Dans la théâtralisation rhétorique, il est souvent question de masques. Les récents événements liés à des actes et propos racistes contre des personnes juives ont suscité sur la scène une confusion tout à fait inquiétante mais déjà distillée insidieusement. L’antisionisme serait le nouveau masque de l’antisémitisme.
Les chiffres l’attestent. Il existerait une recrudescence des actes racistes à l’encontre des juifs. Le climat serait tel que des députés, membres du groupe d’études de l’Assemblée nationale sur l’antisémitisme, s’expriment sur l’idée de « pénaliser l’antisionisme ». Selon Sylvain Maillard, son président, « la haine d’Israël est une nouvelle façon de haïr les juifs ». La rhétorique mérite un coup de lampe et de langue. Tout d’abord, c’est l’expression d’une émotion, « la haine d’Israël », qui prend place de l’expression d’une position politique, l’antisionisme. Ensuite c’est un polyptote1, qui déploie ses tentacules, avec l’emploi de « haine » et « haïr », deux étaux massifs de part et d’autre, façonnant une pensée réductrice.
Et puis, mis en avant, c’est la nouveauté.
Ou « forme réinventée » pour un Macron qui voyait, lui aussi, l’antisémitisme comme un Protée. C’était en juillet 2017, lors de la commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, en présence du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, « Bibi » pour les intimes. Il vibrait : « Nous ne cèderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».
Et pourtant, ce qui peut-être malaisé à admettre, et que certains affirment à juste titre, comme Liebman, c’est que « la liaison entre l’antisionisme et l’antisémitisme est l’exception, tandis que le lien entre le sionisme et l’antisémitisme est plus fréquent et moins fortuit »2. Pourquoi une telle proposition ?
Parce que dès le début, le sionisme affirme que l’antisémitisme est inévitable. Dans incapacité de le combattre, l’unique solution est la création d’un Etat juif. Cette théorie de la séparation a de quoi séduire les politiciens antisémites de l’époque et d’aujourd’hui. D’ailleurs les premières critiques tant religieuses qu’historiques et politiques, furent émises par les juifs dont beaucoup demeurent extrêmement critiques à l’égard du sionisme et donc d’Israël. De plus, la confusion des deux termes s’apparente à « une forme de chantage moral et intellectuel par lequel on voudrait empêcher tous ceux qui condamnent la haine anti-juive, criminelle et imbécile, d’ouvrir le dossier israélo-arabe et de l’examiner avec un minimum d’objectivité »3 .
Dans notre beau pays démocratique, museler l’expression de l’antisionisme ouvrirait la voie au délit d’opinion. Attention citoyens, citoyennes libres à vous de vous exprimer. A vos risques et périls !
1- « figure de style qui consiste dans la répétition d’un mot à des cas différent ».
2- Marcel Liebman, Textes choisis et présentés par Jean Vogel, Figures de l’antisémitisme, éditions Aden, 2009, p.189.
3- idem, p.185.
Lectures pour approfondir
Marcel Liebman, Textes choisis et présentés par Jean Vogel, Figures de l’antisémitisme, éditions Aden, 2009.
Dominique Vidal dans Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron, éditions Libertalia, 2018.
Pierre Stambul, coprésident de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), Texte intégral de la conférence de Pierre Stambul (UJFP) le 27 juin 2018 à l’église St-Merry, « Antisionisme – Antisémite : Pourquoi et comment éviter la confusion », [en ligne].
Leïla Chik




