À l’heure où volent les pavés dans les gueules, les fleurs sont des ovnis anachroniques se balançant entre ciel et terre. Ici, le cri des optimistes retentit. Ils se rassemblent autour d’un « mieux vaut tard que jamais ! » Ils se parent de couleurs et appellent la diversité en leur essaim. Là, folies passagères et ultimes sursauts d’un monde périmé, de certains qui croient que les assauts de pouvoir devraient asseoir sur un trône fantomatique des tétons d’un monstre du passé. Le bordel appelle des bols d’air. Le peuple happe la liberté à bras le corps. La solidarité se fortifie. Pourtant au loin, des cris s’étouffent dans les gueules des chiens hurlants. Ailleurs, ça consulte et ausculte, évalue et prend le pouls du peuple. Là-bas, ça se cherche les poux. Ça râle, ça se met en pétard, parce que ça pense qu’il faut tout mettre en l’air. Les héritiers de Souvarine (Germinal) manifestent leur force comme audace des hommes nouveaux. Le néant d’abord. Le sang abreuvera la société nouvelle. Tout détruire pour reconstruire : quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un meilleur ?
Pourtant les fleurs ça fait du bien au cœur. Ça embaume l’air ambiant. Celles des champs, celles en bouquets, celles en huiles essentielles ou en élixirs. Tout cela fleure la promesse de douceur et d’un nouveau bourgeonnant. Je sens l’air s’embaumer du rameau d’olivier de la colombe. Je tourne mon regard vers le bleu du ciel. Face aux crachats du réel, l’impertinente Maya l’abeille me chuchote à l’oreille que je devrais poser bien plus de questions qui dérangent le monde postiche des grands. Ces « pourquoi ? » innocents devraient s’inviter sur la scène politique . Au lieu de répondre à des questions toutes faites, pourquoi ne pas demander « pourquoi ? » : pourquoi des règles et des lois qui empêchent d’être libre ? Pourquoi les gens doivent-ils faire un travail pour gagner de l’argent ? Pourquoi y a t-il de l’argent pour faire la guerre et pas pour le climat ? Pourquoi on ne sait pas où va l’argent des caisses de l’État ? Pourquoi on est sale avec la Terre ? … Mille pourquoi peuvent s’enchaîner. Je souhaite retrouver cette fraîcheur face aux multiples clivages des égos qui veulent avoir raison dans les débats, qui disent avoir la solution.
Moi je veux rêver de fleurs, de colombes et de paix. Mon bisounours sort de son hibernation. Il quitte sa retraite où il a eu le temps de rêver d’un monde meilleur. Ce n’est pas le ridicule qui nous tue mais bien la misère. La misère de passer à côté de nos vies. La misère de ne pas faire ce qui nous plaît, la misère de ne pas être cohérent entre nos pensées et nos actes. Je veux bien obéir à des règles, mais mon expérience m’a appris à discerner les intelligentes des idiotes. Je ne veux pas d’un monde qui marche sur la tête. Je rêve d’une Mary Poppins à l’Élysée, d’une Mary Poppins dans les cortèges. Je rêve, car les banques tuent mes anges. J’ai envie d’emplir le monde des essences du ciel.
Yoéva





