
« Liberté, égalité, fraternité » ? Les entorses de l’action publique à la devise républicaine
Réalisé par MARIE DA SILVEIRA, CHRISTOPHE GIBIAT, MARIE-LAURE PETIT, PHILIPPE VAN ASSCHE
Lorsque je vois l’eau des orages dévaler les routes, les trottoirs, les parkings, à toute vitesse, et gonfler les rivières sans passer dans le sol, j’ai mal à ma nature de vivante, Lorsque je vois les travaux publics à l’œuvre pour faire des routes et encore des routes, pour aller plus vite, et encore plus vite, cela me terrorise, je vois l’eau couler, sans s’arrêter, Lorsque je vois l’État soutenir la réalisation d’immenses bassines qui puisent dans nos réserves fondamentales d’eau, cela me terrorise, Lorsque j’entends qu’il faut monter en compétitivité, aller plus vite, vendre davantage, gagner des marchés, cela me terrorise, Je vois l’eau poursuivre sa course folle sans s’arrêter, les déchets s’accumuler, l’air se gorger de cochonneries meurtrières, le sol se vider de sa vie et cela me terrorise.
Lorsque j’entends les charges données contre ceux qui veulent pouvoir garder un monde vivant, cela me terrorise, Lorsque j’entends que des manifestations qui clament la haine et le rejet des autres sont autorisées « pour la liberté d’expression », j’en rirais presque si je n’étais aussi triste et aussi désarmée. Quel sens a ce système qui broie le vivant ? Quel sens a cette démocratie qui traite de terroristes, au nom de la liberté d’entreprendre et de la propriété des biens, ceux qui souhaitent préserver notre capacité à être au monde ? J’ai mal à ma liberté sociale, à mon égalité de droits, et surtout à ma fraternité. J’ai mal à la terre qui ne pourra peut‐être même plus m’avaler lorsque ma fin sera là.
Lisons l’histoire ! Ce système est par essence meurtrier : ce qu’il produit un jour comme solutions sera les problèmes de demain, comme une boucle sans fin, au service de l’intérêt privé .
Marie‐Laure
La France est une république, système politique dans lequel le gouvernement exerce le pouvoir en vertu d’un mandat qui lui est conféré par le peuple ; c’est théoriquement le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Elle est littéralement la res publica (la chose publique), ou la res populi (la chose du peuple), donc la chose de tous. Cela signifie que le seul pouvoir légitime est celui consenti par ceux qui sont appelés à y obéir. La République française est en outre qualifiée dans sa Constitution d’« indivisible, laïque, démocratique et sociale » ; elle y est définie par trois principes fondamentaux qui composent sa devise : « Liberté, égalité et fraternité ».
Le respect des principes républicains s’impose à tous. L’État, dans le cadre de la loi dite « Séparatisme » de 2021, a renforcé cette obligation pour les associations en instituant le contrat d’engagement républicain (CER). Ainsi, au regard de leur activité ou des engagements personnels d’un de leurs membres, certaines d’entre elles sont accusées par l’État de ne pas respecter les principes de la République. Et, celui-ci les prive alors, souvent sans aucune justification, usant de son pouvoir discrétionnaire, de moyens financiers et/ou matériels.
Ces constats se sont multipliés depuis la mise en place du CER 1 .
Nous estimons que les beaux principes républicains s’incarnent difficilement, de multiples fois, dans les orientations et les comportements de l’État ou des collectivités locales. Les postures et politiques antirépublicaines sont nombreuses, notamment de la part de la Macronie, à commencer par sa dimension antisociale 2 . Dans ce dossier, en éclairant des situations, locales ou nationales, nous voulons montrer s’écartent des principes républicains, et, ce faisant, y contreviennent.
1. Voir La Trousse, n° 45 et 46. 2. L’importance des droits sociaux et de la propriété sociale (les services publics) est un élément constitutif d’une république. Jean-Fabien Spitz parle de « dé-républicanisation des sociétés contemporaines » du fait de l’application des politiques néolibérales (La République ? Quelles valeurs ? – Essai sur un nouvel intégrisme politique, Gallimard, 2022 ; lire critique p. 23).
11 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 47
comment
elles





