
Local À la vie, à la mort ! Par FRÉDÉRIQUE PERRIN J’écris pour La Trousse, journal sous-titré « du local, du libre, du beau, de l’écologie, du drôle, du frais… ». Je vais parler de la mort, des funérailles. Je cocherai toutes les cases.
« Du local » : dans La Trousse et dans La Montagne, Séverine Enjolras, cinéaste et anthropologue, a passé une annonce. Elle cherchait des personnes acceptant d’aborder ces sujets, sur lesquels elle tourne un film documentaire en Corrèze. J’ai répondu, on a parlé, sympathisé, elle a filmé. Ce qui nous a tout de suite rapprochées est le récit mutuel de la mort bâclée, scandaleuse, cruelle, de nos pères pendant le confinement. Le mien, attaché sur un lit d’hôpital, seul, privé de visites « à cause du Covid », a préféré se laisser mourir tout en demandant inlassablement « pourquoi suis-je prisonnier ? ». Soucieuse depuis toujours de la liberté du corps, pour cocher « du libre », il va me falloir penser beaucoup. Lorsque mon corps et/ou mon esprit seront défaits, comment ne pas être transformée en objet ? Comment rester libre jusqu’au bout tout en acceptant ma condition terrestre et mortelle, comment assumer ma finitude ? Justement grâce au « beau » des rencontres, des langues qui se délient. Tous mortels, nous sommes nombreux à questionner, à refuser la marchandisation de la mort qui fait exploser les tarifs du funéraire depuis 1993, avec la fin du monopole communal sur les pompes funèbres et l’ouverture du secteur à la concurrence 1 . Des coopératives funéraires ouvrent, des associations se créent pour nous informer de nos droits, plus nombreux que nous le laisse penser la confusion entretenue par les marchands lorsque nous sommes en deuil 2 . Le « beau », c’est de pouvoir parler et lever un tabou. De pouvoir penser la mort comme un moment de la vie, d’en parler et de vouloir ce moment le moins brutal possible, respectueux de la Terre à laquelle notre corps retourne. Et on coche « de
Poubelles à vendre Par FIFI PONS Est-il normal de devoir acheter des sacs plastique pour enfermer nos détritus à brûler ? Je pense que non. Essayant de lutter contre la prolifération du plastique dans mon intérieur au quotidien, je chasse tous les gaspillages. J’ai donc osé penser que les saletés industrielles proprement mises dans le container en plastique au couvercle marron pouvaient être récupérées ainsi par la benne à ordures. Cela m’évite une dépense tout en luttant pour le bien commun. Eh bien non ! Sache, effrayante ignorante, qu’elles doivent être déposées dans un sac propre, donc neuf, correctement fermé pour être ingurgitées par un monstre d’acier assisté d’humains et déversées dans l’incinérateur. Les humains ont des ordres. Ils nous les assignent par plastiques collés sur les couvercles pour nous obliger à suivre les règles si nous voulons que nos déchets soient collectés. Pas de poubelles non emballées ! On est propre nous ! Il faut enfermer proprement ses déchets dans un sac dont l’utilité est d’encadrer mes déchets à jeter… J’étouffe ! À qui en parler ? Aux poissons ?
La vidéosurveillance mobile à Tulle Par CHRISTOPHE GIBIAT
Lors de la campagne de l’élection municipale de la ville de Tulle en 2020, le maire et candidat réélu Bernard Combes, pris d’un élan droitier adversaire, et en cela peut-être inspiré par le sécuritaire policier Grégory Hugue qui deviendra adjoint au maire aux Affaires générales et au Cadre de vie, avait annoncé son intention de mettre en place un système de vidéosurveillance dans le centre-ville 1 . Il semble que ce projet soit ajourné (pour cause d’épidémie et/ou de budget ?) voire annulé : peut-être, tout compte fait, le maire a-t-il compris que la population ne goûtait guère les propositions démagogiques.
Mais, depuis le début de l’année, les policiers municipaux sont dotés de caméras-piétons, un dispositif de filmage portatif fixé sur leur uniforme et déclenché intentionnellement 2 . Le départ de l’encombrant adjoint au maire n’a semble-t-il pas changé les orientations politiques en ce domaine, même si elles se manifestent ici de façon plus discrète. La ville ne pouvait pas plus longtemps rester hors du déploiement massif de la technopolice 3 à l’œuvre sur le territoire français !
Cette nouveauté qui n’est pas sans enjeux n’a, que je sache, fait l’objet d’aucune discussion démocratique hors du conseil municipal,
l’écologie » car des réflexions s’amorcent autour de pratiques funéraires moins destructrices, qui considèrent l’humain comme un élément parmi d’autres de la nature : forêt-cimetière, humusation 3 … « Du drôle » : j’ai demandé à Séverine la raison de son fou rire en me filmant à la Coopérative funéraire de la Corrèze à Tulle 4 , alors que je dictais mes volontés. Eh bien j’avais dit que je ne souhaitais pas d’hommage qui s’efforce de me présenter comme une personne formidable alors que tous s’accordent à me trouver pénible ! J’ai ajouté que lorsque j’enterrais un animal que j’aimais, je ne prononçais pas de phrases idiotes sur lui, et que je revendiquais le même traitement. Ma vie est simple et désargentée, je souhaite donc des obsèques simples et économiques. Je termine et coche « du frais », songeant au vent qui répandra mes cendres dans un coin de nature, à l’air qui passe dans la tête lorsqu’on peut parler sans tabou au lieu d’avoir peur, au coup de balai pour chasser les marchands, au vin frais que les copains boiront une fois mes cendres envolées, à la vie, à la mort ! Et si ajouter vos mots vous tente, Séverine Enjolras tiendra un « parloir des funérailles » et filmera au Café du Tilleul, à Saint-Martin-la-Méanne, le samedi 15 avril 2023 entre 10 et 13 heures.
Loi dite Sueur, du nom de l’élu socialiste qui l’a 1 proposée au Parlement le 8 janvier 1993. Voir Par la Racine, association basée à Faux-la2 Montagne : urlr.me/4qjDQ ; et Association française d’information funéraire : www.afif.asso.fr. Processus de transformation du corps en 3 compost, interdit en France. Voir La Trousse, n° 37. 4
alors que durant la campagne électorale le projet de démocratie participative était mis en avant par la liste élue. pour concurrencer son Même si le dispositif n’est ni fixe ni permanent, n’importe qui est susceptible d’être filmé par l’institution sans son consentement dans les rues de Tulle. Toute caméra, dans l’espace public particulièrement, capte des images personnelles et des informations sensibles sur des opinions (politiques) ou des croyances (religieuses). Sur son site Internet 4 , la ville cite nombre de textes législatifs, comme pour tenter de légitimer sa démarche. Mais tout ce qui est légal est-il légitime ? Et surtout, la vidéosurveillance avec ses implications estelle compatible avec le respect des droits fondamentaux ? Sa mise en œuvre n’entre-telle pas en contradiction avec les engagements républicains des élus ? Enfin, la fin justifie-t-elle les moyens ?
Voir « La vidéosurveillance à Tulle ? », La Trousse, 1 n° 29. Les policiers nationaux en sont aussi dotés. 2 http://technopolice.fr. 3 urlr.me/YFt17. 4
13 – LA TROUSSE CORRÉZIENNE N° 46





