Un matin ordinaire. Un village de pierre. On dirait un beau village. Petit certes, mais beau au sens commun du terme. À la limite de l’ennui du silence et de la lourdeur du soleil.
Une femme âgée à sa fenêtre, âgée de l’âge que vous voudrez, petite et plutôt menue, lunettes et tablier bleu fermé par des boutons devant.
Elle regarde par la fenêtre, comme elle regarderait la télévision, légère et attentive aux détails.
De dos un homme, seul, est posé au carrefour de ruelles, costume incongru, il cherche. La femme ne sait quoi, elle le regarde juste, lui, sa silhouette longue, son costume, ses postures.
Suspendu à sa maison, en arrière de l’homme, un luminaire contemporain qui se veut rappeler les anciens temps, le temps de l’huile, des bougies, et des allumeurs de réverbères.
Un son se répète, tranquille, calme, léger, inaudible à l’homme posé là dans son costume empesé. La femme tourne la tête, cherche la source. Le son ricoche, s’amplifie, rebondit et finit sur le coin métallique de la lampe. Le verre éclate.
L’homme sursaute, se retourne, encombré par son costume. Un cri muet d’étonnement, de peur, c’est si près, tombé si près, à quelques… L’homme tombe et son costume le dessine au sol. Un long moment passe avant que le mouchoir mentholé posé sur son nez ne lui rende encore un hoquet de peur.
Il se sent si ridicule, là, couché par terre, coincé dans ce costume lourd qui normalement le pose, fait disparaître son corps, le dissimule. Il n’aime pas son corps, les corps, la chair, les bruits de tuyaux qui quelques fois s’en échappent. Il déteste savoir sa langue et ses dents, à l’intérieur, découper et mâcher un aliment. Il est handicapé du goût, dégoûté de sentir ce hachage et sa salive. S’il pouvait, il avalerait tout rond. En général, le plus souvent, presque tout le temps, il préfère la soupe. Mixée.
Et un nouveau hoquet le prend alors à la vue de la fraise tendue par la femme menue qui a posé, avant, le mouchoir mentholé.
L’homme se redresse lentement devant la femme baissée vers lui qui le regarde maintenant se déplier. Il est honteux de sa position, aveugle à la douceur du regard qui se lève vers lui qui la dépasse. La femme sourit, mais l’homme s’en va, sans un mot, si raide qu’il ne peut dire merci. Elle le regarde s’éloigner. Elle regarde attentivement et légèrement.
Elle voit à travers lui l’enfant qu’il a pu être. Elle imagine un réel et lui taille une histoire de costume. Une cour de récréation, un enfant seul, effacé, engoncé dans le comment il doit faire, se tenir bien, droit, et surtout ne pas faire, ne pas courir, ne pas crier, ne pas pleurer, ne pas faire de bruit quand tu te mouches, ne pas, tout ceci pour être, à la fin quelqu’un bien comme il faut, caché dans un costume.
Mamielala





