoir un peu de prise. »

3 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 47

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