
À peine les deux épisodes des municipales terminés, le turbulent nouveau maire du Chastang, commune de troiscent-soixante-cinq âmes nichée entre Sainte-Fortunade et Aubazine, s’est lancé dans une croisade bien républicaine, celle des sénatoriales. Bon, il ne s’agissait pas pour lui de défendre un tombeau sacré, mais de secouer un sacré tas de poussière sur les parquets cirés de la Chambre haute. Car il veut « exister politiquement ». Entendre par là : se faire, sous les ors de la République, le porte-voix des oubliés de l’Égalité1 – inquiets pour la Liberté et en mal de Fraternité –, des lanceurs d’alertes climatiques et de « la patronne » (c’est ainsi qu’il nomme la nature, la terre).
Florent Moussour : un chien plutôt foufou qui, pendant l’été, a déboulé dans un jeu de quilles. Dans le rôle des quilles, on retiendra surtout deux caciques locaux, à savoir la paire de sénateurs sortants, ré-ré-réélus – le Sénat garantirait-il une rente viagère à certains ?2 – j’ai nommé Claude Nougein et Daniel Chasseing, vieilles quilles de droite – quoi que le second se dise centriste – que ledit chien foufou aurait bien voulu voir éconduire.
Mais voilà, on ne sort pas si facilement, dans un département rural tel que la Corrèze, des élus aussi représentatifs de l’image qu’on colle souvent à la deuxième chambre du Parlement. Sénat rime en effet avec conservatisme et l’âge moyen de cette honorable assemblée, de soixante et un ans en 2017 (13 % des sénateurs ayant moins de cinquante ans), n’a guère diminué depuis cinq décennies.
Pourtant, le fougueux candidat en campagne n’avait pas ménagé sa peine : sans éléphant de la politique locale à ses côtés ni parti de pouvoir pour le soutenir, il a fait avec les moyens du bord, des affinités militantes plutôt écolo-gauchistes (son comité de soutien) et des idées qu’il a, avec sa suppléante, Sophie Marcucci, réunies sous forme de proposition, plus d’une vingtaine. À peu près tous les sujets de société sont abordés au fil des propositions diffusées parmi les maires et autres grands électeurs corréziens : de la retraite décente pour tous au moratoire sur la 5G en passant par la gestion durable de la forêt, la création d’un guichet unique pour les subventions associatives, les méthodes pédagogiques novatrices et coopératives à l’école publique, une place plus importante à la parole des habitants dans la démocratie locale, l’autonomie alimentaire des territoires et le développement du maraîchage sur sol vivant, des mesures pour une réelle égalité hommesfemmes ou encore la culture du chanvre pour tous usages (licites) dans la vie courante y compris l’alimentation (« Mangez des pommes », conseille-t-il en titre de sa proposition n° 18). Bref, un catalogue foisonnant d’idées et propositions somme toute pas vraiment nouvelles mais
qui balaient largement les thèmes chers à la galaxie des « alter » altruistes et des « anti » pas tous nantis. À noter toutefois que moins d’une semaine avant le scrutin ne figurait encore rien sur la politique migratoire.
Florent Moussour ne s’embarrasse pas d’éléments de langage. Dans ces propositions écrites comme à l’oral, on a pu percevoir une pensée un peu brouillonne, un argumentaire pas toujours bien étayé et, pour tout dire, derrière cette manière de bousculer les conventions, un soupçon d’ingénuité qui appartient aux gens ordinaires qui ne se la pètent pas, qui ne vous infligent pas de certitudes et qui ne vous assènent pas, du haut de leur suffisance, leurs réponses à tout en toutes circonstances.
L’aventure sénatoriale de Florent Moussour (mais qui l’attendait dans cette campagne ?) s’est donc arrêtée cette fois à l’heure du dépouillement. Mais heureusement, notre agitateur du local peut encore espérer donner un coup de pied dans la fourmilière du conseil départemental ou ébouriffer la crinière léonine du conseil régional en tentant sa chance en 2021.
Papa depuis peu, Florent Moussour patienterat-il jusqu’à l’âge d’être grand-père pour espérer pénétrer en sénateur dans l’hémicycle du palais du Luxembourg ?
1 L’usage de l’inclusif s’impose ici 2 L’indemnité de base brute mensuelle d’un sénateur est de 7 239,91 € au 1er janvier 2020. Un seul mandat de six ans assure une retraite mensuelle de plus de deuxmille euros euros.
Cap à gauche 19 : la vieille garde se déconfine par gm
On pouvait les croire confinés car faisant partie de la population à risque des militants seniors. Pourtant CAG 19 est de sortie en cette rentrée pas comme les autres. Coup sur coup, l’association corrézienne a rajeuni la maquette de sa lettre mensuelle, publie une brochure de vingt-deux pages, Cap vers une Ve République, pour « comprendre, analyser et proposer », entre laïcité, démocratie, services publics et contrat social revisité. Elle organise avec la CGT, Solidaires et la FSU une journée en défense de la sécurité sociale ; projection du film La Sociale, conférence et débat pour rappeler les circonstances et le contenu d’un de nos principaux conquis. Elle démarre un cycle annuel d’ateliers citoyens avec vingtcinq inscrits. Au premier atelier, conçu pour introduire les quatre séances consacrées au renouveau de la démocratie, croyez-moi si vous voulez, mais les deux animateurs avaient moins de cinquante ans et plusieurs participants n’étaient pas retraités. Mieux, entre un paysan écolo, des ex-PS et PC, des jamais inscrits nulle part, un trotskiste rescapé et même des non-originaires de Corrèze, le tout masqué et à bonne distance, on ne déplore ni morts ni blessés après trois heures de débats animés. Fidèle à ses valeurs, CAG 19 garde néanmoins son logo gouvernail en bon vieux bois. Comme quoi, tous les espoirs sont permis à gauche, comme l’a rappelé le président d’honneur, Jean Combasteil.
– la trousse corrézienne n °32 – 7
Blanche Neige




