Je préfère louvoyer et changer de sujet mais cette année, pas moyen d’y échapper : parcours sup m’attend au tournant de ma terminale S. Je galère en physique, en maths. Je m’éclate en histoire, en philo mais tout va bien, j’ai choisi S et toutes les portes sont ouvertes. Mon père se moque : « Tu veux faire ouvreur de porte ? »… mais j’ai gagné du temps. Je peux mettre toute mon énergie à vivre mon présent d’écolier stressé par les contrôles continus. En plus cette année, j’ai le code de la route à passer !
Je veux faire des études courtes. Ciel ! Pour entrer en apprentissage, il faut un CV, des lettres de motivations, un secteur d’activité… Je sais faire une dissertation, résoudre des équations mais aucune compétence à vendre, tout à apprendre de la vie. Mamy a la solution : l’armée ! Pour mes parents, hors de question… il paraît que ce serait l’échec de leur éducation à l’autonomie. Je dois faire mes choix et les assumer mais je préfère faire l’autruche. Gagner de l’argent ne me motive pas, je peux me contenter de peu. Il paraît que c’est une chance de faire des études. Je n’ai pas choisi d’être sur terre : apprendre en histoire les raisons de tant de guerres et de pauvreté, apprendre en philo que la vie est complexe et devoir l’expliquer sur plusieurs copies doubles, apprendre tant de choses dont je ne comprends pas l’utilité, être un élève parmi 35 autres sous la houlette d’un prof évaluateur de mes manques : Pourquoi être noté sur 20 si à 12 on te dit que tu travailles bien et que tu es un bon élève ?…
Je ne me sens capable de rien hors du cadre scolaire. Je ne suis pas entraîné à passer un entretien, à me vendre. Je n’arrive à m’imaginer assumer un métier. Je ne me vois pas adulte, professionnel. Je ne rêve pas à demain. Mon père pense que je suis addict aux jeux vidéos, ma mère pense qu’il me faudrait rencontrer l’amour pour que j’attende quelque chose de demain. Je pense surtout qu’il faudrait que je trouve l’énergie de changer le monde pour avoir envie d’y donner la vie. J’ai peur des conséquences du réchauffement climatique, j’ai peur du nombre de personnes sur terre capable de voter oui à la présidence d’un Donald Trump. Les adultes ne me font pas rêver. Être adulte c’est s’associer à leur façon de détruire le monde et à leur individualisme.
Tu veux faire quoi plus tard ? Donner un sens à ma vie. Exister et me sentir à ma place sur terre.
Marylène Dupuis





